Apprendre à mieux dessiner et progresser rapidement sans y passer 5 heures par jour ? C’est possible, seulement si l’on sait comment s’y prendre.
C’est donc ce que je vais vous expliquer aujourd’hui, et je suis plutôt bien placé pour le savoir vu que les deux dernières années ma productivité a considérablement baissé depuis que j’ai ouvert le blog et que je conseille les internautes des quatre coins du globe (même les anglophones viennent me demander conseil. Un comble!).

En effet, il y a un peu plus de deux ans de cela, je dessinais énormément. Entre 2009 et 2012, j’ai certainement eu les trois années les plus productives de ma vie d’artiste, avec une courbe de progression fulgurante. Je sortais d’une très longue relation amoureuse (12 ans quand même !). Me remettre de cette relation a été un processus long et douloureux… le dessin m’a littéralement sauvé de la dépression.

Je ne sortais plus que très rarement : les deux seules personnes que je voyais régulièrement étaient ma petite môman et mon meilleur ami. J’étais devenu complètement aigri et asocial, je ne voulais plus voir personne. Les deux seules choses qui me soulageaient vraiment et qui me faisaient oublier un peu ma vie de m**** (VDM pour les connaisseurs ^^) étaient le sport et le dessin. C’est surtout pendant cette période que j’ai vu mon niveau décoller : en y passant en moyenne 5 heures par jour (enfin je dis de jour, mais c’était surtout de nuit !).

Entre les livres, les vidéos, les tests de matériel et la pratique, mes nuits étaient longues. Cela dit, depuis l’ouverture du blog, les choses se sont bien compliquées. À mesure que les dessinateurs de tous les horizons découvraient mes articles et mes vidéos, je suis passé progressivement d’un dessinateur prolifique, à un instructeur qui a mis tous ses projets personnels en stand-by.

Attention ne vous méprenez pas, je prends toujours autant mon rôle de blogueur à cœur et le simple fait de découvrir vos travaux et vos progrès me rend heureux (oui, il en faut peu pour être heureux : les petites choses font les grands bonheurs. Merci Balou!).

dessin balou
Miam, elle a l’air bonne cette brochette de fruits!

Vous l’aurez compris, dans la vie il faut parfois faire certains sacrifices, et au final le blog en est un pour l’artiste que je suis, même si ça me fait énormément plaisir de partager mon savoir et d’échanger avec vous.

Tout ça pour dire que ma liste d’illustrations mise en stand-by a tellement gonflé au cours des derniers mois que c’est devenu tout simplement intolérable. Lorsqu’un de mes élèves ou lecteurs me demande si je n’aurais pas des illustrations couleur finalisées récentes à leur montrer, je suis toujours obligé de ressortir mes vieilleries qui ne sont plus le reflet de mon niveau actuel. C’est malheureux, mais boire ou conduire, il faut choisir.

Cela dit, mes récentes résolutions pour les prochains mois me permettront de réorganiser ma vie et de me remettre sérieusement au travail. Je ne peux pas écarter mes désirs artistiques indéfiniment.

Notez que ces résolutions n’auront aucune répercussion sur le blog, bien au contraire : je compte produire encore plus de contenu. Tout est une question d’organisation, et j’ai l’intention d’évincer tous les obstacles en travers de mes rêves et de mes objectifs. Ma passion du dessin et de l’image est bien trop forte pour que je puisse la contenir éternellement ! j’ai fini par me faire une raison depuis le temps, héhé. 🙂
Mais revenons au véritable sujet de cet article.

Comment ai-je pu progresser autant en deux ans, souvent sans même attraper un crayon pendant de longues périodes ?
À vrai dire, il n’existe pas qu’une réponse à cette question.
Et vous allez comprendre pourquoi il n’est pas forcément nécessaire d’user du crayon 5 heures par jour pour progresser en dessin. Ça peut paraître étonnant, voire impossible pour certains, pourtant c’est une réalité !

