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Art et argent : quand les prix s’envolent

 

En novembre 2017,  une toile de Léonard de Vinci a été vendue pour la somme de 382 millions d’euros.

Un nouveau record.

 

“Salvator Mundi”, Leonard de Vinci, 1500

 

Le cas “Salvator Mundi”

Réalisée en 1500, cette œuvre, qui fut longtemps attribuée à un élève du maître italien, jouit de sa petite histoire personnelle sur le marché de l’art. En 1958, “Salvator Mundi” avait donc été vendue pour 45 livres sterling, 126 dollars de l’époque ou une cinquantaine d’euros d’après les taux actuels.

La peinture a été redécouverte en 2005 en Louisiane et achetée pour moins de 9 000 euros par un groupe de trois marchands américains qui ont dû la faire authentifier à ce moment-là (même si certains experts émettent encore des doutes sur le rôle qu’a effectivement joué Léonard de Vinci dans sa conception). Ces 3 marchands la firent restaurer en 2007 par une spécialiste américaine, Dianne Dwyer Modestini.

La toile fut à nouveau vendue en 2013 pour 70 millions d’euros à Yves Bouvier, richissime homme d’affaires suisse et marchand d’art. Seulement quelques jours plus tard, elle devint la propriété de l’oligarque russe vivant à Monaco, Dmitri Rybolovlev contre la somme de 110 millions d’euros. Depuis, Rybolovlev a entamé une procédure judiciaire contre Bouvier, l’accusant d’avoir copieusement surfacturé la valeur du tableau.

Fin 2017, le prix de vente total fut à nouveau multiplié mais de façon plus vertigineuse encore chez Christie’s New York. Vendue 382 millions d’euros, cette toile de 65x45cm avait été évaluée à 100 millions d’euros par Christie’s New York, prix garanti (autrement dit la maison de ventes garantissait à l’oligarque russe que l’oeuvre ne serait pas cédée au-dessous de l’estimation indiquée).

S’il est impossible de le déterminer avec certitude, cette vente fait de “Salvator Mundi” la toile la plus chère de l’histoire, toutes ventes confondues, y compris hors enchères.  Au final, la famille Rybolovlev fut invitée à retirer sa plainte par l’avocat d’Yves Bouvier car “elle s’est enrichie et qu’on ne peut pas parler d’escroquerie”. Depuis, les représentants de la famille Rybolovlev se sont à nouveau exprimés, affirmant “ne pas contester le prix des œuvres achetées par l’intermédiaire d’Yves Bouvier mais protester contre les méthodes qu’il a employées pour générer d’énormes plus-values et les dissimuler à son client.”

Vous l’aurez compris, de grosses sommes d’argent sont en jeu à tous les niveaux d’une transaction.

Depuis 2015, le record lors d’une vente aux enchères était détenu par une oeuvre de Picasso, “Les Femmes d’Alger”, avec 152 millions d’euros déboursés. Entre 2015 et 2016, des rumeurs concernant des ventes privées de toiles de Pollock, Gauguin et Kooning se répandirent. Les montants auraient dépassé alors la vente du Picasso (entre 170 et 250 millions d’euros par toile).

 

“Les femmes d’Alger (Version « O »)”, Pablo Picasso, 1955

 

Mais pourquoi une telle envolée pour cette toile de Léonard de Vinci ?

Nous le disions juste avant, l’œuvre a d’abord été vendue comme celle d’un élève du maître puis fut identifiée comme étant du maître lui-même. Cela suffit déjà pour réévaluer nettement à la hausse le prix de la toile. De plus, quand on sait que les œuvres (authentifiées) de ce génie de la Renaissance sont rares et qu’aucune d’elles n’avait été proposée  aux enchères depuis 1909, l’augmentation exponentielle était quasi inévitable.

On compte moins de 20 peintures de Léonard de Vinci dont l’identité de l’auteur est encore contestée; aujourd’hui elles figurent toutes dans des musées, à l’exception d’une seule, une “Madone au fuseau”, qui fait partie d’une collection américaine. En effet, de nombreuses copies existent dont certaines réalisées après la mort de Léonard de Vinci.

