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Histoire de la peinture, panorama (7ème partie)

 

L’art de l’époque moderne

 

  • Maniérisme ou renaissance tardive

Style plutôt mal connu du grand public, sujet à débats, l’art maniériste eut pour berceaux Florence et Rome puis se diffusa dans toute l’Europe occidentale. Le mot “maniérisme” vient de l’italien “maniera” (signifiant “style”) et fait référence à l’expression “alla maniera” (“à la manière de”). À ne pas confondre avec “maniéré”.

Des controverses existent sur les dates; on peut considérer que ce mouvement se déroula sur un siècle entier, des années 1520 à 1620 environ. Des discussions portent aussi sur son statut de mouvement autonome. Le maniérisme fut souvent présenté comme une renaissance tardive par certains historiens mais d’autres pensent qu’il représenta la transition entre renaissance et baroque et qu’il fut donc un style indépendant.

La fin de la renaissance peut s’expliquer par la grave épidémie de peste qui se diffusa dans la ville de Rome en 1527 ainsi que par la mise à sac de la ville la même année. Plusieurs dizaines de milliers de soldats (espagnols, italiens et  allemands) obéissant à Charles V, envahirent la ville de Rome et la saccagèrent pendant presque une année. La peste fit également des ravages et au final, la ville fut évacuée (la population totale fut divisée par plus de 6). C’était la fin de l’optimisme serein du début du 16ème siècle et le commencement d’une période plus austère remplie de bouleversements sociaux pendant laquelle va se développer le maniérisme.

L’admiration pour les oeuvres de la renaissance était alors forte et l’opinion italienne considérait que la peinture avait atteint des sommets avec Michel-Ange, Raphaël ou Vinci, voire même que ces peintres avaient dépassé les maîtres de l’Antiquité. Raphaël était même reconnu comme “le peintre“ayant réussi à atteindre la perfection.

Ainsi, les artistes de la génération suivante allaient devoir trouver une nouvelle manière de s’exprimer mais certains se sentirent incapables de répondre à un tel niveau d’attente et d’exigence. D’autres voulurent imiter les grands noms de la renaissance mais ne purent soutenir la comparaison, étant accusés de n’être que des imitateurs sans originalité; c’était une des principales raisons du mépris pour  le maniérisme. Enfin, d’autres pensaient donc qu’il fallait aller de l’avant. Cette volonté de rupture avec le réalisme et la perfection de la renaissance fut la seconde raison du rejet de ce courant.

C’est donc dans cette atmosphère et cette volonté de changement que naquit le maniérisme. Les oeuvres maniéristes devaient être élégantes, insolites mais aussi  être capables de surprendre, inquiéter, enchanter, attirer,… Bref, ces peintures devaient générer de l’émotion. Elles se devaient de rester adaptées à une époque où l’ordre religieux se dirigeait vers une fracture entre catholiques et protestants.

Ainsi, pour se différencier de Raphaël, ne pas être comparés à lui et s’assurer une légitimité artistique, les jeunes artistes allaient  trouver leur propre style tout en respectant des codes précis. D’ailleurs, dès la deuxième partie du 15ème siècle, les artistes optèrent pour une déformation verticale des corps et délaissèrent les proportions mathématiques strictes. Les lignes de construction sont de forme sinueuse (lignes en S), ce qui devint une caractéristique de base du maniérisme.

En somme, on peut résumer les caractéristiques de ce style de la manière suivante  :

  • une relative exagération des proportions et des formes,
  • des contours nets,
  • une torsion des corps selon des axes opposés (ou contrapposto),
  • une mise en scène théâtrale,
  • des éclairages contrastés,
  • des couleurs plus froides,
  • une gestuelle expressive,
  • un travail particulier pour le rendu des matières et des objets décoratifs présents dans la composition,
  • une ligne en S (ligne de construction de forme sinueuse).

 

“La Déposition”, une peinture à l’huile sur bois
datant de 1526 – 1528 environ de Jacopo Pontormo

 

Le maniérisme se voulait donc être une rupture avec la renaissance mais cela dit, ces artistes gardaient un lien artistique avec les maîtres comme De Vinci, Raphaël ou Michel-Ange.

Jacopo da Pontormo utilisa notamment la déformation des corps et combina couleurs acides et contrastes novateurs pour l’époque. Il était également réputé pour ses perspectives forcées et les expressions inquiètes de ses personnages. En matière de portrait, Jacopo da Pontormo proposait également des personnages figés, des fonds fermés et des couleurs métalliques.

Malheureusement, sa productivité fut en partie ralentie à cause des guerres d’Italie et du décès de son maître Andrea Del Sarto (mort de la peste pendant le siège de Florence), qui l’attrista profondément. Cela ne l’empêcha pas de travailler pour les Médicis par la suite.

 

“La montée au Calvaire”, Toussaint Dubreuil, fin 16ème

 

Leur vouant une vive admiration, François 1er fit appel aux peintres italiens (citons De Vinci qui finit sa vie au Clos-Lucé, près d’Amboise) . Rosso Fiorentino, qui fut un des élèves de Pontormo, exporta alors le savoir-faire florentin pour la décoration du château de Fontainebleau à partir de 1530 et devint ainsi un des fondateurs de l’école de Fontainebleau, qui pratiqua le maniérisme à la française. Il faudra attendre le règne d’Henri IV pour voir émerger une seconde école de Fontainebleau. Après les guerres de religion, Henri IV voulut faire rayonner à nouveau les arts en France en renouant avec l’époque de François 1er.

 

Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs, auteur inconnu,
2ème école de Fontainebleau, 1594

 

Le style florentin continua sa diffusion vers le nord de l’Europe (Belgique, Angleterre et Pologne). Il fut alors appliqué à la décoration de tissus et de meubles.