Le coup de crayon (la qualité du trait) ne se perd jamais vraiment : au bout de quelques minutes d’échauffement, on retrouve notre geste et notre dextérité antérieure. Ce qui se perd avec le temps ce sont les flux intellectuels de réflexion créative, de génération d’idées et de projection mentale. Tout ce qui est en relation avec la logique et la mémoire se « rouille » très vite si nous ne prenons pas le temps un peu chaque jour de l’entretenir…

Je me souviens d’un été (j’avais alors 14 ou 15 ans), j’avais pu profiter d’un long mois de vacances à ne faire que de la plage toute la journée. Qu’est-ce que c’était bien ! Je me rappelle notamment de la rentrée douloureuse en septembre, on aurait dit que j’avais subi un lavage de cerveau… l’inactivité intellectuelle n’a pas que du bon. Les bénéfices pour la détente du corps sont certains, mais passé un cap notre intellect régresse nettement !
Comme toute réflexion, la réflexion artistique n’échappe pas à la règle.

 

L’art de la pédagogie

Ce qui a entretenu en partie ma progression ces deux dernières années, malgré le peu de pratique, ce sont les articles que je produis pour le blog. Vous avez sûrement dû déjà l’entendre ici ou là, mais savoir expliquer la théorie à autrui aide énormément à progresser, ne serait-ce qu’en faisant l’effort de formuler les choses clairement sans trop les compliquer.

En effet, même si l’on croit avoir compris quelque chose, il est souvent très difficile de l’expliquer avec ses propres mots. Rares sont les dessinateurs professionnels qui sauraient expliquer ce qu’ils ont fait sur le papier sans dire « ben, il faut pratiquer encore et encore, c’tout ! Voilà, y a pas de secret ! ». Personne ne veut entendre ça et un cartésien comme moi encore moins ! si une personne progresse ce n’est pas par magie, et il est un peu trop facile de résumer l’apprentissage par un « faut pratiquer », sans trop comprendre pourquoi et comment notre cerveau apprend au fur et à mesure de la pratique.

Donc mon premier conseil : dès que vous avez compris un concept technique (comme la perspective), assurez-vous que vous sauriez l’expliquer à quelqu’un d’autre. C’est très formateur ! 100% garanti ! 🙂
Essayez dès maintenant.
instructeur de dessin

 

Le sens de l’observation

C’est sur ce point en particulier que vous pouvez faire toute la différence.
Et je vois déjà les cancres au fond de la classe qui affirment: « ah, mais non, mais le sens de l’observation, on naît avec ou pas ! ». Il n’y a rien de plus faux évidemment.
Les personnes observatrices s’avèrent bien souvent être les plus curieuses et les plus intéressées par ce qui les entoure.
N’allez pas finir comme ces personnes que je vois dans les transports en commun des grandes métropoles, qui baissent la tête et regardent leurs pieds pendant tout le trajet (oui, enfin les pieds peuvent être des sujets intéressants à étudier, mais observer tous les jours ses pieds ne me semble pas avoir énormément d’intérêt, huhu 😀 ).

C’est souvent par pudeur qu’on n’observe pas les passants, leur faciès, la lumière sur leurs visages, les plis de leurs vêtements…
C’est souvent par hâte qu’on ne prend pas le temps d’observer le ciel, les détails architecturaux d’une ruelle ensoleillée, les nuances de reflets dans une vitrine…
Un bon exercice est de s’imaginer dessiner sans vraiment dessiner. En voici les étapes :

  1. Observez un individu, un décor ou tout ce qui vous plaira (un sujet simple de préférence). N’observez pas les détails. Observez la scène dans sa globalité.  Pour vous faciliter la tâche, plissez les yeux, cela simplifiera la vision que vous avez des valeurs, et la délimitation des formes vous semblera plus nette et tranchée.
  2. Imaginez une feuille de papier devant vous.
  3. Imaginez que vous tenez un crayon.
  4. Demandez-vous par quels traits vous commenceriez votre croquis. Préférez représenter les contours des formes les plus grandes.
  5. Mémorisez les formes que vous venez de dessiner dans votre tête (c’est assez difficile quand on n’a pas l’habitude, donc ne vous faites pas de souci si vos débuts ne sont pas concluants).
  6. Dessinez les petites formes à l’intérieur de ces contours englobants.
  7. Pour les plus expérimentés, imaginez-vous dessiner les volumes en niveau de gris, ou remplissez juste les gros contours avec des couleurs simples (ne faites pas compliqué, car vous devrez à chaque étape retenir ce que vous venez de faire : faites comme si vous dessiniez une vignette, mais pas un dessin plus complexe).
  8. Fermez les yeux et visionnez mentalement votre dessin virtuel pendant 30 à 60 secondes en essayant de préciser quelques détails que vous avez particulièrement aimés dans la scène visuelle.

