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Le Réalisme, l’art du peuple

 

Une transition

Considéré comme un trait d’union artistique, le réalisme se situe entre le romantisme et l’impressionnisme. Apparu en France à partir du milieu du 19e siècle, les artistes liés à ce mouvement ont pour sujet les mœurs d’une époque, d’un milieu, les liens avec le contexte historique, politique, social ; la ville, la province, les misères sociales. En effet, il faut rappeler le contexte de cette période : accroissement exponentiel de la population, des récoltes catastrophiques ainsi qu’une industrialisation express. Résultat, une paupérisation d’une partie de la population en ville comme à la campagne.

Le réalisme se veut être une étude approfondie de la réalité, une représentation authentique. Bien que les peintures puissent surprendre par la banalité des sujets choisis, elles permettent de voir la réalité de l’époque. La révolution de 1848 contre la Monarchie de Juillet n’est pas sans répercussion dans le domaine artistique. Les institutions artistiques alors en place sont rejetées et le réalisme s’affirme. Ce mouvement est contre l’aspect imaginaire du romantisme et le formalisme académique, mais ne s’impose pas une théorie esthétique ou un style homogène. Encore une fois, le but est de moderniser l’art, de conserver une vision objective et simple de la vie contemporaine pour être accessible à tous, mais sans renier le passé pour autant. Pouvant être aussi engagée, cette peinture recevra un mauvais accueil de la part des institutions et des critiques.

L’art officiel de la deuxième république et du Second Empire refoule ce courant, le voyant comme un défi jeté à la peinture d’histoire et trouve toutes ces créations vulgaires. Ce rejet est peut-être aussi lié au fait que pour la première fois dans une image, on sent un questionnement sur le futur et sur l’évolution de la société. Le réalisme est le témoin d’une génération de personnes qui hésitent entre nostalgie du passé et ses traditions, progrès techniques et évolution sociale.

Bien que principalement français, ce mouvement aura des variantes en Russie, en Espagne, aux Pays-Bas, mais aussi aux États-Unis après la guerre de Sécession.

Si le terme de « réalisme » apparait en 1855, ce style peut se retrouver dans toutes les époques. Cela illustre bien qu’en art, rien n’est jamais vraiment tranché. Un artiste pouvant être rattaché à plusieurs styles, selon son évolution personnelle ou celle de la société.

 

Un chef de file

Gustave Courbet sera le meneur de ce courant artistique. Autodidacte, il a fréquenté les ateliers libres du Louvre. Intégré à son époque sans être avant-gardiste, il se détache volontairement de ses contemporains. En somme, un esprit libre.

 

Gustave Courbet (1819-1877)

Gustave Courbet (1819-1877)

 

En 1851, Gustave Courbet présentera une œuvre aux dimensions impressionnantes (315 × 668 cm) : « L’enterrement à Ornans ». Si cette taille n’est pas sans rappeler celle des œuvres romantiques, la comparaison s’arrête là. En effet, les couleurs sont moins contrastées et le sujet est commun. Telle une capture de l’instant, les paysans sont représentés, sans aucune interprétation artistique, tels qu’ils sont. Cette œuvre fait alors scandale par son sujet et ses proportions, qui semblent glorifier une histoire simple de la vie et ne respectant pas le côté sacré des genres picturaux. « Le sacre de Napoléon » était, effectivement, une référence à l’époque.

 

« L’enterrement à Ornans », Gustave Courbet, 1849-1850

« L’enterrement à Ornans », Gustave Courbet, 1849-1850

 

Plus ou moins rejeté de l’Exposition universelle de 1855, Gustave Courbet ira jusqu’à faire installer une tente, nommée « Le Pavillon du réalisme », dans laquelle il présente une quarantaine de créations. Ce « Pavillon » étant planté juste devant l’Exposition universelle. 10 de ses œuvres étaient acceptées à l’Exposition universelle, mais pas « L’Atelier du peintre ».

