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Les faussaires, deuxième partie

 

Après la présentation du monde des faussaires, passons maintenant aux portraits de quelques-uns de ces experts.

 

 

Yves Chaudron :

Ce français est célèbre pour avoir réalisé des copies de la Joconde lorsque celle-ci fut volée en 1911. Ces faux circulèrent et furent achetés par des collectionneurs.

Le vol de la Joconde fut d’autant plus marquant qu’il fut entouré d’un certain mystère, digne d’un roman policier.

 

L’espace vacant du tableau La Joconde au Louvre après son vol en 1911

 

Tout d’abord, Yves Chaudron. De ce faussaire, on ne sait toujours que très peu de choses. Il aurait travaillé pour Eduardo de Valfierno, un escroc argentin et c’est ce dernier qui aurait eu l’idée du vol. Il aurait commandé alors plusieurs copies au faussaire français dans le but de les vendre comme authentiques après le vol de l’original.

La disparition de la Joconde fit la une des médias à travers le monde et attisa l’intérêt de collectionneurs peu scrupuleux. D’ailleurs, les faux se vendirent très bien. Le voleur, Vincenzo Peruggia, était un ouvrier italien qui avait travaillé au Louvre lors de la mise sous verre des œuvres. Agissant sur les ordres d’Eduardo de Valfierno, Vincenzo Peruggia aurait conservé l’original dans sa chambre à Paris pendant deux ans. Ce n’est que fin 1913 qu’il tenta de vendre le tableau à un antiquaire en recherche d’œuvres à acheter. Malheureusement pour Vincenzo Peruggia, l’antiquaire Alfredo Geri était un honnête homme et il dénonça son compatriote à la police. Lors de son procès, Vincenzo Peruggia (sur les conseils de ses avocats) expliqua qu’il avait agi par patriotisme afin de rendre cet illustre tableau à son pays d’origine.

 

Fiche d’identification de Vincenzo Peruggia après son arrestation

 

Seulement voilà, cette histoire de conspiration n’est apparue qu’en 1932 après un article de Karl Decker dans une édition du Saturday Evening Post. Eduardo de Valfierno lui-même lui aurait avoué toute l’histoire, lui interdisant d’en parler avant sa mort et celle de son associé Yves Chaudron. Craignant probablement des actions en justice et ne voulant pas être couverts de honte, les acheteurs des copies ne se  manifestèrent pas. On ne retrouva jamais ces copies.

Beaucoup doutent encore de l’authenticité de cette histoire et même de l’existence d’Eduardo de Valfierno. Karl Decker aurait tout inventé et la seule chose vraie serait l’identité du voleur.

 

Retour de la Joconde en 1914 après une tournée en Italie

 

John Drewe et John Myatt :

Drewe fut condamné en 1999 à 6 ans de prison pour avoir écoulé, entre 1986 et 1995, environ 200 œuvres de Marc Chagall, Jean Dubuffet, Alberto Giacometti, Ben Nicholson, Nicolas de Staël … 73 furent identifiées, et il est possible que le reste soit toujours dans la nature, sinon sur le marché.

Physicien nucléaire de formation (il a tout de même été à la tête d’un département de physique), John Drewe avait réussi à tromper plusieurs galeries et maisons de vente prestigieuses comme Sotheby’s et Christie’s. (De ce que l’on sait, Drewe leur vendit pour 2 millions d’euros de copies, mais Myatt ne toucha que 5% de cette somme environ)

Il se faisait passer pour un expert et était devenu un habitué des archives de musées, comme la “Tate Gallery” ou le “Victoria and Albert Museum”. Alors, il remplissait les dossiers qu’il consultait de références “bidonnées” qui “validaient” les faux, références qu’il mettait ensuite en circulation. Ainsi, quand les acheteurs voulaient vérifier l’authenticité des œuvres, ils en trouvaient la preuve dans les musées.

 

Faux Monet “Impression, soleil levant” de John Myatt.