Si c’est votre première expérience, et que vous avez réussi du début à la fin, je vous dis bravo. Vraiment. Cet exercice est excellent pour orienter vos compétences vers le dessin d’imagination.
Si vous le trouvez trop difficile, ce qui est absolument normal, je vous conseille de ne pas dépasser l’étape 4 ou 5, et de pratiquer régulièrement jusqu’à ce que vous soyez plus à l’aise.
Encore une fois, il s’agit d’un exercice de projection mentale difficile, mais ô combien bénéfique! C’est l’ un de mes exercices secrets favoris, qui m’a fait progresser à une vitesse impressionnante.
Pourquoi ? Parce que cet exercice est un condensé de réflexion et de simplification et ne prend pas énormément de temps par rapport à un véritable croquis.
sens de l'observation

 

Projection mentale des objets en 3D

Voici un autre exercice pour travailler votre compréhension des objets et de leur design, tout en mémorisant les formes dans chaque dimension (cet exercice est également parfait pour vous améliorer en dessin d’imagination).

Observez l’objet en question entre trente secondes et une minute.
Fermez les yeux.
Visualisez l’objet comme vous venez de l’observer.
– À présent, faites-le tourner autour de lui-même, même si vous n’avez pas vu toutes les faces de l’objet.

Pour certains, cet exercice s’avérera extrêmement difficile, et pour cause : si vous maîtrisez parfaitement cet exercice, il est fort probable que vous ayez déjà le potentiel de devenir un dessinateur hors du commun. Je ne plaisante pas.
J’ai mis 3 ans à maîtriser cet exercice en pratiquant régulièrement sur des objets simples (une fois par jour, cela ne prend pas plus de 2 ou 3 minutes de votre temps à chaque session).
Malheureusement je n’en suis pas encore au niveau où je peux faire tourner des objets trop complexes ou asymétriques. Un jour!

Si vous éprouvez des difficultés, ne désespérez pas, vous vous améliorerez sur le long terme en pratiquant régulièrement. Écouter ses instincts indéfiniment ne suffit pas pour apprendre à bien dessiner. Il faut un minimum de méthode et des exercices concrets.
Combien de fois je me suis surpris à dessiner n’importe quoi sans construction, avec un résultat à la limite de l’abstrait.

Oui, on peut apprendre à dessiner sans méthode et sans avoir beaucoup pratiqué, mais à quelles fins, en combien de temps et pour quels résultats?
Je me souviens qu’une artiste peintre m’a récemment affirmé qu’il était possible de peindre sans savoir dessiner. Je lui ai répondu aussitôt que c’était possible, évidemment, mais que le résultat ressemblerait plus à de la peinture abstraite.
Il n’y a pas de hasard.
projection mentale

 

Se créer une librairie d’images

Lorsque je visionne un film pour la première fois, je me laisse entraîner par l’histoire, le comportement des personnages, l’action… comme un spectateur normal (ou à peu près normal :D).
Ceci dit, au deuxième visionnage, je coupe le son, et me concentre uniquement sur les images (si c’est pour travailler mes aptitudes au storyboard et à la bande dessinée, je me concentre sur les séquences d’images, le découpage et les changements d’environnement).

En clair, j’enregistre les images qui me plaisent et je les range dans un dossier sur le cloud (et dans ma mémoire dans la mesure du possible !).
Le simple fait de rester attentif aux images sans la bande-son permet de voir des choses qu’on ne voit pas au premier visionnage. C’est à ce moment-là que vous verrez certaines images sortir du lot. Sauvegardez-les grâce à la capture d’écran intégrée à votre logiciel (j’utilise VLC personnellement, qui est un programme gratuit).
Je fais la même chose partout où je vais sur le net, que ce soit sur un portfolio, une banque d’images, ou sur toute autre galerie picturale.

