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Drôles de zèbres: faire de sa différence une force

Juin 19

Aujourd'hui, nous allons parler des Zèbres. Hum Audrey, pourquoi parler de ces animaux à rayures ??  Et d'autant plus sur un site de dessin…

Alors, si vous n'avez jamais entendu parler des zèbres, vous avez peut-être entendu parler de Haut Potentiel ou encore de précoces ou surdoués.

On entend de plus en plus parler de telles dénominations.

Beaucoup d'étiquettes mais quelles nuances ? Et au final quel intérêt ?

Dans un premier temps, essayons d'y voir plus clair dans toutes ces appellations.

Certains s'y reconnaitront et cela les aidera, je l'espère, à ne pas se sentir trop en marge.

Une fois que nous aurons fait davantage connaissance avec ces drôles de zèbres, je vous parlerai de leur attrait pour le dessin. Enfin, Pit partagera avec nous son expérience!


Différentes appellations

Les différentes appellations de haut potentiel, précoces ou encore surdoués font référence à une façon différente de voir les zèbres.

Alors que le terme précoce fait référence au développement de l'enfant en avance, la notion de douance ou de haut potentiel le voit plutôt du point de vue du don.

A titre personnel, je préfère le mot zèbre qui n'induit pas d'idée de supériorité ou de don mais uniquement de différence.

La 1ère question à se poser est : "vous êtes-vous souvent sentis différents, en marge, incompris, d'un autre âge ?"

Ce concept de zèbre se définit en premier lieu par rapport à la norme, la majorité.

Ce décalage peut se retrouver dans différents domaines :

  • dans la famille: les parents peuvent se sentir désemparés avec un enfant qui va très vite, qui argumente beaucoup et qui est très sensible (ne supporte par les bruits trop forts, les étiquettes qui le grattent…)
  • Avec les copains : les centre d'intérêt ne sont pas les mêmes, il peut avoir envie de conversations de "grands", avec un vocabulaire souvent plus étendu et des remarques d'un autre âge.

Et il est souvent difficile de profiter du moment présent, de lâcher prise quand on est en décalage, quand on n’a pas le bon tempo par rapport aux autres.

Que vous imaginez-vous comme image type d'un haut potentiel ? Un enfant à lunette qui s'ennuie à l'école, à qui on a proposé de sauter une classe ou bien qui a de mauvais résultats, qui reste seul, dans son monde imaginaire avec les petits camarades qui se moquent de lui….

Ok, ok. Maintenant, quittons les séries américaines et explorons les différentes rayures que peut revêtir le zèbre 😉

Vous allez voir que les nuances, les formes, couleurs et intensités sont vraiment multiples.

Pour commencer, un mythe à tuer dans l'œuf est que le critère discriminant est le QI. Les zèbres peuvent avoir un haut potentiel dans des domaines autres que l'intellect au sens logique du terme.

Il y a de nombreux autres types d'intelligence comme nous l'explique le psychologue Howard Gardner :

Caractéristiques

Ok, mais du coup, les zèbres ont-ils d'autres points communs ?

 Les caractéristiques ci-dessous, même si elles sont incomplètes, donnent déjà de bonnes indications.

De façon générale, le mot zèbre caractérise les personnes atypiques, peu comprises, avec un mode de pensée différent de la majorité.

Leur intelligence intuitive aiguisée dissèque et analyse leur environnement en permanence. Leur réceptivité émotionnelle est exacerbée. Ces 2 caractéristiques font qu'ils sont généralement dotés d'une grande lucidité.

Cette différence est à la fois un cadeau mais peut aussi les fragiliser, affecter leur confiance en eux notamment, voire les faire souffrir si elle n'est pas comprise par l’environnement.

Le zèbre est persévérant, engagé dans ce qu'il entreprend, il verrouille ses objectifs et fait preuve de détermination et d'endurance.

Les questions métaphysiques, les questions sur le sens de la Vie le passionnent. Et il cherche des réponses avec détermination ! Son intelligence lui permet de trouver des détails que tout le monde ne voit pas et cela peut éventuellement se traduire par un QI élevé. 

C'est le sens de ses actions qui l'anime, l'amélioration du bien-être de l'humanité. Le pouvoir, il s'en fout ! 

En ce qui concerne sa façon de penser, quel que soit le ou les types d'intelligence qu'il affectionne le plus, son cerveau est en ébullition permanente avec une multitude de connexions neuronales, d'associations et une pensée en arborescence. Sa grande capacité d’analyse systémique lui permet de faire des liens entre différents domaines ou idées. Il voit, il associe, il fait des liens, il détecte des schémas, des modèles, il confronte et réorganise les idées.

Cette pensée à rebond offre un champ des possibles infinis, parfois difficile à canaliser, et encore plus à expliquer. Le zèbre prend souvent des raccourcis dans l'expression de sa pensée en donnant le résultat directement.

En tout cas, si quelqu'un invente l'enregistreur à pensées, je peux vous assurer qu'il y a un marché 😉

Et bien sûr, cela alimente sa curiosité insatiable et sa créativité (pour les enfants, les amis imaginaires ne sont pas rares!!). Autant vous dire que le zèbre a besoin de nouveauté, de changement, d'absorber de nouvelles connaissances sur les sujets qui le passionnent. Et il aime passer d'un sujet à un autre !

 Le zèbre est un être particulièrement sensible voire hypersensible, qui pense d'abord avec ses émotions. C'est un atout qui lui permet de détecter facilement les émotions, les ambiances, et de s'adapter. En revanche, c'est beaucoup de contrôle pour ne pas se laisser submerger par ses émotions.

 Il est sensible aux détails ainsi qu'à l'esthétique et la Beauté des idées et des choses.

Cette sensibilité couplée à la valeur "engagement" en font des êtres d'une grande loyautéfidélité et d’une sens aiguë de la justice. Ce sont des valeurs communes fortes !

Mais tout n'est pas rose et à chaque médaille il y a un revers.

Sa capacité à capter les émotions environnantes et sa capacité d'analyse en continu font qu'il scanne son environnement en permanence, ce qui ne lui laisse pas de répit.