 

En procédant de la sorte, Drewe  réussit à vendre 150 000 euros un faux Alberto Giacometti à un galeriste américain. C’est Mary-Lisa Palmer, spécialiste d’Alberto Giacometti et auteur du catalogue raisonné qui révéla la supercherie en voulant défendre son propre travail de recherches.

John Drewe avait recruté John Myatt par le biais des petites annonces. Myatt, qui avait désespérément besoin d’argent, accepta rapidement le travail. Il imitait des peintures et répandait ensuite sommairement la poussière de son aspirateur sur le revers de la toile pour les faire vieillir. Selon les experts présents lors du procès, son travail n’aurait pas dû tromper les professionnels car Myatt était loin d’avoir le même niveau de perfection que les maîtres qu’il imitait. Myatt fut condamné à un an de prison (mais ne fit que 4 mois de cellule) et Drewe à 6 ans (il n’en fit que deux).

Ayant la tromperie dans la peau, Drewe fut à nouveau condamné en 2012 à 8 ans de prison pour avoir commis un abus de faiblesse et délesté un retraité de 800 000 euros (soit l’intégralité des ressources du vieil homme). De son côté, Myatt continue à faire des copies, mais légalement cette fois-ci. Il a  travaillé également pour un show télévisé et comme consultant pour la police afin de démasquer les faussaires.

 

John Myatt dans son atelier, de nos jours.

 

Han van Meegeren :

Né en 1889, ce néerlandais est souvent présenté comme le faussaire le plus doué du 20e siècle, réalisant pour 20 à 25 millions d’euros de ventes de faux. Il a utilisé la modeste renommée (à l’époque) de Vermeer pour tromper son monde. Son père le força à suivre des études d’architecture, alors qu’il était passionné par les peintres de l’Âge d’or des Pays-Bas et voulait devenir artiste lui auss4. Cependant il connut un certain succès comme peintre d’art moderne puis se fit détruire par la critique quand il voulut changer de style. Son travail sentait le réchauffé selon ces mêmes critiques.

 

Han van Meegeren en 1947

 

En plus de s’attaquer violemment aux critiques par voie de presse, il décida de fabriquer des faux. Pendant presque une décennie, il apprit les styles et techniques des maîtres en même temps que leurs biographies. Son premier maître, Bartus Korteling, lui avait également enseigné comment broyer les couleurs à l’ancienne et mélanger soigneusement le pigment et l’huile.

Il démontra alors tout son talent par ses faux si bien réalisés que même les critiques d’art les plus respectés et expérimentés se firent berner.

Gerard ter Borch,  Frans Hals, Pieter de Hooch ou Johannes Vermeer sont les premiers artistes qu’il imita mais comme nous le disions plus haut, c’est bien Vermeer qui eut la préférence du faussaire.

Le pic de son activité eut lieu pendant la deuxième guerre mondiale. En effet, ses compatriotes les plus riches lui achetaient toutes ses copies afin que leurs collections ne soient pas détruites ou saisies par les nazis. Un de ses faux Vermeer fut même en possession d’Hermann Göring, haut dignitaire nazi.

La guerre terminée et les nazis vaincus, Han van Meegeren fut arrêté pour collaboration quand son faux Vermeer fut retrouvé chez Göring. En réalité, les alliés pensaient qu’il avait vendu un authentique Vermeer au chef nazi, pillant ainsi le patrimoine culturel de son propre pays. De plus, alors que ses compatriotes souffraient grandement de l’occupation allemande, lui mena la grande vie, ce qui confirma l’idée qu’il était un collaborateur. Sans oublier le fait qu’il ne donnait pas l’image d’une personne des plus sympathiques depuis des années. Lors de son procès, Han van Meegeren avoua qu’il était faussaire et pour le démontrer, il peignit depuis sa geôle un autre faux Vermeer.

 

Han van Meegeren lors de son procès. La salle était remplie de ses faux.

