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Le fauvisme, la « violence » des couleurs

Introduction

Apparu en France au début du 20e siècle, en même temps que l’expressionnisme en Allemagne, le mouvement fauve ne dura en tant que tel que quelques années, de 1904 à 1908 et eu droit à 3 expositions majeures. Pourtant, cela ne l’empêcha pas d’avoir une influence réelle sur l’art moderne à venir en proposant de nouveaux concepts et en révélant des peintres comme Derain et Matisse, meneurs du mouvement. Ces artistes voulurent créer et proposer un nouveau langage pictural, notamment fondé sur la couleur.

Si Derain et Matisse furent les leaders du mouvement, c’est par Moreau, enseignant à l’École des Beaux-arts de Paris que les choses ont commencé. Peintre symboliste, Moreau fut le professeur notamment le professeur de Matisse dans les années 1890. Selon les critiques, l’enseignant fut le leader philosophique du groupe jusqu’à ce que Matisse prenne la suite en 1904. Moreau, artiste controversé par son style, était très apprécié de ses élèves. Matisse disait de lui « Moreau ne nous a pas mis sur le droit chemin, mais en dehors des sentiers battus. » De Moreau, les peintres fauves héritèrent d’un fort sens de l’originalité ainsi que d’une utilisation spécifique des couleurs donnant aux toiles une expressivité jusque-là inexplorée.

Autre artiste ayant formé et influencé Matisse, Russell, peintre impressionniste et ami de Van Gogh. Il fut le maître de Matisse durant quelques années. Dans un premier temps déstabilisé par le style de Russell, Matisse retourne le voir en 1897. Il adopta alors une palette composée de couleurs vives et impressionnistes. Matisse déclara par la suite « Russell fut le professeur m’expliqua la théorie des couleurs ».

Le fauvisme fut nommé ainsi en 1905 lors du Salon d’Automne. Alors que le critique d’art Vauxcelles observait une sculpture qui tendait vers le classicisme, il constata aussi que cette œuvre était entourée de créations aux couleurs très vives. « Au milieu de cette orgie de tons purs, la simplicité de cette sculpture surprend. Donatello entouré de fauves ». Provoquant un scandale lors de ce Salon de 1905, ce nouveau langage pictural est alors perçu comme violent. En effet, le fauvisme se caractérisait par ses recherches chromatiques novatrices, les artistes ayant recours à d’importants aplats de couleurs vives et pures.

Bien que présentée comme violent, la forme d’expressivité du fauvisme n’est pas totalement comparable à celle du mouvement expressionniste allemand. Ce dernier se caractérisait par une atmosphère tourmentée et violente tandis que le fauvisme proposait une composition plus vivante et positive. Le fauvisme va ouvrir les portes à une abstraction de plus en plus marquée de l’image pour arriver des années plus tard à l’art abstrait.

 

Sources et influences

  • Cross et Signac

Sur la demande de Signac, ce dernier et Matisse passèrent ensemble l’été 1904 dans le sud de la France où Signac devait lui présenter Cross, adepte du divisionnisme. Matisse teste alors la technique et chercha à s’écarter définitivement du style impressionniste notamment en ce qui concerne la lumière. C’est lors de ce séjour qu’il créa « Luxe, Calme et Volupté », œuvre partagée entre pointillisme et fauvisme. Le séjour terminé, Matisse rentra à Paris pour convaincre ses proches de pratiquer le pointillisme.

 

« Luxe, calme et volupté », 1904-1905, Henri Matisse

« Luxe, calme et volupté », 1904-1905, Henri Matisse

 

  • Cézanne et Gauguin

Si le mouvement fauve propose une continuité du travail de Cézanne et ses recherches lors de l’impressionnisme, il existe néanmoins des différences. La forme d’expression et le caractère très personnel des œuvres de Cézanne reflétaient bien son tempérament solitaire lors de son processus artistique. Il est possible de constater dans les œuvres de Cézanne une simplification des formes et le travail par aplats de peinture. Désirant exalter la couleur, Cézanne épure toujours plus ses images.

