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Norman Percevel Rockwell, une vie de « couvertures »

 

3 février 1894 – 8 novembre 1978

 

Vocation précoce

Norman Percevel Rockwell est né à New York le 3 février 1894. Fils aîné de Jarvis Waring Rockwell et de Nancy Hill. Il n’existe que peu d’informations sur ces premières années de vie ; on sait notamment qu’il passait ses étés en famille à la campagne et d’après l’artiste, cela eut une influence sur son art par la suite. Néanmoins, une information revient très fréquemment. S’étant toujours intéressé au dessin, c’est à 14 ans qu’il décida de devenir un artiste. Ainsi, il commença à suivre des cours à la New School of Art. Deux ans plus tard, il n’avait pas changé d’avis et décida même d’abandonner ses études pour s’inscrire à la National Academy of Design. École qu’il délaissa rapidement au profit de l’Art Students League de New York. Dans cette dernière école, le jeune Norman côtoya les artistes Thomas Fogarty et George Bridgeman qui le soutinrent dans son développement artistique. Fogarty lui transmit sa passion de l’illustration et Bridgeman l’aida à perfectionner sa technique. Les autres étudiants surnommaient Rockwell « Le Diacre » tellement il était sérieux dans ses études.

Fogarty lui fit profiter de ses contacts et l’envoya chez un éditeur. Ainsi, à tout juste 18 ans et fraîchement diplômé, il illustra son premier livre, « Tell me why » de Carl Claudy et reçut une commande pour la revue « Boys “Life ». Son travail fut tellement apprécié qu’il commença à collaborer avec ce magazine en illustrant les campagnes de communication et le calendrier annuel de la revue. En parallèle, il travaillait régulièrement avec d’autres journaux pour enfants.

À 21 ans, Rockwell déménagea pour New Rochelle dans l’état de New York. Il y ouvrit un studio avec son collègue illustrateur Victor Clyde Forsythe. Tous les deux collaborèrent par la suite sur plusieurs magazines, dont Life, Literary Digest et Country Gentlemen.

 

Le tournant « Saturday Evening Post »

Au début de l’année 1916, Rockwell décida de tenter sa chance auprès du « Saturday Evening Post », le magazine le plus lu à l’époque aux États-Unis. Faire une illustration pour ce journal était un rêve d’enfant. Alors, Norman prit la direction de Philadelphie pour rencontrer George Horace Lorimer, le rédacteur en chef du « Saturday Evening Post ». Bien que n’ayant pas de rendez-vous, il réussit à faire passer son travail jusqu’au rédacteur en chef Lorimer. Un culot payant, car Lorimer accepta deux illustrations de Rockwell pour deux couvertures ainsi que 3 croquis pour de futures couvertures. Cela lui ouvrit aussi les portes d’autres magazines comme ceux que nous citions juste avant, mais aussi Judge et Leslie. Une année 1916 synonyme de succès sur le plan professionnel et de bonheur dans la sphère personnelle, car il se maria avec Irène O’Connor, enseignante. Elle fut aussi son modèle dans l’illustration, «Mother Tucking Children into Bed (1921)».

 

« Le Garçon au landau », Rockwell, 1916.
Première illustration de Rockwell pour le « Saturday Evening Post »

 

Avec le « Saturday Evening Post », c’est le début de presque 50 ans de collaboration. Rockwell y réalisa 321 couvertures pour le magazine devenant ainsi le peintre de la classe moyenne américaine. À cette époque, la forme médiatique la plus populaire est celle des illustrations en couleur pour les magazines à grand tirage. Rockwell devint une célébrité nationale et son nom fut à jamais associé à ce journal.

Alors que la Première Guerre mondiale faisait rage en Europe, Rockwell tenta de s’engager. Mais il fut refusé, car il était en sous-poids. Après une nuit entière à se gaver, il eut alors le poids suffisant et fut intégré comme artiste de guerre.

Les décennies 1930 et 1940 sont généralement considérées comme les années les plus fécondes de la carrière de Rockwell. En 1930, il divorça de sa première femme Irène O’Connor et épousa Mary Barstow, une institutrice. Le couple eut trois fils, Jarvis, Thomas et Peter. La famille déménagea à Arlington dans le Vermont en 1939. Le travail de Rockwell commença à refléter la vie américaine des petites villes.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale (précisément en 1943), Norman créa une série de quatre tableaux : « Four Freedom » ou « Les 4 Libertés ». Ces œuvres, parmi ses plus célèbres, mettent en image un discours du président américain Franklin Roosevelt et témoignent de l’engagement de Norman Rockwell dans l’effort de guerre des États-Unis (il ne pouvait plus s’engager dans l’armée, car trop vieux). Dans ce discours, Roosevelt présentait les 4 libertés indispensables auxquelles tout pays devrait aspirer avant l’an 2000 : la liberté d’expression, la liberté de culte, la liberté de vivre sans crainte (référence au désarmement international) et la liberté de vivre sans avoir faim (droit au développement international).