Après expertises et enquêtes, Han van Meegeren passa du statut de collaborateur à celui d’escroc de haute volée ayant réussi à tromper Göring et ses sbires. Tout de même condamné à un an de prison pour faux et tromperie, il n’accomplit jamais sa peine. Victime d’une crise cardiaque fin novembre 1947, il mourut à l’hôpital durant sa convalescence  fin décembre de la même année.

 

Fernand Legros :

Voici maintenant un personnage haut en couleur. Né en Egypte en 1931, ce franco-américain menteur et manipulateur fut condamné dans les années 1970 pour vente de faux tableaux. Il est difficile d’établir avec certitude sa biographie mais il est sans aucun doute un des plus grands faussaires de la deuxième partie du 20e siècle.

Dans les années 1950, il aurait rencontré Elmyr de Hory, un faussaire hongrois spécialisé dans les fausses signatures qui fut aussi un ancien élève du peintre français, Fernand Léger. Legros et Hory travaillèrent alors ensemble et écoulèrent leurs faux de par le monde, notamment aux Etats-Unis où Legros avait conçu une stratégie pour que ses œuvres soient  authentifiées.

 

Fernand Legros, un personnage haut en couleur

 

En effet, il payait un complice déjà sur place pour qu’il le dénonce aux douanes. Le prétexte? Legros importerait des œuvres authentiques sans les déclarer afin de ne pas payer de taxes douanières. Legros se faisait alors arrêter, se montrant probablement  très contrarié de s’être laissé prendre. Il payait alors les taxes dues pour “ses originaux non déclarés” et obtenait en contrepartie un récépissé des douanes qui faisait office de certificat d’authenticité. Ainsi, tout le monde était content : les douanes avaient encaissé de l’argent, les clients achetaient des œuvres certifiées et Legros écoulait ses faux devenus authentiques.

Ainsi pendant une vingtaine d’années, Legros trompa son monde malgré des problèmes avec la justice dès 1963 pour la vente d’un faux Toulouse-Lautrec. En 1968, des experts découvrirent le pot aux roses (tout au moins une partie). Ils identifièrent 44 faux chez le collectionneur Algur H. Meadows qui les avait tous achetés à Legros. Mais ces experts ont peut-être été guidés dans leur découverte par Elmyr de Hory. Ce dernier était en conflit avec Legros et il annonça publiquement qu’il  avait réalisé 80 faux pour lui, afin de le discréditer et de le faire inculper.

 

Fernand Legros en 1977

 

Legros s’en sortit et écrivit même la préface du livre d’un autre faussaire, David Stein. Et même lorsqu’il fut condamné en 1979 à deux ans de prison pour falsification d’œuvres d’art, il ressortit libre du tribunal car il avait fait de la détention préventive. La chance sembla l’abandonner lorsque peu après, en 1980, un banal accident de la route (lors duquel un homme fut blessé) fit sauter son sursis. Cela marqua la fin de la vie fastueuse du faussaire qui n’arriva plus à sortir la tête de l’eau. Il décéda en 1983 d’une longue maladie.

Il reste l’un des plus grands escrocs de sa génération et ses successeurs virent en lui un maître.

 

 

Wolfgang Beltracchi (Fischer)  :

Né en 1951, ce faussaire allemand commença son apprentissage artistique avec son père puis il fréquenta les Beaux-arts d’Aix-La-Chapelle. D’après son autobiographie, Beltracchi aurait reproduit à l’identique un Picasso, après un défi lancé par son père. Le faussaire n’avait que 14 ans.

Après ses études, il voyagea en Europe ainsi qu’en Afrique du Nord puis adopta le mode de vie hippie, usant et abusant de substances interdites. À 41 ans, il rencontra celle qui devint sa femme, Hélène Beltracchi, et adopta son nom lorsqu’ils se marièrent. Il se fit alors appeler Wolfgang Beltracchi.