 

« L’Atelier du peintre », Gustave Courbet, 1855

« L’Atelier du peintre », Gustave Courbet, 1855

 

« Le titre de réaliste m’a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 le titre de romantiques. Les titres en aucun temps n’ont donné une idée juste de choses : s’il en était autrement, les œuvres seraient superflues. »  Extrait de Gustave Courbet dans l’avant-propos de sa brochure accompagnant son exposition personnelle. Un texte souvent considéré comme un manifeste du Réalisme.

 

« L’Atelier du peintre », véritable manifeste politique et artistique, associe les dimensions de la peinture d’histoire à la description réaliste de son atelier et ridiculise ainsi l’attitude idéaliste de l’art officiel. Dans cette toile sont mélangés des individus appartenant à toutes les classes sociales ainsi que des personnes qui lui sont importantes (comme le poète Baudelaire).

Si son « Pavillon du réalisme » ne lui valut aucun succès commercial, il aura eu au moins le mérite d’attirer l’attention d’une jeune génération d’artistes parisiens. Il peindra ensuite des paysages ou encore des natures mortes réalistes. Il aura également un passage érotique avec les toiles « le Sommeil » et « l’Origine du monde », toutes deux de 1866. La dernière qui représente un sexe féminin en gros plan ne sera exposée qu’à la fin du 20e siècle. Néanmoins, on considère aujourd’hui Courbet comme un des premiers peintres modernes.

 

L’École de Barbizon, les prémices du réalisme

Le village de Barbizon, proche de la forêt de Fontainebleau, est un des endroits mythiques de la peinture préimpressionniste en France. Dès 1825, ce qui n’est encore qu’un hameau de bûcherons accueillera à l’auberge Ganne, tous les peintres qui cherchent l’inspiration auprès d’une nature intacte. Cela pendant 50 ans.

Fuyant la civilisation urbaine et les débuts de l’industrialisation, ces artistes considéraient la nature comme un cocon. En s’inspirant de la peinture anglaise de paysage, ils surent grandement recycler la vision classique d’un genre, le paysage historique. En effet, au début du 19e siècle, l’intérêt pour le paysage pur prenait figure de découverte. Selon la tradition académique, l’étude d’après nature n’est qu’une étape amenant à un paysage ensuite composé en atelier où dominent la présence et l’action humaines. L’observation sensible de la nature n’est pas bien perçue, considérée comme inférieure à l’expérience intellectuelle. Ainsi, le paysage reste un genre mineur.

Ces artistes étudient les effets de la lumière et de l’atmosphère environnante. Les impressionnistes s’inspirèrent de leurs recherches.

Parmi ce groupe de Barbizon, Jean-François Millet qui fut de ceux qui défendirent le paysage autonome. Il étendit ensuite sa vision du paysage aux personnages, le tout dans un ensemble homogène comme dans « les Glaneuses » (1857).

 

Jean-François Millet (1814-1875)

Jean-François Millet (1814-1875)

 

C’est ce genre de représentation qui fit la notoriété de Millet. Dans « Les Glaneuses », Millet montre 3 paysannes assurant une tâche pénible : ramasser les restes de la récolte. Ombre et rareté d’un côté, lumière et récolte abondante de l’autre pour symboliser les divisions sociales. Pour accentuer cet effet, on peut voir au loin le propriétaire terrien sur son cheval, surveillant la récolte.

 

« Les Glaneuses », Jean-François Millet, 1857

« Les Glaneuses », Jean-François Millet, 1857

 

 

Selon l’opinion politique des personnes de l’époque, les critiques étaient très différentes. D’un côté, les conservateurs étaient inquiets de ce progressisme et de l’autre, les républicains qui saluaient la description digne et juste des paysans.
Mais Millet souhaite juste montrer la pauvreté des paysans sans rattachement politique. Dans son style, on retrouve fatalisme et délicatesse. Ces personnages comme dans « les Glaneuses » sont les ultimes témoins d’une époque déjà révolue à cause de la révolution industrielle.

Considéré comme réaliste, Millet aura une grande influence sur les impressionnistes que sont Monet ou Pissarro. Sans parler de Van Gogh qui sera profondément marqué par le travail de Millet. Tous deux partageaient la même compassion pour les fermiers, laboureurs et autres métiers difficiles.