 

Copies de “La Madone aux fuseaux”

 

D’ailleurs, étant donné la rareté des biens disponibles du maître et l’absence de ventes similaires, la fixation du prix de départ et d’un prix final fut compliquée. Ainsi, les enchères commencèrent aux alentours de 60 millions d’euros et 20 minutes plus tard, la vente était conclue pour environ 382 millions d’euros (commissions, taxes et frais inclus). Deux acheteurs “anonymes” s’affrontant par téléphone pour “remporter la mise”. (Le Louvre Abu Dhabi a indiqué depuis que le tableau de Léonard de Vinci avait été acquis par les autorités émiraties grâce à des intermédiaires saoudiens).

Les œuvres antérieures au 19e siècle sont, aujourd’hui, rarement présentées aux enchères car la plupart sont dans des musées; cela   laissait planer une incertitude concernant le prix que pouvait viser le tableau de Léonard de Vinci.

Mais alors, est-ce que cette toile mérite qu’on lui attribue une telle somme d’argent ?

Impossible de répondre, que ce soit pour cette toile ou pour une autre, contemporaine ou non. Différents courants de pensée s’affrontent depuis toujours sur cette question et continueront à le faire à l’avenir. Certains estiment que l’art doit être accessible à tout le monde (par le biais des musées par exemple), que les Etats doivent “maintenir et enrichir le patrimoine culturel de l’humanité ” (Source Unesco). D’autres pensent qu’il faut laisser quelques rares privilégiés acheter une œuvre en vente légalement s’ils en ont les moyens.  Aucun raisonnement n’est véritablement infaillible sur ce sujet mais tous se rapprochent d’un certain sophisme.

Le montant de cette dépense donne le vertige, notamment à un certain nombre d’experts qui restent dubitatifs. Mais c’est surtout le résultat d’une communication rondement bien menée par la société Christie’s. Celle-ci n’a pas hésité à investir massivement dans des campagnes de communication internationale afin d’attirer les nouveaux riches pas forcément familiarisés avec l’art. Ainsi le jour J, une  foule très dense de simples amateurs mais aussi (et surtout) d’acheteurs potentiels était présente pour s’arracher le précieux tableau.

 

382 millions d’euros… Ah oui, quand même !

 

Critères classiques d’estimation

Alors certes, le cas présenté ci-dessus est assez particulier. Mais les critères d’estimation restent les mêmes pour toutes les œuvres mises en vente. Mais un seul critère ne suffit pas; plusieurs sont pris en compte.

Tout d’abord, il y a bien évidemment la renommée de l’artiste et sa cote à l’instant T. Ces deux données sont variables et dépendent de la mode ou de l’intérêt pour un type d’œuvre ; ce qui peut également être différent selon que l’on soit dans une partie ou une autre du monde.

C’est d’ailleurs encore plus vrai par exemple pour l’art contemporain qui fait aujourd’hui beaucoup débat et suscite le scepticisme d’un public non averti. [On reproche à cet univers de rendre tout objet comme artistique si son monde décide de le présenter comme tel. Mais c’est un autre débat].

Les réseaux  d’un artiste ainsi que son parcours influent fortement sur sa cote et sa renommée.

Comme par le passé, les critiques ont aussi un impact sur la valeur d’un bien et la renommée d’un artiste. En lisant les fiches artistes que vous pouvez trouver sur le blog, vous pourrez constater qu’un certain nombre de maîtres ont subi les foudres de quelques critiques. Cela a pu nuire grandement à leur carrière et à leur réputation de leur vivant. À l’inverse, d’autres ont pu jouir du soutien de ces critiques et ainsi, par exemple, faire carrière dans leur art plus facilement.

Les médias jouent aussi un rôle; les ventes aux enchères publiques sont les échanges les plus médiatisés. Cela dit, les ventes faites dans les galeries ou en privé impactent aussi le prix d’une œuvre et la notoriété d’un artiste. Ainsi, les lieux des précédentes expositions d’une œuvre ont également leur importance. Une œuvre exposée dans une prestigieuse galerie jouira d’une plus importante notoriété que si elle était présentée dans “une salle des fêtes d’une petite commune rurale”. On peut aussi évoquer la compétition entre galeries d’art et maisons de ventes aux enchères qui ne s’apprécient guère. (les galeries réalisent 56% des ventes d’art).

