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Le cubisme, l’histoire d’une rencontre

Prémisses

Comme l’expressionnisme, le cubisme fit son apparition quelques années avant la Première Guerre mondiale et ne concerna pas seulement la peinture. D’autres domaines comme l’architecture, la musique et la sculpture furent aussi influencés par ce courant.

Picasso et Braque furent les chefs de file de ce courant pictural en compagnie de différents autres artistes comme Delaunay ou Léger. Cette aventure artistique commença lorsque le poète Apollinaire présenta Braque à Picasso en 1907. Les deux peintres se penchèrent alors sur l’œuvre en cours de l’espagnol à savoir « les demoiselles d’Avignon ».

Les œuvres du mouvement proposent une analyse et une décomposition d’objets ainsi que leur recomposition abstraite afin de donner l’impression d’une multiplication des points de vue. Se voulant modernes, ces créations contiennent une répétition des formes géométriques.

Le cubisme vit son développement favorisé grâce à plusieurs événements culturels.

  • Tout d’abord, les œuvres de Seurat, notamment ses dernières. Dans « Le Cirque » et « Le Chahut », les lignes obliques occupent une place importante tout comme la représentation des mouvements rapides. « Le Chahut » (dont Braque eut une reproduction dans son atelier) semble annoncer les prémisses du Cubisme. Georges Seurat qui d’ailleurs ne rencontra de son vivant que mépris ou au mieux indifférence de la part de ses contemporains et des critiques. Les peintres de son époque, notamment les impressionnistes, ne comprenant pas son style. En plus des problèmes de jalousie, ils trouvaient son œuvre trop sérieuse et étaient agacés par les théories scientifiques de Seurat sur son art. En effet, Seurat mélangeait sciences et art pour sa recherche de vérité picturale et de beauté. En 1905, soit 14 ans après la mort de l’artiste, une exposition fut organisée et ses œuvres furent alors considérées autrement.

 

« Le Chahut », 1889-90, Georges Seurat

« Le Chahut », 1889-90, Georges Seurat

 

« Le Cirque », 1891, Georges Seurat

« Le Cirque », 1891, Georges Seurat

 

  • Deux ans après l’exposition dédiée à Seurat, le Salon d’Automne consacra à Cézanne une rétrospective. Nous sommes alors en 1907 et l’artiste est décédé l’année auparavant. Cette exposition d’une cinquantaine d’œuvres influença grandement les peintres du moment et notamment pour le cubisme. Ces artistes virent dans le travail du peintre la source de la géométrisation et constatèrent aussi l’influence de Cézanne sur bien des groupes (dont le Der Blaue Reiter ou en français « Le Cavalier Bleu », artistes d’inspiration expressionniste). Les artistes se demandèrent alors s’il était bien nécessaire de respecter les apparences de la nature. Au contraire, ne fallait-il pas plutôt partir de cette même nature et inventer librement les formes qu’elle leur suggère ? Cézanne lui-même cherchait à créer un nouvel espace pictural non basé sur une simple imitation du monde réel.
  • Enfin, l’art africain traditionnel eut aussi un rôle dans l’émergence du cubisme. Les formes sont simplifiées et déformées, exprimant une structure abstraite et non une imitation de la réalité. Les artistes comme Picasso voyaient dans ces œuvres non pas des curiosités comme les colons qui les rapportaient en Europe, mais de l’art. L’interaction entre Picasso et l’art africain n’a jamais cessé d’intervenir dans le processus créatif de l’artiste dès qu’il sentait le besoin de s’appuyer sur « le dérangement primitiviste ». Ses créations doivent beaucoup à ses recherches sur l’art d’Afrique noire. Picasso croyait beaucoup à la puissance expressive et transcendantale de l’art africain traditionnel, affirmant que cet art était un art savant et non pas primitif au sens vulgaire donnée à ce terme. Ainsi, il a aidé à diffuser cet art, à en changer l’image et a participé à l’interaction entre celui-ci et l’art moderne.

 

D’ailleurs, il convient d’apporter une précision. L’œuvre « Les Demoiselles d’Avignon » aurait vu le jour grâce à un masque africain qui inspira Picasso pour réaliser cette toile. Selon les experts, cette histoire serait fausse, car le masque en question (un masque Mahongwé) fut rapporté à Picasso qu’en 1930 alors que la toile date de 1907. Après, il est vrai que la ressemblance entre ce masque et la figure (en haut à droite dans la toile) est frappante. Quoi qu’il en soit, la toile « Les Demoiselles d’Avignon » est fréquemment présentée comme la première œuvre cubiste (notons que les experts restent divisés aussi sur cette affirmation).