Souvent frustré et équipé de cette super lucidité, il est confronté à la réalité et à ses limites, il se sent souvent impuissant et en dessous de l'idéal qu'il aimerait atteindre, jamais à la hauteur. Il est donc souvent taraudé par une peur viscérale de l'échec dans sa capacité à mettre en œuvre sa vision, à se réaliser, malgré les capacités dont il est doté; et cette angoisse est tellement envahissante!  La peur est omniprésente chez cet animal à rayure qui s'inquiète pour les autres à commencer par ses parents pour qui il ne veut pas être une source d'inquiétude.

L'enfant intérieur est très présent, même s'il le cache bien. Pas facile de laisser s'exprimer cette partie de soi souvent sujette à moquerie. Il s'agit de sa capacité à s'émerveiller, à donner, à être connecté à ses émotions. De l'autre côté de la médaille, le zèbre peut osciller entre un côté Calimero (qui se plaint pour ceux qui ne connaissent pas le personnage ;)) et ou sentiment de toute puissance, 2 extrêmes infantiles. Dans ce cas, les causes de ses problèmes sont à l'extérieur et il a tendance à ne pas prendre sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive.

Pour se balader dans ce spectre de réactions, il est équipé d'un enthousiasme communicatif !

De manière assez paradoxale, du fait de sa grande sensibilité et de sa capacité d'analyse très développée, il contrebalance sa facette infantile avec son côté "vieille âme". On parle alors d'hyper maturité. Cela occasionne souvent un décalage important avec l'entourage, notamment à l'école. Un mécanisme de protection peut alors être de limiter son vocabulaire, s'adapter et agir comme les autres. Il sait s'adapter à son environnement et est capable d'ajuster son comportement tel un caméléon. C'est là qu'arrive le risque de se perdre…

Côté humour aussi, le décalage se fait sentir, souvent noir, cynique ou à l'inverse très enfantin…

Vous cernez un peu mieux l'animal maintenant ? Bien-sûr, c'est le regroupement de ces caractéristiques et leur intensité qui font les rayures.

Oui mais, et le dessin dans tout ça ??

Parmi les caractéristiques du zèbre, nous avons parlé de l'imagination débordante (enfant souvent "dans la lune"), de la grande créativité, du sens artistique développé, de nombreux centres d'intérêt, d'une grande capacité d’observation, et d'une bonne dose de perfectionnisme. Humm.. De bons ingrédients pour un artiste, non ?

En croisant cela avec le fait que ses sens sont en alerte et qu'il est réactif aux stimuli sensoriels, il n'est pas étonnant que l'art et en l'occurrence l'art traditionnel attire les zèbres.

Certains zèbres ont même une capacité particulière pour enrichir leur créativité : la synesthésie ? Ce mot vient du grec syn (ensemble, union) et aesthesis (sensation).

Il s'agit d'un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés.

Le synesthète associe involontairement et spontanément des perceptions sensitives entre elles alors qu'elles n'ont pourtant pas forcément de lien apparent.

Il y aurait jusqu'à 4 % de synesthètes dans la population. Exemples : associer des formes et des gouts (boire de l'eau "ronde" ou "carré") ou encore des chiffres et des couleurs.

Tout ce qui touche aux cinq sens peut être concerné. Les perceptions synesthésiques ont une charge émotionnelle. On peut considérer la synesthésie comme une forme d'hypersensibilité.

Les synesthètes se retrouvent souvent chez les zèbres.

Alors oui, le zèbre est bien équipé pour le dessin. Et en quoi cela peut-il lui plaire ?

Comme j'aime à le rappeler, le dessin est avant tout un dessein. C'est donc une histoire d'association entre une idée, une intention et sa matérialisation.

Là, les liens commencent et c'est parti pour cet incroyable voyage dans les associations d'idées…un univers de recherche et de liberté où l'on peut faire fi des conventions. Les normes, nous les inventons !

La page blanche peut être difficile au départ car le dessin implique une réalité matérielle. Il faut donc faire des choix dans toutes ses idées. Cela peut être frustrant mais c'est aussi l'occasion de se positionner, de créer dans la réalité.

En dessinant, on est face à sa feuille et à soi-même. C'est un moment où on peut laisser place à son monde intérieur. Souvenez-vous, il est compliqué pour le zèbre d'expliquer tout le cheminement de sa pensée puisqu'il est parti dans différentes directions et a fait des associations d'idées.  Eh bien le dessin permet d'offrir une synthèse, un résultat sans obligation d'explication.

Je pense que ce qui caractérise le dessin, c'est bien la liberté qu'il procure, ce dont le zèbre a grandement besoin ! La création artistique, c'est à la fois :

Un bon moyen d’identifier et exprimer ses idées, ses émotions, ses envies et ses sensations sans jugement des autres et sans nécessairement passer par le verbal

Et un moyen de créer dans la réalité, de donner du sens, de se connecter à son corps.

Par ailleurs, le dessin peut aussi être vu sous l'angle méditatif qui oblige le zèbre à débrancher sons cerveau. Vous savez, c'est comme quand on se concentre sur sa respiration. Eh bien là, on se concentre sur ce que l'on fait, sur la technique, ce qui permet de faire ralentir le vélo mental. Se concentrer sur ces sensations permet paradoxalement de faire plus de place à son intuition et donc à qui il est. Il se rapproche alors de ses questions métaphysiques, et ça, ça fait du bien!

J'ai également envie de vous parler du rôle  du symbole, de la représentation des archétypes qui, comme dans le voyage du héros de Joseph Campbell, participent à une transformation de l'individu. Bref, dessiner ses héros de BDs préférés, c'est en fait travailler sur soi et se transformer 😉

L'évolution du zèbre - Comment gérer ce décalage?

Au fur et à mesure de son évolution, le zèbre va mettre en place des mécanismes d'adaptation.