Le succès de ces œuvres fut tellement important que le gouvernement décida d’exposer ces « 4 Libertés”  dans les plus grandes villes du pays et d’en profiter pour vendre des bons du Trésor (afin de récolter des liquidités pour financer la guerre en Europe et dans le Pacifique). Ainsi, 1 million de personnes purent contempler les œuvres et 130 millions de dollars furent recueillis.

Au fil des années, ces œuvres sont devenues les pièces maîtresses des différentes expositions où elles figuraient, dépassant ainsi le cadre historique de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, « Les 4 Libertés » sont au Norman Rockwell Museum à Stockbridge, Massachusetts.

 

Liberté d’expression

 

Liberté de culte

 

Liberté de vivre à l’abri de la peur

 

Liberté de vivre à l’abri du besoin

 

Bien que cette année 1943 fut une année de grand succès pour Norman, elle fut également l’année d’une grosse perte artistique. En effet, un incendie ravagea son atelier d’Arlington. De nombreuses œuvres furent détruites ainsi que sa collection de costumes et d’accessoires historiques. Par la suite, il travailla sur des timbres spéciaux pour les services postaux ainsi que sur des affiches pour le Fisc américain, le cinéma et l’armée. Touchant à tout, Rockwell assura aussi les illustrations de catalogues de vente par correspondance, de cartes de vœux et des livres de Mark Twain (les aventures de « Tom Sawyer » ou de « Huckleberry Finn »).

En 1953, Norman Rockwell et sa famille quittèrent Arlington pour Stockbridge. En 1959, il dut faire face au décès soudain de sa deuxième épouse. Une perte qui le laissa déprimé pendant de nombreuses années. Il se lança alors dans la rédaction de son autobiographie « Mes aventures d’illustrateur » en 1960, avec l’aide de son fils Thomas. Le « Saturday Evening Post » publia des extraits de l’ouvrage dans 8 numéros successifs avec le “Triple autoportrait” en couverture du premier numéro.

Cette peinture fut la 308e couverture réalisée par Norman.  À côté du pied droit de l’artiste, on retrouve un seau rempli de papiers duquel de la fumée s’échappe et des allumettes usagées. Cela fait référence à l’incendie de son studio d’Arlington en 1943 qui aurait été provoqué par une pipe mal éteinte. Pipe que l’on retrouve également dans cette peinture à l’huile.

Dans l’ouvrage “Mes aventures d’illustrateur”, il explique sa façon de procéder. Après avoir déterminé un sujet, il réalisait plusieurs croquis pour bien définir l’idée de départ. Puis il se lançait dans la réalisation précise du sujet au fusain dans un format identique à celui de la toile définitive. Il reportait alors le dessin sur la toile et entamait la phase de peinture. Il peignait à l’huile, et diluait fortement celle-ci à l’essence de térébenthine. Il recouvrait chaque couche de vernis à retoucher. Cela aura des effets néfastes pour la conservation de ses œuvres dont le vernis jaunira ensuite. Dans les années 1930, il se servit de la photographie. Il put ainsi travailler d’après modèles, mais sans leur infliger des temps de pose interminables. C’est ainsi qu’il s’orienta vers le photoréalisme.

Bien que déjà populaire, c’est dans les années 1950 que Rockwell fut présenté comme l’artiste américain le plus populaire et qu’il réalisa les portraits de grandes personnalités de ce monde. Pour le “Saturday Evening Post”, il fit, entre autres, les portraits des 34e et 35e présidents des États-Unis, Dwight David Eisenhower et John Fitzgerald Kennedy, ainsi que du deuxième président égyptien Gamal Abdel Nasser.

 

« Triple autoportrait » en couverture
du Saturday Evening Post du 13 février 1960.