Fin 1907, Picasso entra donc en relation avec Braque. En 1908, ce dernier fit un séjour à l’Estaque, quartier du 16e arrondissement de Marseille. Grâce à ses paysages, cet ancien hameau de pêcheurs était devenu une source d’inspiration pour différents peintres, dont Cézanne. Braque fut aussi inspiré par ce cadre et réalisa des œuvres comme « Les maisons à l’Estaque ». Dans cette dernière, l’artiste prit ses distances avec l’imitation du réel. Peu de détails et simplifications des formes des bâtiments. Ces derniers furent réduits à de simples parallélépipèdes. Matisse considère que cette œuvre est véritablement la première toile cubiste et non pas celle de Picasso. Cette prise de position peut s’expliquer par la rivalité qu’il y avait entre l’espagnol et le nordiste.

Rapidement, l’entente entre Picasso et Braque se développa et les deux artistes se côtoyèrent quotidiennement. Ils poursuivirent leurs expérimentations et proposèrent des toiles qui peu à peu allèrent vers l’abstraction. Expérimentations qui prouvent l’influence de Cézanne. Leurs recherches furent axées sur la géométrie et les formes représentées ; les deux artistes divisèrent tous les objets en formes géométriques simples. Ainsi, Picasso et Braque arrivèrent à la première étape du cubisme.

En 1909, quelques œuvres de Braque, Picasso et d’autres artistes furent exposées dans une galerie parisienne. Elles rencontrèrent un certain succès auprès des artistes visitant l’exposition et qui adoptèrent même le style. Ce fut le cas du jeune artiste espagnol Juan Gris qui réalisa ses premiers tableaux cubistes à partir de 1912. Mais dans un premier temps, le cubisme fut globalement méprisé par les critiques et ne reçut pas un accueil très chaleureux du public, ce dernier n’étant pas prêt à autant d’innovation.

 

« Les Demoiselles d’Avignon », Picasso, 1906-1907

« Les Demoiselles d’Avignon », Picasso, 1906-1907

 

"Maisons à l'Estaque", Braque, 1908

« Maisons à l’Estaque », Braque, 1908

 

Le cubisme analytique

À partir de 1910, Picasso et Braque se détachèrent du cubisme cézanien et resserrèrent leur collaboration. Ils continuèrent leurs expérimentations tout en appliquant leurs découvertes aux paysages, figures humaines et natures mortes. Mais toujours en allégeant sans cesse la part de réalité dans leurs réalisations.

Déjà en décalage avec le classicisme, ils confirmèrent cette rupture avec ce que l’on nommera le cubisme analytique.

La couleur est presque inexistante, sauf pour l’usage de teintes monochromatiques de gris, bleu et ocre. Au lieu de mettre l’accent sur la couleur, le cubisme analytique « analyse » la forme naturelle et la réduit en de simples parties géométriques sur deux dimensions.  Il est porté, principalement et dans la mesure du possible, sur les formes comme le cylindre, la sphère et le cône afin de représenter le monde naturel. La lumière constitue un élément important de ce style, se répartissant de manière différente sur chaque fragment.

Les œuvres issues de cette période du cubisme demandent un plus grand déchiffrage. Se détachant de plus en plus de la représentation d’éléments du réel, on considère fréquemment que ces œuvres sont plus hermétiques et moins accessibles pour une partie du public.

Durant cette période de cubisme analytique, les œuvres produites par Pablo Picasso et Georges Braque partagent des similitudes stylistiques. Souvent considéré comme une phase d’exploration intermédiaire entre le cubisme cézanien et le cubisme synthétique, le cubisme analytique ne captiva ni Picasso ni Braque pendant longtemps.

Dès 1911, le cubisme analytique adopte un visage plus humain. Par exemple, dans son œuvre intitulée « Ma jolie », Picasso y incorpore le titre, tout en bas. Cela fait référence à une chanson populaire de l’époque et surtout au surnom qu’il a attribué à sa maîtresse Eva Gouel (née Marcelle Humbert). Au-delà du procédé artistique et de la dédicace, ces mots sont présents pour tenter d’humaniser cette représentation de femme jouant de la guitare.

 

« Broc et violon », Braque, 1910

« Broc et violon », Braque, 1910

 

« Le Joueur de guitare », Picasso 1910

« Le Joueur de guitare », Picasso 1910

 

« Ma Jolie », Picasso, 1912

« Ma Jolie », Picasso, 1912

 

Juan Gris est moins subtil, plus frontal dans sa représentation de Picasso. La décomposition est moins brutale et sa gamme de couleurs s’élargit. Il en va de même avec la lumière beaucoup plus présente.

 

Portrait de Picasso, Juan Gris, 1912

Portrait de Picasso, Juan Gris, 1912

 

 

Au fil des mois, Braque et Picasso proposent un cubisme analytique de plus en plus complexe. À force de décomposer le sujet de la peinture, ce dernier se perd dans la toile, éliminant complètement tout lien avec la réalité. L’aspect hermétique du courant est encore une fois renforcé et l’œil du spectateur aurait sûrement de plus en plus de mal à déchiffrer les toiles. Conscients de cela et souhaitant garder un lien avec la réalité, les deux artistes réorientent le mouvement dès 1912.