 

Wolfgang Beltracchi (Fischer) et sa femme Hélène

 

Pendant des décennies, Wolfgang peignit des œuvres tellement crédibles que les experts respectifs de chaque peintre copié les reconnurent comme authentiques, persuadés qu’il s’agissait de découvertes historiques. Les galeristes et collectionneurs furent également bernés alors qu’ils pensaient s’extasier devant de nouveaux chefs d’œuvres de maîtres. Ainsi, les travaux de Wolfgang furent exposés dans des galeries et des musées prestigieux.

Mais avant de se marier, Wolfgang avait déjà commencé son activité de faussaire. Il se plongeait alors dans la lecture des catalogues raisonnés qui listent tous les travaux d’un artiste, y compris ceux qui ont disparu. Pendant la deuxième guerre mondiale, les spoliations et destructions furent nombreuses. Fischer y vit alors une énorme opportunité.

Il parcourut alors les brocantes afin de se procurer à moindre frais des tableaux du début du siècle qu’il effaçait pour obtenir toile et chassis d’époque. Afin de s’imprégner au mieux du style et de l’état d’esprit d’un artiste, il parcourait studieusement sa biographie. Il était capable de peindre en quelques heures un faux parfait et même de peindre de la main gauche si besoin.

Par la suite, Wolfgang put compter sur Otto Schulte-Kellinghaus qui avait ses entrées auprès des collectionneurs ainsi que sur sa femme Hélène Beltracchi qui joua le rôle d’une riche héritière voulant se défaire d’une grande collection familiale. Ainsi, ils pouvaient justifier la vente d’autant de chefs-d’oeuvre aussi rapidement. Pour façonner une histoire à ses œuvres, Wolfgang alla jusqu’à faire poser sa femme devant ses tableaux et la prit en photo avec un appareil des années 1920. Le but étant de la faire passer pour une ancêtre Beltracchi  qui possédait donc déjà ces “originaux”. Encore une fois, experts, galeristes, collectionneurs… Tout le monde n’y vit que du feu et les tableaux se vendirent à prix d’or.

 

 

Les Fausses photos de famille Beltracchi
réalisée par Wolfgang avec l’appareil des années 1920

 

Le couple mena la grande vie mais finit par  baisser sa garde. Alors qu’il réalisait un faux Campendonk, Wolfgang fit l’erreur d’utiliser des pigments inconnus à l’époque du peintre copié. Il se peut aussi que le faussaire ait utilisé un pinceau pollué par ce pigment qui s’est alors déposé sur le faux. Cette erreur provoqua la chute des Beltracchi qui furent arrêtés chez eux, en été 2010.

Durant son procès, Wolfgang reconnut avoir réalisé et vendu 300 faux à partir de la fin de ses études. Comme pour les fausses Joconde évoquées dans l’affaire Yves Chaudron, la majorité des faux de Wolfgang n’ont jamais été retrouvés (seulement 60 à 70 ont été identifiés depuis et attribués à Wolfgang). En 2011, le faussaire fut condamné à 6 ans de prison et 20 millions d’euros d’amende (pour rembourser les acheteurs), Otto Schulte-Kellinghaus à 5 ans de prison et Hélène à 4.

Sa personnalité et son talent font que Wolfgang ne fut pas franchement mal vu de la population. Malin, il se présente plutôt comme le hippie qui a ridiculisé les critiques bien pensants et les experts de renom. Les médias ont, eux, insisté sur le fait que le couple avait démontré les limites du marché de l’art et son opacité. En effet, dans un autre procès, les juges et experts ont conclu que Wolfgang avait réalisé 30 faux durant sa carrière. Alors que comme dit plus haut, il a reconnu en avoir peint 300 et au minimum 60 furent retrouvés. Qui dit vrai ?

Depuis, le couple a retrouvé la liberté. Loin d’être sans le sou, les amoureux vivent dans un hôtel particulier dans le sud de la France. S’il reste probablement le plus grand faussaire contemporain, Wolfgang réalise maintenant des œuvres bien personnelles qu’il vend très bien.

 

 

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