Le peintre milanais, Giuseppe Arcimboldo, se distingua auprès de la cour du Saint-Empire Germanique au point de devenir le peintre de référence pour les empereurs ( de  Ferdinand, à Rodolphe II). Exubérant, il proposa des créations originales. Ces portraits formés de plusieurs fruits, légumes, végétaux, symbolisant les saisons ou les métiers firent sa renommée. Dans le même esprit, il réalisa les “4 éléments” ou des portraits composites réversibles (comme “Tête réversible avec panier de fruits” ou “le jardinier”).

 

Les Saisons, série de quatre tableaux réalisés par
Giuseppe Arcimboldo. Ici, « le Printemps » daté de 1563.

 

  • Le baroque

Ce terme fut utilisé durant le 19ème siècle pour désigner péjorativement l’art de cette période; la peinture baroque est évolua entre 1600 et 1750 environ dans un contexte de grandes tensions religieuses (réforme et contre réforme). C’était une période artistique durant laquelle les traditions de la renaissance et du maniérisme étaient encore fortes et où le classicisme était à son apogée grâce à Nicolas Poussin.

Réagissant à la renaissance tardive (ou maniérisme), le baroque se caractérise par l’utilisation de nombreuses couleurs chaudes et vives avec d’importants effets de contraste destinés à mettre en valeur les formes et les mouvements. Les personnages sont également très expressifs et  communiquent des sentiments.

 

Saint Dominique et saint François préservant le monde de la colère du Christ,
Rubens, vers 1618-1620

 

L’éclairage se fait par taches à l’inverse de celui de la renaissance qui est uniforme. Le baroque c’est aussi le goût pour le trompe-l’œil, les jeux de perspective et l’agitation des draperies. Les artistes baroques optèrent pour le point de vue le plus spectaculaire: celui de l’instant où l’action se produit.

Pietro Berrettini fut un des grands maîtres des plafonds en trompe-l’œil et devint une référence comme architecte ou comme décorateur et peintre auprès de la cour pontificale, la haute société et différentes congrégations.

 

“Triomphe de la Divine Providence”, Pietro Berrettini, 1632-1639

 

Portrait du pape Urbain VIII, Pietro Berrettini, 1627

 

Le baroque se diffusa hors d’Italie, principalement dans la péninsule ibérique et au sud de l’Europe centrale. Son succès européen s’explique par le rôle que joua l’Eglise catholique. Celle-ci avait accumulé d’importantes richesses et vivait “dans un autre monde” que celui d’un peuple dans le besoin. Les réformistes protestants voulurent donc changer cela et lancèrent au 15ème siècle « la Réforme » (c’est-à-dire la volonté d’un retour aux sources du Christianisme et la nécessité de considérer la religion autrement).

L’Eglise comprit qu’elle commençait à perdre le contrôle de la situation et ainsi elle décida lors du concile de Trente, que les arts devaient à nouveau communiquer sur des thèmes religieux. Et cela en utilisant des effets impressionnants afin de convaincre le peuple de la grandeur de Dieu.

Rome devint la capitale européenne de l’art où se côtoyaient des artistes issus de tous horizons. Caravage  apporta sa touche réaliste dans les actions représentées (en utilisant notamment une lumière latérale enveloppant le sujet et des plans serrés). Michelangelo Merisi dit “le Caravage” révolutionna le système de représentation, ne croyant pas que la recherche du beau idéal de la renaissance était fidèle à la réalité. Ne laissant pas de place à l’imaginaire, Caravage voulait donc représenter absolument fidèlement la réalité d’un sentiment, d’une situation, d’un modèle beau ou laid. La définition du beau s’enrichit alors.

On parle alors de Caravagisme. Ce ne fut pas vraiment un mouvement pictural indépendant comme la renaissance ou le baroque mais plutôt le style d’un homme ayant inspiré d’autres artistes du classique puis du baroque. La non dissimulation des sentiments est justement un point caractéristique du baroque tout comme le choix de représenter l’instant précis d’une action.

 

“L’incrédulité de saint Thomas”, Caravage, 1603

 

A l’opposé des innovations réalistes de Caravage, Annibale Carrache  proposa un style plus proche des modèles antiques et posa les bases de ce qui sera par la suite le classicisme.

L’Espagne illustre bien le pouvoir de l’Eglise et son influence sur l’art. Alors que l’Empire espagnol entrait dans une période de déclin, il pouvait encore compter sur ses colonies italiennes (Milan et Naples) sur le plan artistique. Les tableaux, influencés par la contre réforme catholique, se vendaient encore mieux qu’à la renaissance. Ces ventes dynamisèrent alors l’économie européenne et spécialement les affaires des marchands d’art. Le 17ème siècle fut la grande époque de l’art espagnol, largement influencé par les styles personnels. Zubaran proposa des oeuvres plus austères alors que Vélasquez tendait vers le classique pour la composition mais aussi vers le baroque pour ses couleurs et la lumière. En matière d’anatomie, De Ribera respectait les critères du baroque et du caravagisme. Enfin, Cano, Leal et Murillo furent aussi baroques pour leur façon de traiter les sentiments.

Plus au nord, les Pays-Bas catholiques (Belgique actuelle) étaient toujours sous le contrôle de l’Empire espagnol et l’Eglise catholique put donc influencer le travail des peintres. Rubens, justement, fut formé par des maîtres italiens et fut un protégé des jésuites. Au réalisme flamand, il mélangea les techniques qu’il venait d’apprendre concernant la lumière, les couleurs vives et les mouvements. Il devint ainsi le peintre le plus demandé par les cours européennes.

 

Pour notre prochaine fiche, nous nous intéresserons au classicisme et au rococo.

 

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