 

Le cubisme synthétique

À la veille de la Première Guerre mondiale, le cubisme va rentrer dans sa dernière phase. Plutôt que de réaliser une analyse des perspectives, le cubisme synthétique fit le bilan des perspectives de l’objet. Pendant 2 ans, les deux chefs de file du cubisme explorèrent à nouveau la peinture. Terminées les teintes monochromatiques, retour à l’utilisation de couleurs plus vives. Autres caractéristiques : la variation des matériaux et l’utilisation de nouvelles techniques.

Braque commença à travailler des œuvres à base de papier collé. Cette méthode consiste à coller sur une toile en cours des morceaux de papier les uns à côté des autres. De provenances et de textures différentes, ils doivent permettre de créer un trompe-l’œil. Les motifs tels que ceux du faux bois ont pour fonction de rattacher la toile au réel, en rappelant au spectateur des éléments de la vie quotidienne.

De son côté, Picasso s’oriente vers les toiles cirées, le faux bois, le collage et le tissu afin de tester leur potentiel. Les deux artistes pratiquent donc à leur manière le collage. Technique qu’ils employaient toujours dans l’idée de conserver de garder une partie de réel dans leurs créations. Pour cela, ils avaient donc décidé de coller des lettres dans leurs œuvres.

En matière de collage, on peut alors cité « Nature morte à la chaise cannée » datée de 1912. Dans ce collage qui fut le premier à être classé comme œuvre d’art, Picasso rajouta les lettres J O U. Au spectateur de trouver la signification de celles-ci. Devenue une des œuvres les connues de Picasso, une partie du surréalisme s’en inspira.

 

Nature morte à la chaise cannée, Picasso, 1912

Nature morte à la chaise cannée, Picasso, 1912

 

« Compotier, bouteille et verre », Braque, 1912

« Compotier, bouteille et verre », Braque, 1912

 

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate, Braque est mobilisé pour aller au front. Ces évènements mettent fin au cubisme synthétique. Cela signe également la fin de la « compétition » entre Braque et Picasso.

Ce dernier n’est donc pas appelé au front, étant originaire d’Espagne, pays non engagé dans la guerre. Il finit par se désintéresser peu à peu du cubisme, la motivation n’étant plus la même sans Braque probablement. Les artistes s’étant joints à eux au fil des années ne rejoignent plus Picasso dans ses idéaux, à la fois artistiques, politiques et esthétiques. Braque fut grièvement blessé pendant la guerre. À son retour,  le peintre abandonna les formes géométriques pour des natures mortes où les objets sont dans des plans recomposés.

Mais ce n’est pas vraiment la fin du cubisme. Certains artistes vont continuer à faire évoluer le mouvement et à tenter des expérimentations. C’est le cas de Robert Delaunay et de sa femme Sonia, maîtres du cubisme orphique.

 

Le cubisme orphique

Du début de la Première Guerre jusqu’à 1920, Robert et Sonia Delaunay prirent leurs distances avec le cubisme analytique afin de proposer leur propre vision du cubisme avec des œuvres plus abstraites encore (plus que celle de Picasso et de Braque). Ce nouveau cubisme tire son nom du poème « Orphée » d’Apollinaire dans lequel l’auteur faisait l’éloge d’une beauté abstraite et pure qui transcende les arts.

Plutôt que de détailler les objets en de nombreuses facettes, comme pour le cubisme analytique, le cubisme orphique créa ses propres représentations. Il se caractérise alors par l’utilisation de cercles ayant le même centre (cercles concentriques) ainsi que par une couleur plus libre. Ce cubisme donne ainsi l’impression d’être plus vivant et rythmé.

C’est au Salon des indépendants de 1913 que l’orphisme semble apparaître pour la première fois véritablement. Salon auquel le couple Delaunay participe. Le critique d’art et poète Apollinaire considérait que ce cubisme orphique était la rencontre entre le cubisme, pointillisme, fauvisme et impressionnisme. Robert Delaunay expose alors « Formes circulaires. Soleil n° 2 » qui fut une des œuvres les plus importantes de l’artiste en matière de cubisme orphique. Le couple d’artistes s’inspira de la théorie du contraste simultané par lequel les couleurs semblent à la fois s’opposer et s’unir sur la toile. L’orphisme ne toucha que peu de peintres et peut être considéré comme une étape vers l’abstraction.

 

« Formes circulaires. Soleil n° 2 », Delaunay, 1913

« Formes circulaires. Soleil n° 2 », Delaunay, 1913

 

« Hommage à Blériot », Delaunay, 1914

« Hommage à Blériot », Delaunay, 1914

 

 

Prochain rendez-vous : le fauvisme, la « violence » des couleurs.

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