Cela commence dès l'école où l'échec scolaire peut se faire sentir pour cause de rêverie, ennui ou hyperactivité, caractère répétitif des exercices, difficulté à argumenter sa pensée, refus de l'autorité…

Le zèbre pourra alors s'enfermer dans une marginalisation ou bien développer une sur-adaptation (scolaire, émotionnelle, sociale…), un faux self, avec le risque de se perdre…

Dans un environnement où il n'est pas compris, il y a de forte chance pour que le petit zèbre perde confiance en lui et devienne timide. Il se peut même que l'on juge ses prises de parole comme hautaines, manquant de modestie ce qui le confortera dans son envie de se conformer à ce que l'on attend de lui (et ça, il le capte vite!!). La fameuse désirabilité sociale…

A l'inverse, il peut développer son ego, jouer le jeu de l'étiquette qu'on lui colle, et apparaitre comme suffisant voire méprisant.

Dans son livre "trop intelligent pour être heureux", la psychologue Jeanne Siaud-Facchin parle de différentes typologies permettant de se situer un peu (sachant que rien n'est définitivement figé..). Parmi ces typologies, il y a :

"ceux qui acceptent le cadre, en développant une résilience par rapport au système en place ainsi qu'une adaptation (attention à la dépression!)

ceux qui challengent et consacrent toute leur énergie à se dépasser, faire avancer leurs idéaux. Ils semblent inarrêtables, forts. Ils sont souvent également très anxieux de ne pas voir leurs idéaux se réaliser et cette suractivité tente de combler cette anxiété.

ceux qui se confrontent au cadre (les rebelles en quelque sorte): le refus du cadre avec les 2 revers de la médaille: un pouvoir de création mais aussi de la colère et de la frustration omniprésentes. Bien sur le tout avec des degrés différents, rien n'est ni blanc ni noir.

ceux qui évoluent sans cadre: ils cherchent sans trop savoir quoi ni pourquoi".

Penser différemment, c'est devoir faire l'effort de nombreux pas vers l'Autre, comprendre son mode de fonctionnement et donc s'adapter. Et là, on est sur un fil : attention à garder en tête qui on est et comment on fonctionne au risque de s'épuiser.  En revanche, avoir expérimenté l'adaptation, c'est se donner l'opportunité de pouvoir entre en connexion avec plus de monde et c'est aussi développer des compétences qui nous font sortir de notre zone de confort et donc grandir.

Tout ce chemin est nécessaire pour mieux se connaitre. Est-il possible de faire l’impasse ? Non, nous avons besoin de ressentir les choses, de passer par ces étapes ou l'on se sent rejeté, ou on s'adapte, ou on est en colère…puis descendre en soi, trouver les outils d’une meilleure connaissance de soi nous permettant de nous réaliser. Pour un artiste, une œuvre réussie ne pourra être réalisée qu’à condition de bien connaitre son matériel et la technique. Pour les zèbres, et l’être humain de manière générale, c’est pareil, il est important de connaitre son mode de fonctionnement, ses préférences…pour se réaliser et enfin lâcher prise par rapport à ces appellations (quelles qu'elles soient). Elles ne seront alors plus un sujet.

Le diagnostic

Être diagnostiqué ou sentir que les caractéristiques vibrent pour nous, que l'on s'y reconnait, permet de libérer une émotion contenue, de la colère, de la culpabilité… de ne pas avoir été compris ou de ne pas avoir su se protéger ou se comprendre soi -même. Ça peut être la sensation d'avoir perdu du temps à mettre en place des mécanismes d'adaptation.

Comment le diagnostique-t-on?

Le diagnostic est à réaliser par un psychologue qui va proposer un bilan complet, s'intéressant aux différents niveaux d'hyperstimulabilité du haut Potentiel (moteur, le sensoriel, l'imaginaire, l'intellectuel et l'émotionnel) ainsi qu'un test de QI

Il existe quelques self-tests sur le net pour vous donner des indications, une tendance. Pour info, les zèbres identifiés représentent environ 2 % de la population, soit en France un peu plus de 1 million de personnes.

Toutefois, le meilleur indicateur est à mon sens vous-même! Écouter cette petite voix qui vous répète que vous êtes en décalage depuis longtemps, qui vous encourage à vous adapter…

Interview de Pit

Afin d’illustrer tout cela, Pit a eu la gentillesse de nous partager son expérience de zèbre. Merci à lui pour ce partage intime de sa différence et de la façon dont il l'a utilisée pour en faire une réelle force.

Zèbre ou autre, au final, ce qui compte n'est-il pas d'apprendre à utiliser ses crayons, couleurs et techniques pour créer notre propre tableau?


Peux-tu nous parler de ton expérience de zèbre? Comment l'as-tu vécu enfant ? As-tu trouvé cela handicapant ou à l'inverse comme une force?

Toute mon enfance j’ai eu une cette vague impression d’être différent, mais je ne savais pas en quoi, ni pourquoi. Je me contentais la plupart du temps de suivre l’exemple de mon frère aîné aux tendances Asperger. J’ai eu l’impression pendant un temps de servir d’interface entre lui et le reste du monde. Nous sommes très peu semblables et le premier challenge de ma vie a été de m’adapter à nos différences.

Avec le recul, je me rends compte que cela a dû être bien plus délicat pour lui que pour moi , car il m’a toujours été facile de m’adapter aux différentes situations sociales, tel un caméléon. Pour lui cela a été un apprentissage artificiel et laborieux. Il a beaucoup souffert de sa différence entre lui et les autres. Très cartésien et “brut de décoffrage”, il était le mal-aimé de ses camarades de classe et des adultes en général. Je parle toujours de mon frère pour expliquer ce que je suis devenu, car sa présence a beaucoup influencé mon développement.

Pour ma part, j’ai été éduqué par une mère hypersensible. J’imagine qu’elle a dû beaucoup inspirer mon comportement et mon empathie envers autrui.
J’étais de façon générale très observateur du comportement des personnes évoluant autour de moi, toujours sensible aux petites choses, aux petits détails. J’adorais surprendre, faire plaisir, constater l’émerveillement sur le visage d’autrui.

Globalement, j’ai eu une petite enfance plutôt heureuse contrairement à mon adolescence où il a fallu que je ravale ce côté hypersensible. J’ai beaucoup traîné dans la rue, probablement à la recherche d’une figure autoritaire qui puisse me guider voire m’apprendre à me protéger de la méchanceté des autres.
Rentrer dans le moule et me faire le plus discret possible représentaient mon mode de survie du moment.
Pendant ma scolarité, j’ai évolué avec un an d’avance et de ce fait j’étais toujours le plus jeune (et le plus grand en taille) de ma classe. À cette époque, je n’assumais pas du tout ma taille qui était inversement proportionnelle à ma capacité à me défendre psychologiquement et verbalement.


