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Les faussaires, première partie

Nous parlons régulièrement d’artistes d’hier ou d’aujourd’hui et de leurs créations. Cela dit, nous n’avions pas encore évoqué le travail de ces personnes non reconnues par leur talent mais qui, poussées par l’appât du gain, se contentent d’imiter les réalisations des autres. Il s’agit bien évidemment des faussaires.

 

“Allée près d’une petite ville”, (1864) de Paul Volger. Sa signature a été dissimulée puis remplacée par celle de son maître (plus côté), Alfred Sisley

 

Un peu d’histoire

Tout d’abord, il convient de faire la distinction entre différents “types de faux”. En effet, depuis bien longtemps les élèves d’école d’art imitent les travaux des plus grands afin d’apprendre. Certains grands maîtres dont nous avons fait la biographie sur le blog sont passés par là aussi. Il ne s’agit pas là d’un faux. Il est aussi possible de réaliser une copie quand il est impossible d’avoir l’original, mais cette reproduction doit être reconnue comme telle.

Ne constitue pas non plus un faux une peinture mal attribuée ( “Salvator Mundi” de Léonard de Vinci en est un exemple) ou modifiée par un tiers pour des raisons politiques ou morales (“les trois Grâces” qui furent habillées pendant un temps dans “l’Éducation de Marie de Médicis” de Rubens). On peut aussi parler de modification dans le cas des restaurations. Rubens, encore lui, fut engagé pour restaurer des toiles de maîtres. Il y apporta certes son talent, sa touche, mais en aucun cas, il n’y eut volonté de tromper.
Le vrai faussaire copie une peinture, le style d’un artiste et signe sa réalisation du nom de l’artiste dans le but de tromper. La malhonnêteté est donc l’aspect principal de cette pratique. Elle fut surtout très courante durant le 19e siècle, mais aujourd’hui, même si cela arrive encore, il est beaucoup plus délicat (en théorie) de tromper son monde et cela grâce à la technologie (rayons X, analyses chimiques …).

Les plus anciens faussaires profitaient également d’ un certain “flou artistique” lié au monde des ateliers de maître. En effet, il existe des œuvres :

  • issues d’une collaboration entre un maître et ses élèves. Le maître finissant le travail ;
  • les copies d’élèves évoquées plus haut sans aucune intervention du maître ;
  • les travaux dans lesquels un maître intervient peu.

Dans un atelier, les différences entre les œuvres du maître et celles de ses élèves finissaient par s’estomper ; ce qui facilitait le travail de supercherie des faussaires.

 

L’historien d’art Guy Isnard, spécialisé dans les faux, préparant l’exposition “Le Faux dans l’Art et dans l’Histoire” au Grand Palais en 1955. On le voit ici avec 7 fausses Joconde

 

Les faussaires peuvent aussi travailler dans d’autres domaines comme les meubles, statues, monnaies, manuscrits …

On retrouve la trace des premiers faux à l’époque de l’Empire romain. La demande pour des œuvres grecques était très forte et ainsi des artistes eurent l’idée de créer des faux afin de s’enrichir.

Le Moyen-Âge est la période durant laquelle la tradition de l’identité de l’artiste devint floue et ainsi, le travail des faussaires en fut impacté. Ces derniers se concentrèrent alors sur la réalisation de faux documents historiques ou de reliques religieuses contrefaites.

Puis de la Renaissance jusqu’à aujourd’hui, l’intérêt pour les œuvres d’art se fit toujours plus important créant par la même occasion toujours plus de travail pour les faussaires. La signature et/ou le marquage d’une œuvre étaient censés permettre son authentification certaine. Malheureusement, il n’en fut rien. En effet, à plusieurs reprises dans l’histoire, des élèves ou suiveurs apposèrent sur leurs réalisations la signature de leurs maîtres pour en augmenter la valeur.

L’évolution technologique et les évènements internationaux favorisent aussi le travail des faussaires. Ainsi, durant la deuxième guerre mondiale et l’occupation de la France par les troupes de l’Axe, de nombreux faux furent vendus alors que le marché de l’art tournait à plein régime et qu’il devait être probablement plus délicat de faire un travail de vérification.

Malgré la législation sur la propriété intellectuelle et artistique et les techniques scientifiques d’analyse, les faussaires ont continué à opérer. Il n’est pas impossible que des faux soient toujours en circulation sur le marché de l’art et qu’ils finissent dans des collections privées ou dans des musées. Maintenant, avec l’avènement d’Internet, d’autres travaux sont aussi visés et deviennent plus difficiles à protéger. Les pros du digital painting en savent quelque chose. Les œuvres anciennes semblent jouir aujourd’hui d’une certaine paix. Certaines technologies comme des logiciels de type Photoshop ou Internet sont largement accessibles au plus grand nombre et permettent de modifier puis de s’approprier les travaux des autres rapidement, en conservant un anonymat presque complet. Et malgré les efforts fournis pour protéger les travaux exposés, la législation peut se montrer floue, trop complexe, voire même absente.