 

Le caricaturiste réaliste

Le passage d’une économie agricole à une économie industrielle fut donc à l’origine de grands bouleversements. Ces derniers sont visibles quotidiennement avec les beaux quartiers résidentiels de la bourgeoisie et la dégradation des bas-fonds. Les débats politiques sont passionnés et les écrits de Zola ou de Baudelaire s’inspirent de cette réalité.

De son côté, Honoré Daumier se fit un nom en réalisant des caricatures d’hommes politiques et des satires sur le comportement des Français. C’est certainement grâce à lui que l’examen des malheurs sociaux trouva un écho des plus importants à travers ses réalisations publiées dans des journaux satiriques. Il créa aussi plus de 300 tableaux, dont « La Blanchisseuse ».

 

Honoré Daumier (1808-1879)

Honoré Daumier (1808-1879)

 

« La Blanchisseuse » se base sur les observations de Daumier, faites depuis la fenêtre de son atelier qui donnait sur la Seine. Cette peinture représente une lavandière et une fille qui doit être la sienne. Elles remontent sur la berge après avoir quitté un bateau qui sert de blanchisserie. Ce tableau illustre bien la sympathie des peintres réalistes pour ceux dont la vie est synonyme de dur labeur.

 

La Blanchisseuse , Honoré Daumier, 1863

La Blanchisseuse , Honoré Daumier, 1863

 

Daumier est fréquemment présenté comme un des premiers peintres ayant abordé des sujets réalistes et cela même quand le style pictural en était bien éloigné. Ses défenseurs diront que son réalisme était intérieur. Pour le Conservateur du patrimoine, Thierry Lefrançois, l’artiste Honoré Daumier était « un réaliste d’intention plus qu’un réaliste de fait ».

La valeur de sa peinture aura été reconnue à partir de l’année de sa mort. Aujourd’hui, il est considéré comme un des plus grands peintres français du 19e siècle. Alors qu’à son époque, la bourgeoisie et les classes moyennes n’appréciaient guère la façon dont Daumier les ridiculisait ; elles l’ont persécuté et ont toujours refusé de voir en lui autre chose qu’un caricaturiste subversif.

 

Le réalisme hors hexagone

Vers le milieu du 19e siècle, l’Autriche, l’Allemagne et l’Italie sont touchées par des troubles politiques. Le socialisme élaboré par Karl Marx et Firedrich Engels se fondait sur une justice sociale idéale et un système équitable de redistribution des richesses. Alors, cette idéologie deviendra la raison d’être d’une partie du réalisme et en 1870, des artistes se réunissent en collectif puis forment l’association des expositions itinérantes de Russie. Le but de cette association étant de faciliter l’accès du peuple à l’art.

Les « Ambulants », comme ils se surnomment, comptent parmi eux NikolaÏ Kassatkine. Ce dernier se rendit célèbre pour ses tableaux mettant en scène des mineurs de Donets (Ukraine), dont les « Glaneurs de charbon ».

La femme debout, regardant vers l’observateur semble attirer l’attention sur la lutte quotidienne des pauvres.

 

Les Glaneurs de charbon, Nikolaï Kassatkine, 1894

Les Glaneurs de charbon, Nikolaï Kassatkine, 1894

 

Autres artistes réalistes étrangers, Adolph Menzel. Cet artiste allemand, qui a changé de style et de sujet plusieurs fois dans sa carrière, fut reconnu comme un des plus grands peintres réalistes de son pays. Cela grâce à ses immenses tableaux dédiés aux conditions de travail des classes laborieuses et à leur vie.

Pour réaliser « Le Laminoir », Menzel produira plus de 150 dessins préparatoires. Une toile qui eut un succès immédiat et fut rebaptisée « Cyclopes Modernes », car cette toile « élevait la dure réalité quotidienne de la vie ouvrière au rang de la mythologie antique ».

 

Le laminoir, Adolph Menzel, 1875

Le laminoir, Adolph Menzel, 1875

 

La prochaine fiche sera intitulée  La Renaissance, Florence et Rome : une question de perspective.

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