C’est pendant cette période que s’est déclenchée mon envie de créer des bandes dessinées: me perdre dans un monde fictif, un monde qui n’appartienne qu’à moi seul et dans lequel je me sente à l’abri.
Et au final vingt-cinq ans plus tard, c’est toujours dans ce monde créatif que je viens me réfugier quand tout va mal.

Si je devais faire le résumé de mon adolescence, je me décrirais davantage comme le “zèbre” qui souhaitait passer inaperçu dans un troupeau de “chevaux” et qui se sentait aussi fier qu’un “poney”.

Un zèbre parmi les chevaux et qui se prend pour un poney

Un zèbre parmi les chevaux et qui se prend pour un poney

Quand as-tu été diagnostiqué ? Comment ?

Officiellement ? à 38 ans. C'est ma psychologue qui m'a diagnostiqué mais je me doutais bien du résultat. J'ai commencé à lire sur la surefficience mentale en milieu de trentaine, je crois. Puis de lecture en lecture, j’ai pu apprendre à reconnaître les patterns de mon comportement pour en tirer parti au mieux et m’épanouir en connaissance de cause .
Plus tard, c’est ma psychologue qui en a remis une couche et m’a aidé à prendre du recul sur la partie plus noire et enfouie de ma personnalité.
Je ne regrette pas une seconde de ces dix dernières années de recherche constante d’équilibre.


Le sentiment de lucidité est caractéristique des zèbres. T'est-il déjà arrivé de te sentir supérieur ? Ou à l'inverse en détresse, emporté en profondeur dans un tourbillon de pensées ?

J’ai longtemps eu un sentiment d’infériorité au contraire. Ce n’est qu’à l’âge adulte que j’ai pris conscience de mes forces et renforcé mes faiblesses, ce qui a pu parfois causer des excès de confiance voire de l’arrogance.
Je me perds souvent dans mes pensées, tel un stratège de la vie, effectivement.
J’avais toujours été un grand rêveur à vrai dire, cet aspect-là n’a pas changé. 😉


Et maintenant, à l'âge adulte, comment le vis-tu ?

Maintenant que je suis en paix avec moi-même, j’ai l’impression d’avoir plus de facilité à aider mon prochain. Je me sens épanoui et serein la majorité du temps.
Force est de constater que certains traits de personnalités ont révélé leur utilité sur le tard.
Aujourd’hui, je me considère simplement différent dans mon fonctionnement par rapport aux personnes que je connais. Je me nourris de mes échecs. J’en suis friand pour ne pas dire drogué. Cela peut paraître insensé pour un individu normal, mais l’expérience m’a montré que l’échec était indispensable pour trouver sa voie et son bonheur. Il est nécessaire de prendre des risques pour se sentir vivant, pour mieux apprendre de ses erreurs et se relever plus fort que jamais.

Ma vision de l’humain est affreusement simpliste : ceux qui n’échouent jamais ne vivent jamais vraiment.
Cet état d’esprit me donne clairement un avantage dans un monde comme le nôtre. Mais c’est un atout que j’ai forgé avec le temps face à la souffrance de ma condition.

Aujourd’hui, la phase de surcompensation (comme je l’appelle) est derrière moi, donc je considère que le meilleur reste encore à venir.
Je ne cherche plus à en mettre plein la vue, mais seulement à être heureux et à aider les autres à l’être aussi. J’ai attiré dans ma vie des personnes honnêtes et géniales, avec qui il fait bon échanger et vivre le moment présent.
J’ai choisi d’orienter ma vie vers l’altruisme et je m’efforce de montrer l’exemple autant que je le peux.

J’ai retrouvé la joie de vivre de ma petite enfance, mais sans les peurs qui vont avec. Je souhaite cela à tout le monde.
Bien sûr, rien n’est jamais parfait, mais ce qui est sûr c’est que grâce à cette attitude positive la vie ne m’a jamais autant souri. La loi de l’attraction n’est pas une légende.


Quelle est ou a été la plus grande difficulté associée pour toi à cette situation ?

Ma plus grande difficulté a été d’assumer ma condition après l’avoir identifiée.
La recherche constante de développement personnel a pu me soulager de ce que je croyais être un fléau au départ.


Quelle est la plus grande force que tu en tires ?

J'ai l'impression de savoir vraiment écouter et comprendre les gens qui s'adressent à moi.

J'en ai d'ailleurs fait mon métier en quelque sorte. L'apprentissage du dessin fait partie de mon être et de ce que j'ai à offrir au monde, mais c'est surtout la façon dont je connecte avec les autres qui fait ma force à mon avis. De plus, le fait d'avoir travaillé dans le domaine de la santé a renforcé encore cette capacité à tendre la main et à prêter l'oreille.


Parmi les différentes formes que cela peut prendre, chez toi, qu'est-ce qui ressort? Il y a autant de façon d'être zèbre que de zèbres. On parle toutefois de différentes formes de manifestations : émotionnelles (hypersensibilité), imaginatives (capacité à visualiser/ inventer / créer), intellectuelle, psychomotrices (surplus d'énergie), sensorielle..

Y en a -t-il certaines plus importantes que d'autres chez toi ?

Pour ma part j’ai l’impression que c’est plutôt assez équilibré à ce niveau.
La sensibilité à fleur de peau était bien sûr présente depuis le début comme je l’ai expliqué précédemment, mais d’autres capacités sont apparues plus progressivement. Par exemple, j’ai acquis au fil du temps une bonne capacité de visualisation (personnalité architecte INTJ-T), ce qui me permet de disséquer facilement un projet ou une action afin de l’optimiser au maximum dans le temps et dans l’espace.

J’ai appris à être un peu plus pragmatique avec l’expérience et un peu moins émotif, ce qui m’a permis de m'extirper de certaines angoisses superflues, notamment celle de toujours vouloir paraître parfait.