 

En 1961, Norman épousa Molly Punderson, … institutrice (à la retraite).  Depuis les années 1950, le lectorat du “Saturday Evening Post” déclinait et ce fut pire durant la décennie suivante. Cette dernière fut marquée par le déclin de l’illustration au profit de la photographie et de la télévision. Conservateur, le magazine n’arrivait plus à retenir ses lecteurs dont les goûts changeaient. Les travaux des auteurs du Post ne faisaient plus recette et les concurrents du “Saturday Evening Post” attiraient, avec de meilleurs salaires, les nouveaux écrivains. Pour tenter de s’en sortir, la direction du magazine décida de traiter davantage de sujets d’actualité et d’avoir recours aux photos pour illustrer les articles et publicités.

Ainsi en 1963, Rockwell mit fin à sa collaboration avec le “Saturday Evening Post”. Peu après, il commença à travailler pour le magazine “Look”. Durant ces 10 ans d’association avec “Look”, Norman réalisa des œuvres illustrant certaines de ses préoccupations (comme la protection des droits civiques, la lutte contre la pauvreté) ou certains de ses centres d’intérêt (la conquête spatiale).

La plus célèbre de ses illustrations de l’époque est intitulée “Le problème avec lequel nous vivons tous” et représente une petite fille noire américaine se rendant à l’école, escortée par des agents fédéraux. L’œuvre fut réalisée pendant la période de ségrégation raciale des États-Unis. En vigueur depuis 1876, les lois ségrégationnistes imposaient “aux gens de couleurs” des services publics “séparés, mais égaux”. Restaurants, hôpitaux, bus et écoles avaient des sections réservées aux Noirs. La déségrégation des Etats du Sud  commença en 1954 et au fil des années, l’interdiction de séparation de la population sur une base raciale dans les écoles publiques fut mise en place. Fin 1960, Ruby Bridges Hall fut alors la première enfant noire à intégrer une école jusque là réservée aux blancs. Elle eut besoin de protection policière pour se rendre à l’école.

 

“Le problème avec lequel nous vivons tous”, Rockwell, 1964

 

Par ce titre et le sujet de l’œuvre, l’artiste dénonce évidemment tout ce qu’a dû affronter l’enfant, mais aussi les réactions xénophobes qui suivirent la déségrégation.

Afin de protéger tout son travail artistique après sa mort, Rockwell mit en place en 1973 une fiducie (un transfert de propriété soumis à des conditions d’usage ou de durée). C’est la Old Corner House Stockbridge Historical Society (puis le Norman Rockwell Museum) qui eut la charge de conserver les réalisations de l’artiste. À cette fiducie, il rajouta son atelier et tout ce qu’il contenait à partir de 1976, quand sa santé commença à décliner.

Le 8 novembre 1978, Norman Rockwell décéda des suites d’un emphysème à l’âge de 84 ans. Son héritage artistique est constitué de 4 000 réalisations. Sachant mélanger humour et réalisme, son style reste une référence.

 

Anecdotes

  • L’agence de presse King Features Syndicate souhaitait collaborer avec Rockwell, lui proposant 1 000 $ par semaine. Autant dire une grosse somme pour l’époque. Malheureusement, la collaboration tourna court, car l’artiste était un perfectionniste et il lui était impossible de respecter les délais.
  • En 1977, Rockwell reçut la médaille présidentielle de la Liberté. Il s’agit de la plus haute distinction civile des États-Unis. Créée en 1963 par John F. Kennedy, cette médaille est décernée à des personnes, américaines ou non, qui ont fourni “une contribution particulièrement méritoire pour la sécurité ou les intérêts nationaux des États-Unis, un monde de paix, ou des efforts remarquables dans le domaine culturel ou autres, public ou privé.”
  • Norman Rockwell ne se présentait pas comme un peintre. Il préférait se définir comme un illustrateur au style narratif. En effet, il a été le témoin de son époque qu’il a expliquée dans ses œuvres.
  • Fondé dans les années 1820, le “Saturday Evening Post” existe toujours. Malmené la perte d’un procès en diffamation, la succession de différents éditeurs et la réduction de moitié de la diffusion, le magazine perdait toujours de l’argent. Ainsi, le dernier “Saturday Evening Post” sortit au début de l’année 1969. Deux ans plus tard, il fut relancé avec Norman Rockwell en couverture. Environ 200 ans après sa création, le magazine est maintenant un bimestriel, mais n’a jamais retrouvé la notoriété qui fut la sienne pendant presque 80 ans.
  • L’œuvre “Le problème avec lequel nous vivons tous” est devenue un symbole de la lutte afro-américaine aux États-Unis dans les années 1960. Avec le soutien du président Barack Obama, ce tableau fut exposé en 2011, dans l’aile ouest de la Maison Blanche à Washington.

 

Rockwell ayant fait des photos pour réaliser ses dessins

 

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