Le mode de fabrication, la dimension ou encore la valeur et la rareté du matériel utilisé par l’artiste entrent également en compte.

Dans le cas d’un artiste ayant déjà un certain passé créatif, lorsqu’une de ses œuvres va être mise en vente, elle sera comparée à ses  autres travaux. Cela doit permettre d’établir une progression de l’artiste et de mesurer l’intérêt de l’œuvre. Si des travaux similaires (produits par d’autres artistes) ont été vendus récemment, ces transactions et leur notoriété seront également prises en compte pour fixer un prix de base.

L’état général de l’œuvre compte aussi. Si une importante rénovation est à prévoir, cela influencera le prix de base. Idem si des conditions d’exposition et de conservation particulières sont nécessaires. Dans le cas du « Salvator Mundi », ce n’est pas forcément vrai si on prend en considération uniquement le critère de l’état de l’œuvre. Cette dernière fut plusieurs fois restaurée (jusqu’à 80% de la toile) et parfois de manière assez “brutale” dès la fin de sa réalisation. La seule partie encore bien conservée se situe au niveau des  mains du Christ. Le reste (notamment les glacis du visage et des cheveux) est particulièrement abîmé. Malgré tout, l’original reste supérieur qualitativement aux copies réalisées par la suite.

Entrent également en compte les frais d’assurance ou encore de transport. Il ne faut pas oublier les intermédiaires qui peuvent faire gonfler les prix lors d’une transaction.

Enfin, dernier critère “rationnel”, le contexte économique du marché de l’art ou le contexte économique international. L’art (tout comme l’or ou la pierre) est souvent considéré comme une valeur refuge (investissement permettant de “sécuriser” un patrimoine malgré des périodes de crises. Il peut y avoir plusieurs valeurs refuge, mais l’or reste généralement la valeur refuge par excellence).

Un prix, c’est aussi la résultante d’une rencontre entre une œuvre et un acheteur potentiel ayant le désir de se la procurer. Ainsi, le prix d’ un objet peut alors dépendre de la valeur qu’un acheteur veut bien lui octroyer. C’est par exemple le cas pour les collectionneurs d’objets militaires. En septembre 2016, lors d’une vente de véhicules de la deuxième guerre mondiale organisée en Normandie près des plages du Débarquement, plus d’un millier de personnes étaient présentes. Ainsi, un char américain de cette période a été adjugé pour environ 300 000 euros. Là aussi, on peut très bien se poser la question de l’opportunité d’une telle dépense.

Une question que les passionnés ayant les moyens ne se posent pas vraiment, qu’il s’agisse d’art, d’objets militaires ou d’objets vintages.

 

Money, money, money !!

 

Comment se porte le marché de l’art ?

Bien, autant le dire clairement. Même si la vente du “Salvator Mundi” fait de l’ombre à l’art contemporain, il ne faut pas oublier une très belle vente en mai 2017. Un tableau sans titre et de grandes dimensions (183x173cm) de Jean-Michel  Basquiat est parti pour environ 98 millions d’euros  lors d’enchères organisées par Sotheby’s à New York. Un record pour le peintre new-yorkais et déjà à ce moment-là un choc pour le petit monde de l’art. Peu d’artistes étaient alors concernés par de telles ventes.

Mais là aussi la rareté eut un impact important. Très peu d’œuvres de Jean-Michel Basquiat sont disponibles à la vente et l’artiste eut une courte carrière (1980-1987, mort d’une overdose en 1988).

Quelques mois plus tard, d’autres toiles étaient également parties, établissant des records dans leurs catégories (en millions d’euros) :

  • 25 pour un Marc Chagall ;
  • 60 pour un Fernand Léger ;
  • 15 pour un René Magritte ;
  • 69 pour un Vincent Van Gogh ;
  • 51 pour un Andy Warhol

Certes, on est loin de la somme déboursée en novembre 2017 mais cela démontre une forte activité sur ce marché qui revient sur ses sommets de 2015. À l’époque, beaucoup pensaient que ce marché était justement en surchauffe. Et déjà, on s’interrogeait sur le montant de ces dépenses.

 

L’œuvre de Jean-Michel Basquiat achetée par le twitteur Japonais Yusaku Maezawa

 

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