J’ai la chance d’avoir pu développer un très bon schéma moteur que je dois en grande partie à ma mère qui nous (mon frère et moi) a toujours poussé à essayer de nombreuses activités sportives étant jeunes. J’ai pu donc profiter de ces capacités motrices pour exceller dans certaines activités telles que les arts martiaux.

 

Quels seraient tes conseils à un zèbre (enfant et adulte) pour trouver le bonheur ?

Je n’aime pas vraiment mettre les individus dans des cases donc les conseils qui vont suivre s’appliquent vraiment à tout à chacun. Le premier serait d’être fidèle à ses valeurs : vivre dans l’ombre de quelqu’un d’autre ne rend pas heureux à ma connaissance. Le second serait de se montrer patient avec les autres, car cela aide à accepter sa condition d’humain imparfait. 

Le troisième serait de trouver une philosophie de vie qui nous tire vers le haut, comme par exemple chercher chaque jour à être la meilleure version de soi-même et à entraîner les autres vers le haut dans la foulée. Cela fait un bien fou.
Je pense que la recherche du bonheur ne finit jamais vraiment et la vie est un constant balancement des énergies et des rencontres.
Rien n’est gravé dans la roche et chaque période de la vie demande un certain recul et un ajustement comportemental adéquat.


Merci Pit pour ce partage !

Conclusions 

Les rayures, la douance, les HP… c'est surtout penser différemment de la façon de penser majoritaire, d'une certaine façon.

Alors s'identifier comme zèbre peut aider à se sentir soulagé, légitimé, reconnu car on y met un nom et surtout on se sent moins seul ! Quand on y pense, je trouve dommage d'avoir besoin d'une catégorie pour cela. A coup sûr, nous découvrirons d'autres catégories, des caméléons, des coccinelles… qui aujourd'hui se sentent marginalisés. Du côté de la société, ce n'est au final qu'une histoire d'acceptation de la différence sous toute ses formes, sans attendre des études et une démonstration neuroscientifique.  De l'autre côté, celui du zèbre (ou du "différent" de manière générale), c'est une histoire d'acceptation de soi juste tel que l'on est, en étant à notre écoute, sans recherche de validation externe.

Quelque-soit la catégorie dans laquelle on se retrouve ou bien dans laquelle on veut nous mettre, le principal est d'identifier ses propres forces, de s'écouter, TOUJOURS!!!, sans chercher à l'extérieur ce que l'on sait à l'intérieur, l'objectif étant de se réaliser et ça, personne ne pourra le faire à notre place.

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A propos de l'auteur

Audrey utilise le dessin pour illustrer ses réflexions et propose aux entrepreneurs en développement personnel de les accompagner dans la formalisation en symboles et images de leur offre. Ayant expérimenté l'efficacité de la plateforme et de la communauté, elle a aujourd'hui à cœur de contribuer à leur développement.

  • Olga M dit :

    Bonjour,
    Je me retrouve beaucoup dans ce récit mais j’y retrouve surtout mon fils qui a été diagnostiqué asperger (il n’aime pas ce terme). Pour nous le dessin est un refuge et j’ai la chance d’en avoir fait mon métier. Grâce à Pit, je peux évoluer et progresser. Merci pour ce partage.

  • Zoé M dit :

    Bonjour,
    C’est décidément toujours un plaisir de lire les articles de ce blog.
    L’expérience d’autrui permet inévitablement et inconsciemment de faire des parallèles avec soi-même. Merci Pit pour le partage de ton expérience personnelle.
    Je ne pourrais jamais me considérer comme “HP”, d’une part parce que je n’aime pas ce terme, d’autre part parce que je me sens “juste” différente, sans besoin impérieux de mettre un mot à la mode sur la condition. Par ailleurs, je trouve ce terme réducteur, comme décrit ici, il y a tellement de personnalités à part, au sein desquelles existent des différences énormes que ce serait dommage de tout mettre dans le même panier…
    Je me reconnais (comme beaucoup ici) dans la description concernant particulièrement l’hypersensibilité émotionnelle (souvent reprochée par les autres, qui je pense ont autant de mal à y faire face que les concernés de vivre avec) et le côté “vieille âme” (j’ai été souvent appelée comme ça par ma mère, elle-même hypersensible, quid de la génétique et de l’éducation dans tout ça ?).
    Il est évident qu’il est difficile de vivre avec l’idée d’être différent, et il apparaît indispensable de pouvoir trouver un moyen d’y faire face, heureusement que l’art existe !

    • Pit dit :

      merci pour ton commentaire Zoé.
      Tout comme toi je trouve les termes réducteurs, mais c’est quand même bien pratique de poser un “diagnostic” sur notre différence.
      Il y a une part qui rassure dans cette catégorisation, enfin pour ma part. Ça permet d’avaler un peu mieux la pilule de la différence.

  • Tal dit :

    Hello Pit et Audrey! Article très intéressant et interpellant… Je devrais peut-être me faire diagnostiquer, moi… à 62 ans, il serait presque temps…

  • Elvira muriel dit :

    Je suis surprise (agréablement s’entend) de tomber sur cette article ici. Je suis la maman d’une fille qui a été diagnostiquée HP il y a quelques mois à l’âge de 25 ans. L’idée avait été émise quand elle etaitvah collège mais ce n’est que récemment qu’elle a passé les tests suite à d’importants problèmes d’adaptation dans ses études. Je me suis beaucoup documenté sur le sujet quand un psychologue, qui ne savait pas pour ma fille, m’a suggéré que j’étais sans doute un zèbre. Rechervhes à la’fois pour mieux comprendre ma fille et voir si je me reconnaissait dans le descriptif. Non seulement je m’y reconnait mais la simple lecture des témoignages provoque en moi une réaction presque épidermique. Je n’en ai pas dormi pendant des jours au début tellement cela me perturbait.J’ai toujours été à part, différente solitaire et extrêmement rêveuse. Aujourd’hui Infirmière, touche à tout, qui dessine (enfin essaie..), bricole, décore,
    Construit, lit +++, coud , entreprend, etc, avec une soif d’apprendre mais avec le sentiment de ne jamais être assez aboutie dans mes apprentissages. Les gens me disent que je suis douée pour tout ou que j’ai des doigts en or. Pour moi, ce n’est jamais assez bien… Toujours est-il que j’ai passé les tests et je ne suis pas HP moi même ou plutôt je suis un potentiel totalement hétérogène (HP seulement sur le plan verbal/culture générale) avec un déficit de l’attention.Je ne sais pas comment cela s’explique mais c’est ainsi. Toujours est-il qu’il est surprenant de se retrouver dans les témoignages, savoir qu’on n’est pas seul dans la solitude de nos différences et que la pratique des arts est un point de ralliement pour beaucoup d’entre nous. Merci pour l’initiative de cet article.