 

Falsifications

Afin de nous donner l’illusion d’avoir entre nos mains une toile ancienne de maître, les meilleurs faussaires savent faire preuve de génie et de patience et utiliser beaucoup de techniques. Des talents gâchés tombé du côté obscur en réalité.

En effet, sur une toile, il est possible de prélever un peu des pigments et de les faire analyser. On peut aussi prélever au dos de l’œuvre un bout de toile qui dépasse du châssis. Cela dans le but de vérifier la cohérence entre la date connue (ou supposée) de création de l’œuvre et les matériaux utilisés. Les pigments ont évolué avec les styles et les époques, ce qui permet de dater une toile bien plus précisément qu’auparavant.

Les experts examinent aussi l’uniformité des craquelures formées par la peinture et le vernis. Autre moyen de contrôle: la radiographie qui permet de révéler ce qui se cache sous d’autres couches de peinture, mais aussi d’observer les clous utilisés pour la construction du canevas. Certains faussaires ont échoué dans leurs manipulations en utilisant des clous industriels. La radiographie permet aussi d’observer les différentes étapes de construction d’une toile.

 

Saint Jean-Baptiste (De Vinci) et sa radiographie.
Celle-ci permit de constater une différence entre le bras visible et celui d’origine

 

D’autres ont commis des erreurs dans la composition de la toile. Les historiens cherchent les éventuelles erreurs de chronologie ou fautes iconographiques.

Créer la bonne illusion nécessite d’avoir en sa possession des pigments et des toiles d’époque, de savoir faire vieillir une toile, de connaître le type d’huile utilisé par l’artiste en son temps … Il faut aussi savoir maîtriser la peinture à l’huile et se montrer patient. Comme nous l’avons évoqué dans la fiche qui lui est consacrée, la peinture à l’huile jouit d’un temps de séchage bien spécifique. Mais il faut aussi savoir peindre “comme” l’artiste imité. Han van Meegeren par exemple (nous le reverrons par la suite) passa une décennie à apprendre les techniques des maîtres hollandais tout en étudiant scrupuleusement leur biographie. Il fit de même pour recomposer fidèlement ses pigments.

Une fois le travail terminé, il faut alors vieillir la toile et montrer qu’elle ne vient pas de sortir tout juste d’un atelier. Certains passent alors les toiles au four, utilisent de petits outils spécifiques.

Les faux doivent alors être vendus à des collectionneurs privés et/ou se substituer aux originaux des musées (comme dans le cas du vol de la Joconde en 1911 que nous évoquerons juste après avec la présentation d’Yves Chaudron).

Des inscriptions sont aussi posées au dos des toiles afin de leur octroyer un pédigrée qu’elles n’ont pas et leur donner plus de crédibilité (une ancienne appartenance à une collection privée, à une galerie ou une exposition…). La signature peut aussi être modifiée. On remplace ainsi celle d’une œuvre de l’époque, mais d’un artiste moins coté par celle d’un maître ayant une plus grande renommée. Il faut alors que les craquelures de la toile soient cohérentes avec celles où se situe la nouvelle signature.

 

Wolfgang Beltracchi recréa un label « Flechtheim » qu’il apposa sur le châssis de ses faux.

 

Enfin, autre technique de falsification, la découpe d’œuvre. Rappelez-vous Toulouse-Lautrec. Ce dernier avait réalisé des panneaux décoratifs pour la danseuse de cabaret La Goulue. Mais cette dernière, ruinée, fut obligée de les vendre à un marchand d’art, cupide et franchement indélicat. En effet, il les découpa en 8 panneaux et les présenta dans sa galerie comme des originaux de Toulouse-Lautrec afin d’augmenter son profit. En 1930, soit 5 ans après la vente, la supercherie avait été révélée et tous les morceaux furent rachetés puis restaurés par le Louvre. Cela dit, on peut voir, encore aujourd’hui, les traces des ciseaux du marchand.

Les dessins préparatoires originaux d’une œuvre sont aussi la cible des faussaires. Après des recherches sur un artiste (connu, avec une bonne cote mais dont l’œuvre n’est pas aussi étudiée que celle d’un Picasso par exemple), ils vont concevoir des faux qu’ils vont tenter d’intégrer dans une série d’originaux.

Les analyses sur ce type de réalisations sont compliquées. Les faussaires réussissent généralement à se fournir en papier d’époque et ils savent très bien que, contrairement  à ce qui se produirait sur une toile, le prélèvement de pigment risque fortement de détruire l’œuvre, ce que les experts craignent par-dessus tout.

Enfin, le faussaire peut soit trouver un “pigeon” et lui vendre sans intermédiaire sa création, soit passer par une vente aux enchères mais alors, le faux sera examiné par un expert.

 

Dans la suite de cet hors-série, nous vous présenterons quelques faussaires de talent.

 

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