Une fois collectées, j’analyse les images de temps à autre en les visionnant  tranquillement sur ma tablette, et je ne fais rien d’autre (15 à 20 images par session). C’est ainsi que je construis ce que j’appelle « ma bibliothèque d’images internes » (interne=mémoire). Encore une fois, cela m’aide énormément à être plus créatif et à dessiner d’imagination le jour où je suis livré à moi-même au-dessus d’une feuille blanche.

librairie image
Steve ne le savait pas à cette époque, mais il tenait ma future librairie portative d’images.

 

Analyser régulièrement des images

Lorsqu’une image vous plaît, demandez-vous absolument pourquoi et analysez là ! Cela vous permettra d’intégrer les caractéristiques que vous avez appréciées à vos propres illustrations.

Pour analyser une image, je vous conseille de fragmenter votre travail en vous concentrant sur une chose après l’autre :
– La qualité du trait, l’amplitude des gestes, le rythme des formes.
– La composition (agencement des formes en deux dimensions, lecture de l’image, points de l’image qui se démarquent des autres…).
– La couleur (couleur dominante, palette complémentaire…)
– Le design des éléments et des formes qui constituent l’image (personnages, objets…)
– Ce que raconte l’image (message, symbole, technique de narration…)

À la fin de cette analyse, il est toujours bénéfique de se demander comment on aurait pu améliorer cette image et accentuer son impact, même s’il s’agit  d‘une illustration d’un très haut niveau.
L’analyse picturale est donc un excellent exercice à réaliser en complément d’une pratique régulière du dessin.

 

Le travail sur soi

Comme vous l’aurez compris si vous avez lu tous mes articles depuis le début, le développement personnel est un point qui me paraît crucial pour évoluer dans notre art et pour s’épanouir. S’améliorer humainement et se cultiver est aussi important voire plus que d’apprendre les bases du dessin.
J’ai remarqué que tous les artistes à qui j’ai parlé dans ma vie s’avèrent avoir un point commun.

Non, ce n’est pas la marque du crayon qu’ils utilisent.
Ce n’est pas non plus l’envie de devenir l’un des plus grands artistes que la terre n’ait jamais connus. Je pense à quelque chose de plus intrinsèque, de plus profond. C’est d’ailleurs la raison primitive pour laquelle le débutant commence à dessiner.
Cette raison est commune à tout créatif qui se respecte : La frustration.

Hein quoi ? Mais non, je ne suis pas frustré Pit. De quoi tu parles ? N’importe quoi ! 😀 😀
Pourtant, autant s’y faire et l’assumer : notre envie de dessiner (et de créer en général) vient dans la majorité des cas d’une frustration profonde. Quelque part, nous n’acceptons pas le monde tel qu’il est, ou en tout cas tel qu’on le perçoit, alors on cherche désespérément des moyens de s’en échapper.

Nous finissons par créer et inventer notre propre monde. Si nous avons autant de rêves utopiques dans la tête, c’est parce que nous espérons toujours mieux, tels des perfectionnistes assoiffés de changements. Malheureusement notre emprise sur le monde réel est tellement faible que nous tentons absolument de lui échapper d’une manière ou d’une autre. Certains individus s’échappent à travers les jeux vidéos, d’autres passent leur temps libre à lire, mais nous autres artistes préférons nous soustraire au monde réel grâce à notre art et en essayant de toucher nos semblables à travers lui (consciemment ou inconsciemment).

Je suis sûr que certains d’entre vous doivent me prendre pour une espèce d’halluciné, pourtant je pense qu’un bon nombre d’entre vous me comprennent au moins en partie.
Le dessin est un moyen pour nous de réécrire le monde à notre façon, selon notre propre vision. L’artiste est un visionnaire : nul doute là-dessus.
Si les artistes sont aussi réservés la plupart du temps (surtout les plus jeunes), il y a bien une raison : nous préférons rejeter le monde qui nous entoure et nous réfugier dans notre propre environnement : celui qui nous appartient légitimement. Notre art est un bouclier contre les malheurs de la vie réelle. Ce peut être aussi un moyen de dire m***** à la mort. Le dessin représente un moyen de renforcer notre identité et notre authenticité dans ce monde.