  • sylviegue dit :

    Bonjour Pit, quel article ! Quelle mise à nue ! Parfois j’ai comme l’impression d’être comme un troupeau de zèbre… qui se cache dans une forêt ! Alors qu’il ne demande qu’à galoper libre.

  • Schana92 dit :

    Bonjour,
    Je suis surprise et en même temps contente de voir ce genre d’article sur ce blog. Je suis une “zèbre” également. J’ai été détecté à l’âge de 25 ans par un neuropsy. Ce diagnostic a été très douloureux mais très libérateur pour moi puisque pendant ces 25 ans je me suis toujours senti différente mais dans le mauvais sens du terme (dès l’école maternelle on disait de moi que j’étais une enfant dans la lune, j’ai subi du harcèlement qui a provoqué bien-sur un décrochage scolaire et des résultats médiocres etc.). Je suis une personne très sensible, à fleur de peau, on m’a longtemps étiqueté comme la “chochotte”, mais j’aime dire à présent que cette hypersensibilité est ma force, c’est ma connexion au monde et maintenant je m’autorise enfin à accueillir toute cette tornade d’émotions. Merci pour cet article qui ne résume pas le haut potentiel, le “zèbre” qu’à des résultats scolaires impressionnants, c’est tellement plus que ça …

  • Natura dit :

    La présence de cet article sur ce blog ne me surprend pas du tout, au contraire ! La personnalité de Pit y transpire tellement… Merci pour la rédaction de cet article qui fait bien le tour de la question.

    Pour moi, c’est à 60 ans qu ‘on m’a ouvert les yeux. Quand j’ai su ce que j’étais, le pourquoi de ma différence, c’était une vraie douche froide comme quand on m’a annoncé un méchant cancer à 40 ans. Je me suis dit : c’était pour ça que je me sentais si mal, je savais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait depuis longtemps, je suis donc condamnée, c’est foutu !

    J’ai guéri de mon cancer, cela a été long et assez pénible, je dois pouvoir me reconstruire une nouvelle fois et j’espère vraiment que le dessin va m’y aider, c’est pour moi un vrai moyen d’expression de ma trop grande sensibilité.

    Encore merci à vous deux pour votre partage et votre engagement.

  • viviane dit :

    Surprenant !
    En lisant, j’ai cru me voir dans le miroir tel que j’étais vraiment.
    Hors du temps et souvent incomprise de mon entourage.
    Je suis quelqu’un de très sensible, m’intéresse a tout. Soif d’apprendre
    Soif de comprendre. Mon cerveau travaille jour et nuit. Il m’arrive de me lever
    la nuit pour mettre sur papier une idée reçue dans mon sommeil.
    J’observe beaucoup la nature et les plantes, c’est une source innépuisable
    de réponse et de leçon a recevoir.
    Heureux celui qui peux le voir et la comprendre.

  • (YANN) dit :

    Bonjour j’espère que vous allez bien.

    Merci merci merci beaucoup à vous de partager vos expériences et vos vécus! je n’ai que trop peu choisis de moment pour me porter sur ce sujet, certaines lectures m’attendent désormais. je n’ai jamais ressenti le fait d’être différent au point de certains d’entre vous et de toute évidence l’appréhender n’est pas aisée pour l’ensemble des parties. J’ignore si quelqu’un c’est déjà sentis “normal”, je me suis toujours senti un peu différent mais à contrario chaque personne est unique, d’ou une certaine forme de “normalisation” de l’unique peut être que je ressent. Pour exemple je n’ ai pas la télé, ça peut être bizarre de fait, mais finalement comme “personne ” ne regarde exactement les mêmes programmes, je ne me considère pas comme normal, mais pas forcément “différent” non plus finalement. Cet article ( et l’actualité) pose des questions sur le ressenti des personnes qui nous entourent, ce que nous pensons et les actions conséquentes ne sont pas ce que les gens ressentent. J’ai eu la chance de parler quelque peu avec une personne diagnostiquée Asperger, la vision du monde vu par chacun est extraordinairement riche et au delà de ceci le fait est que, le monde serait moins beau ( “et peu être encore à l’âge du bronze” ) sans les différences. Tu as raison Pit celui qui n’a pas connu beaucoup d’échecs n’a certainement pas vécu beaucoup, je me permet juste de rajouter si tu le permets qu’il faut aussi savoir apprendre des échecs. ( essaye de ne pas risquer ta vie si tu échoues c’est bien aussi! 🙂 ) Merci, excellente journée et merci encore pour le partages de vos dessins ( des articles , vidéos , commentaires, conseils… à tous) je n’ai pas vos talents ni vos mondes.

  • Amandine58 dit :

    Je suis surprise de voir combien de personnes ont suivi le même parcours ! Moi aussi, je suis zèbre diagnostiquée à l’âge adulte. Je n’aime pas ces termes de haut potentiel ou douance, on dirait que le monde attend quelque chose de toi, bonjour la pression…
    Je n’ai jamais fait de vagues, je me suis adaptée au moule, j’ai fait ce qu’on attendait de moi. Et aujourd’hui, quelle galère de vivre dans un quotidien non choisi, auquel je ne suis pas adaptée… Enfin, le chemin est long ! C’est vrai que quand on découvre que, si on se sent en décalage avec le reste du monde, c’est parce qu’on est décalé pour de vrai (bon, même si c’est juste sur une courbe de Gauss…), ça soulage, ça répond à des questionnements, mais après, il faut se mettre en mouvement, et là, après toutes ces années d’adaptations forcées, ce n’est pas le plus simple ! Je rejoins Pit sur le développement personnel, mais parfois, j’en sors plus culpabilisée que reboostée.