Gauguin ira même plus loin. Sous le charme des paysages de Tahiti et leurs couleurs, Gauguin tenta d’exprimer l’intensité des lumières et des teintes qu’il pouvait voir en simplifiant le dessin. Il finira même par aboutir à des créations dans lesquelles la couleur prit le dessus sur le dessin, exprimant une intensité jamais encore observée alors.

Les artistes fauves essayèrent de dépasser encore ce stade avec un dessin laissant place à des taches épaisses et larges de couleurs pures.

Si alors la notion « fauve » peut exprimer l’aspect nature, spontanée de l’usage de la couleur, elle peut aussi traduire un certain primitivisme. Gauguin tenta de se rapprocher de cet aspect primitif dans le cadre tahitien afin de porter un nouveau regard pictural loin des codes académiques européens.

 

  • Van Gogh

En introduction, nous parlions de Russell, maître de Matisse pendant quelques années. En tant qu’ami proche du peintre néerlandais, Russell put voir de près son travail et probablement transmettre ce savoir à ses apprentis. Russell offrit même à Matisse un dessin de Van Gogh.

En 1901, bien que plutôt frileux vis-à-vis des institutions muséales, Vlaminck se rendit à une exposition et découvrit pour la première fois l’œuvre entière de Van Gogh. Ce fut une révélation pour Vlaminck et orienta sa carrière en fonction de ce qu’il venait de découvrir. Affirmant aimer Van Gogh plus que son propre père, il s’en inspira fréquemment en utilisant comme lui une couleur pure « sortie de tube » ou les effets de tourbillon. Ceux qui ne se rendirent pas à l’exposition de 1901 purent admirer l’œuvre de Van Gogh au Salon des indépendants en 1905. Là aussi, les Fauves furent marqués par le message sentimental des œuvres et par leurs syntaxes.

 

« La partie de campagne », 1906, Vlaminck

« La partie de campagne », 1906, Vlaminck

 

« Jeune femme à l’ombrelle », 1906, Manguin

« Jeune femme à l’ombrelle », 1906, Manguin

 

La vie du groupe

Bien que le but du fauvisme était d’exprimer une peinture spontanée ou d’instinct comme nous l’évoquions plus haut, il faut tout de même préciser que beaucoup de peintres fauves eurent au préalable une formation artistique académique. Une sphère assez différente.

Par exemple, Mauguin, Matisse, Camoin ou encore Marquet furent élèves de l’École des Beaux-arts. Presque tous les membres du groupe se retrouvaient dans l’atelier de Moreau, devenant le lieu de rendez-vous et de révolte de tous ceux qui souhaitaient se développer par eux-mêmes et non pas selon des dictats. De leurs côtés, Braque et Dufy fréquentaient l’atelier Bonnat, peintre de la fin du 19e siècle. Mais le fauvisme ne se réduisait pas uniquement à une vision commune en matière de préoccupations artistiques. Les membres du groupe fauve partageaient certaines idées qui allaient à l’encontre de l’Église, de l’armée et de la bourgeoisie.

Le groupe fauve comptait de fortes personnalités dans ses rangs et chaque artiste y alla de son style, c’est pourquoi ce courant artistique n’était pas figé et ni définissable d’une unique manière. D’autre part, certains artistes étaient plus confirmés que d’autres, ce qui est le cas de Matisse, pivot et initiateur du groupe.

Son expérience se révéla indispensable pour gérer les fauves qui travaillaient tous en petits groupes et sur de courtes périodes. Quand Matisse passait un été dans les Pyrénées-Orientales, d’autres préféraient se rendre soit à l’Estaque (comme Braque), soit en Normandie (comme Marquet) ou encore en banlieue parisienne (comme Derain). Puis, ils exposaient tous ensemble au Salon d’Automne et au Salon des indépendants.