    • Je te rejoins sur les termes douance, HP… je préfère celui de zèbre qui marque la différence et non une idée de supériorité. L’adaptation a du bon, je trouve, dans la mesure où elle permet de mieux comprendre l’autre. C’est plus simple de se faire comprendre quand on a les clés de communication avec l’autre. Le chemin pour s’assumer et trouver une articulation harmonieuse avec l’autre n’est pas simple, c’est clair! J’espère que cela apporte du réconfort de voir le nombre de personne qui se sentent concernées. Belle continuation!

  • Kat dit :

    C’est la savane ici! Enfin, je suis finalement zèbraspie, mais le détecteur à rayures fonctionne pas trop mal quand même. Je me demande même si je ne t’en avais pas parlé à une époque. 😉 Je suis contente que tu aies eu confirmation en tout cas – savoir apporte toujours un plus, même quand on a déjà réussi à trouver un certain équilibre. Encore plus quand on le cherche encore bien sûr…

  • Maïlys dit :

    Moi ça fait un peu plus d’un an qu’on m’a diagnostiqué zèbre j’avais alors 15 ans et je ne savais pas trop quoi penser. Au début j’allais chez la psychologue car je devenais dépressive. Ce qui m’a le plus marqué je pense que c’est le fait que ma mère s’en doutait mais ne m’en avait jamais parler elle avait même un livre sur les enfants surdoués. La première chose que m’a dit la psychologue était que je devais me renseigner. J’ai donc lu deux livres à ce sujet et c’est à ce moment que j’ai fait le lien et que je me suis comprise. Pourquoi j’étais tout le temps sensible, en avance à l’école, au sport. Pourquoi je n’arrivais pas à comprendre le raisonnement de certaines personnes et pourquoi je n’arrivais pas à expliquer le mien. Je pense que se renseigner et les lire des témoignages de personnes qui vivent des choses similaires est important, en tout cas, ça m’a aidé. Même si aujourd’hui je suis toujours sous antidépresseurs je pense pouvoir dire que le fait de me comprendre m’a aidé. En effet, m’a dépression est partie d’une remise en question. Je me sentais affreusement seule car je n’arrivais pas à m’intégrer à l’école, (je parlais plus souvent aux professeurs) j’avais une force de caractère qui m’a beaucoup pénalisé dans ma relation avec mes sœurs, j’étais un vrai Caliméro 🤣.
    Je pense qu’il est important que plus de personnes soient au courant de cette situation afin d’aider les jeunes qui peuvent être en grande difficulté. En effet, l’écart entre les personnes se voient moins à l’âge adulte donc une fois plus âgé je ne sais pas si ça a la même utilité. Mais je pense que ça aiderait à combattre le harcèlement à l’école (dont j’ai été victime) et a rassuré les zèbres qui comme moi n’ont pas confiance en eux car arrivée au lycée j’ai eu des problèmes de santé et ça a perturbé mes résultats scolaire mais j’ai été soulagée d’un côté car je n’étais plus “la première de classe” et en même temps j’ai encore plus perdu confiance en moi.

    • Pit dit :

      Merci à toi pour ton partage Maïlys
      Comprendre sa différence est en effet une première étape qui favorise la remise en perspective dans notre société.
      J’espère sincèrement que cet article puisse sensibiliser tous les jeunes et les moins jeunes qui nous lisent.

      bon courage à toi

    • Merci Maïlys pour ce partage. J’espère effectivement que ces clés de compréhension se propageront pour aider les enfants à grandir sereinement et les parents à les accompagner.

  • Nadège dit :

    Une belle façon de décrire cet animal si particulier ! 😊

  • Xouf Planète dit :

    Très bon article où presque tout est une transposition de mon vécu (54 ans). Voici un article-témoignage de plus à l’intention de mon psy sympa. Dommage que des spécialistes de “l’autisme/Asperger” aient tant de retard en France, contrairement au Japon par exemple.
    Au CHU de ma ville, ils m’ont fait faire des tests en 2018 datant de 2001 (bonjour l’actu!), n’ont jamais lu “la différence invisible” chez Delcourt, etc.
    Et le plus étrange fut mon premier entretien: Vous savez M. Mask, ne vous inquiétez pas, c’est gratuit… puis quelques minutes plus tard: “voulez-vous participer à la recherche bénévolement en devenant testeur?”
    Résultat des courses: Quand c’est gratuit, c’est toi le produit! Et bien évidemment, à l’instar d’autres personnes dans mon cas, au même CHU, beaucoup ont curieusement échoué.
    Bref, étant un peu sublogorrhéique sur les bords, je préfère stopper là. Mais sans être parano, choisissez tout de même judicieusement vos médecins.
    Je vous remercie.

    • Pit dit :

      En effet ce retournement de situation est assez ironique! XD
      merci de ton partage.

      PS: “Mais sans être parano, choisissez tout de même judicieusement vos médecins.” : on peut remplacer le mot “médecin” par “partenaire de vie”, “animal de compagnie”, “casseroles” 😀 😀 😀

  • Thiliae dit :

    Bonjour à tous,
    Les zèbres attirent les zèbres, dirait-on? J’ai été détectée à 40 ans, et comme tu le dis justement, cela a levé toute culpabilité. Moi qui avais passé ma vie à me demander pourquoi j’étais décalée en permanence, j’ai enfin pu simplement accepté. Quel plaisir de lire un article aussi juste et un témoignage qui comprend!

  • sylvie Loncle dit :

    Je me reconnais beaucoup mais je n’ai jamais réussi à transformer mes faiblesses en force 🙁
    J’ai sans doute du potentiel mais mes difficultés à aller vers les autres humains m’empêchent toute opportunité de réussite quelconque . J’ai un diagnostic d’asperger et HPI .

    • Pit dit :

      J’ai observé mon grand frère toute ma vie et je pense comprendre certaines des problématiques d’interaction sociale des individus à tendance asperger.
      Cette constante impression d’être incompris et de devoir artificiellement marcher sur des oeufs avec les autres.
      Enfin je ne sais pas comment tu le ressens de ton côté.