 

« Trois personnages assis dans l’herbe », 1906, André Derain

« Trois personnages assis dans l’herbe », 1906, André Derain

 

Le groupe abordait tous les gens de la peinture : scène d’intérieur, nature morte, nu, portrait… Mais c’est le paysage qui revenait le plus souvent, notamment les scènes avec de l’eau. Plus exactement, le groupe avait une préférence pour les scènes vivantes des ports maritimes et fluviaux, avec les allées et venues des dockers et des navires de tous les types. Par contre, tous les fauves ne proposaient pas la même vision de ces scènes. Dufy, Marquet et Manguin décrivaient des scènes plutôt festives avec des promeneurs sur les plages par exemple quand Vlaminck et Derain proposaient des moments de labeurs.

De son côté, Matisse s’orientait plutôt vers des représentations paisibles et intemporelles, peuplées de figures nues et gracieuses. C’est d’ailleurs lui qui poussa le plus loin ses recherches sur la couleur.

Utilisant son savoir pointilliste, il utilisa une gamme de teintes perfectionnées sans jamais se contenter des couleurs primaires. Gauguin et lui appréciaient les nuances subtiles appliquées de manières aérées. Ainsi, le blanc de la toile pouvait apparaître par endroit, aidant à faire vibrer les tons sans recours à des dégradés, modelés ou transitions.

 

« La Danse », 1909, Matisse

« La Danse », 1909, Matisse

 

« La Musique », 1910, Matisse

« La Musique », 1910, Matisse

 

Évolution du mouvement

Bien que les villes de Londres et d’Anvers furent des sites d’inspiration importants, le fauvisme se développa principalement en France. On parle fréquemment d’une influence du Fauvisme sur le groupe expressionniste allemand Die Brücke (Le Pont, 1905-1913). Il existe effectivement des analogies certaines entre les œuvres de ces deux groupes comme l’importance de la couleur et sa force expressive.

Cela dit, aucun lien ne fut confirmé entre les membres de ces deux mouvements, sachant en plus que les similitudes pouvaient s’expliquer autrement. En effet, ces deux groupes avaient des sources d’inspiration communes comme celles citées plus haut (Gauguin, Cézanne, Van Gogh). On peut aussi évoquer Matisse et sa notoriété. Au plus fort de l’influence fauve, ses œuvres purent se faire connaître en Allemagne entre 1907 et 1911. Il en fut de même pour le travail de Derain.

La dernière fois nous avions évoqué le cubisme, courant de la même période. Ce mouvement est souvent présenté comme LE premier mouvement esthétique du 20e siècle. À l’inverse, le fauvisme est considéré comme un mouvement artistique du siècle passé. Pourtant, en matière de peinture moderne, le Fauvisme n’est pas à négliger, loin de là. Avec ses couleurs vives non modulées et sa puissante dynamique, le fauvisme se situe à l’opposé de l’idéal classique et apparaît comme un des derniers âges d’or de l’ère moderne.

Malheureusement, comme nous l’avons vu en introduction, cette école eut une durée fort courte. En 1908, Matisse et ses amis estimèrent avoir épuisé les axes de réflexion concernant ce mouvement, ce qui marqua la fin du fauvisme.

En réalité, à partir de 1907, beaucoup des fauves choisirent des voies différentes comme Braque, qui avec Picasso, privilégia l’espace et sa construction dans le mouvement cubiste émergeant. Derain retomba dans une palette plus respectueuse de la tradition classique quand Dufy et Rouault tentèrent de préserver le rôle majeur de la couleur. En opposition dans leur expression, mais réintroduisant l’importance de la ligne, Dufy proposa des œuvres à la ligne dissociée de la couleur tandis que Rouault la fit plus marquée, cloisonnant ainsi la couleur. Le leader Matisse, tel le dernier des Mohicans, resta dans l’optique de faire de la couleur la priorité absolue.

De nombreux artistes puiseront alors dans le fauvisme matière à leurs recherches personnelles. Paris, au début du 20e siècle, exerçait une forte attraction auprès des artistes internationaux, permettant une rapide diffusion des recherches plastiques. Notamment grâce à la communauté russe, très mobile à cette époque.

Dorénavant, c’est donc d’autres cultures qui allaient relayer ce mouvement fauve sur le sol français et en Europe tout en évoluant vers d’autres styles.

 

Pour notre prochaine fiche, nous visiterons l’univers du surréalisme.

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