  • Payet Marie-Pierre dit :

    Merci beaucoup pour cet article. Je me retrouve un peu dans la description “des zèbres”. Merci aussi pour les conseils de Pit pour avancer dans cette société assez compliquée qui a tendance à mettre les gens dans des cases, à revendiquer le fait que l’on soit tous différents tout en souhaitant qu’on se conforme à la tendance de la majorité. Très bel article et belle illustration d’Audrey.

    • Pit dit :

      J’imagine que pour qu’une société fonctionne, il est plus facile de mettre les citoyens dans des cases ou des catégories.
      On le fait tous à plus ou moins grande échelle, parfois même sans s’en rendre compte.
      C’est un signe archaïque de notre survie et un raccourci psychologique qui peut couter cher si on ne reste pas attentif.
      L’histoire nous l’a prouvé.
      merci à toi!

    • Merci Marie-Pierre. Je trouve qu’allumer certaines “cases” dans lesquelles on peut se reconnaître en partie contribue, au fur et à mesure de ces prises de conscience, de dessiner ce qui nous rend unique.

  • Mars0 dit :

    Super article merci

    Comme dit à la fin le plus important est de ne jamais se laisser mettre dans une case par les autres ou par soi même.
    Au delà des dénominations que l’on peut attribuer aux autres, on reste tous unique avec la possibilité de développer sa propre singularité 🙂

  • Je me reconnais beaucoup dans cet article mais je ne suis pas HP, je suis autiste Asperger (même si on n’utilise plus ce terme).
    C’est encore une façon de penser et de fonctionner même s’il y a des points communs.

    • Heureuse que ça te parle et que tu y vois des similitudes. C’est ce qui compte, comprendre que nos différences sont à valoriser. Rayures, pois, losanges ou autre, je suis sure que nous en découvrirons d’autres 😉

  • Aurelie Lasen dit :

    Merci pour cet article que je ne m’attendais pas du tout à avoir dans ma newsletter pour apprendre à dessiner.

    J’ai été diagnostiquée tard aussi, 36 ans, et comprendre d’un coup pourquoi on s’est toujours senti à part et isolé sans vraiment savoir pourquoi a été un soulagement, et un nouveau départ.
    L’avantage c’est d’être conscient de comment et pourquoi on s’adapte et on ne le subit plus comme une injustice. Et de savoir que d’autres ressentent la même chose!!
    Mais la difficulté et de ne pas toujours pouvoir expliquer aux autres pourquoi on est différent car le simple fait de dire qu’on est “HP”, “surdoué”, “Zèbre” nous fait passer pour des gens arrogants, alors que nous voulons juste que les autres puissent comprendre pourquoi nous n’avons pas toujours le même mode de pensée ni les mêmes réactions. En général nous sommes bien conscients que nous ne sommes pas pas plus intelligents : nous sommes juste différents. La plupart du temps je me sens même plus bête que la moyenne.
    Mon amie qui est HP a encore plus ce sentiment d’infériorité et cette peur de l’échec. On est tellement conscient de tout ce qu’on ne sait pas et si peu de tout ce que l’on sait ou ce que l’on sait faire.
    Comme j’ai toujours de bons conseils pour elle :D, que je m’applique rarement mais j’y travaille, je lui dit souvent : “essaie de me donner une chose que tu as essayé de faire et que tu n’as pas réussi (mais un vrai échec pas juste “ce n’est pas parfait”)” et jusqu’à présent elle n’a rien trouvé.
    Aujourd’hui même si j’ai encore pas mal de chemin je pense que j’en ai fait une force et que ces particularités sont un peu comme les supers pouvoirs, il y’a toujours la super vulnérabilité qui va avec mais si on fait attention on peut faire des choses biens.

    • Merci Aurélie pour ton partage. Et oui, nous avons tous nos “super-pouvoirs”, que l’on ait des rayures, des pois ou autre motif 😉 A chacun de faire grandir ces forces. Comme tu le mentionnes, il y a la vulnérabilité qui va avec. Le premier pas étant de bien prendre conscience de ses forces. Je trouve qu’aller regarder nos “tu es trop…” est un bon indicateur 😉

  • Skipto dit :

    Je me suis beaucoup retrouvé dans cet article, merci

  • Pontus dit :

    je travaille sur ma congruence interne ( alignement de mes planètes comme je dis ), à être équanime pour me protéger….et chutttt si je sature ( enfin je mets tout en oeuvre parce que maintenant je sais repérer quand le compteur monte dans les tours, c’est à dire que j’allais au bout de moi même ), je rentre dans ma grotte. Je vais à l’essentiel en gros je fais simple et le dessin ma planche de salut ( en plus du plaisir, il m’aide à ne pas focaliser sur les détails et à avoir une meilleure exploration visuo-spatiale notamment l’exploration d’un écran d’ordi que je lis très scolairement ( balayage minutieux- le décodeur ” déconne ” j’aime bien les jeu de sons mais j’engramme vite; je compense ) – n’empêche que je ne m’explique toujours pas pourquoi la nuit lorsque je vois les réflecteurs sur des poteaux signalant un virage et ben le virage en fait est dans l’autre sens : de loin mon cerveau me signale virage à droite et quand j’aborde le virage et bien c’est un virage à gauche ( une de mes filles a la même perception ); heureusement j’en ai conscience parce ce que j’ai pas mal de KM au compteur ( 1er et 2ème degrés ). Et maintenant ” chauve qui peut ” ” qui m’aime ne suive ” ” je ne suis pas toute seule, je suis avec moi-même ” et puis je me fiche bien de ce que je suis ce qui m’interesse c’est pas les blablabla relationnels je préfère écouter pour apprendre et après expérimenter. J’étais une enragée pour challenger avec moi même ( très fasti-fastoche ) et j’ai choisi un métier où je challengeais les autres pour les aider et je me assez rapidement rendu-compte que certains n’avaient pas comme objectif de challenger alors chacun sa route chacun son chemin… j’ai arrêté de rééduquer pour sauver ma peau…

  • Merci beaucoup à Audrey et Pitt pour cet article généreux. Je suis artiste et je suis zebre, il y a encore un peu de chemin avant ma “réalisation” car je suis une artiste tres “complete” et donc je me perds souvent dans la peur du choix et le perfectionnisme, mais je me soigne. Belle journee a tous!

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