Nous autres artistes sommes en général des perfectionnistes et des insatisfaits, car nous avons une vision assez claire (ou en tout cas nous nous le faisons croire) de ce que nous voudrions voir, mais paradoxalement nous ne sommes jamais capables de matérialiser nos idées parfaitement. De ce paradoxe naît l’anxiété : l’anxiété de ne jamais matérialiser le monde parfait qu’on s’est imaginé pour nous. En conséquence, nous n’apprécions jamais entièrement nos productions (heureusement pour nous d’ailleurs car c’est ce qui nous fait le plus avancer).
Mais oui, rappelez-vous de l’expression: « l’artiste, éternel insatisfait ! ».
insatisfait

En effet, notre langage (le dessin dans notre cas), est loin d’être naturel et demande de la patience et une certaine rigueur qui refoulent la plupart des débutants qui attendaient la « petite pilule magique ». Nos premiers croquis s’avèrent souvent catastrophiques, et à force d’essayer, la frustration grandit progressivement jusqu’au moment où nous nous décourageons.
Certains néophytes abandonnent avant même d’avoir achevé leur premier dessin. Pas étonnant que la plupart des artistes soient dépressifs !

Mais il y a une solution pour combattre notre frustration.
La première étape consiste à accepter qui on est et comment on se positionne par rapport à notre art et à autrui. Je crois sincèrement qu’il ne faut pas se prendre trop au sérieux (notre art y compris).
Si l’on s’isole trop du monde réel, on risque de se donner l’illusion que le monde que nous nous sommes créé est le seul valable, et nous sommes capables de fermer la porte au monde réel et à nos semblables: c’est là qu’une potentielle dépression peut s’installer.

Un artiste épanoui est un artiste qui s’assume (= qui assume son être, ses idées et son parti pris) d’un côté, et qui d’un autre garde les pieds sur terre (= prend le temps d’être sociable et de s’ouvrir au monde extérieur, tout en ne cessant d’apprendre). Cet équilibre est important voire indispensable pour notre bien-être et pour le développement de notre art. Les idées proviennent d’abord du monde qui nous entoure, et n’apparaissent pas dans notre tête par magie. Pensez-y, et agissez dès maintenant pour améliorer votre vie (dans la limite du raisonnable bien sûr). Sortez, vivez et assumez vos désirs. Ne vous laissez pas freiner par le jugement des autres (bon sang de bonsoir)!

Intéressez-vous à votre propre développement personnel, à votre propre épanouissement en tant que personne. Posez-vous des questions sur vous-même en restant logique et honnête dans votre démarche. Vous avez tout à y gagner.

Une question que je me suis longtemps posée pour m’aider dans mon épanouissement personnel, est la suivante :
« Est-ce que ce que je fais améliore ma vie ? »
C’est une citation que j’ai retenue du film American History X et que j’ai adaptée à ma sauce. Ça peut sembler comique, mais cette simple question m’a beaucoup aidé! (Merci Tony Kaye). Quand je vois dans quel état d’anxiété j’étais il y a quelques années… je me dis que mon combat intérieur n’était pas vain. Je vous souhaite sincèrement de gagner le vôtre !

 

La patience

Autant vous l’avouer, la patience n’a jamais été mon fort. Lorsque j’étais enfant et adolescent, je ne contenais pas mes émotions, aussi bien positives que négatives. C’était un véritable handicap dans ma vie.
Maintenant que je m’intéresse au “pourquoi” de chaque chose, je suis devenu plus tolérant, plus posé. Pas que je veuille donner une leçon de vie à quiconque, ni forcer qui que ce soit à suivre ma voie, mais je reste persuadé qu’en expliquant le processus de mon développement personnel, cela pourrait aider certains de mes lecteurs.

En effet, j’ai constaté que nombre de dessinateurs amateurs rencontrent bien souvent les mêmes problèmes par lesquels je suis passé. C’est pour cette raison qu’il m’est facile d’en parler :
– Difficulté à s’ouvrir au monde extérieur et à sortir de leur coquille.
– Difficulté à rationaliser le processus créatif.
– Impossibilité de rester objectif sur leurs propres créations.
– Difficulté à contenir leurs émotions face à l’échec et à gérer certains petits traquas de la vie courante.
– Difficulté à gérer leur côté obstiné (pourtant en réorientant correctement ce côté têtu voire obsessionnel de l’artiste, on peut dégager une force de travail et une productivité hors du commun!)
– Difficulté à prendre leur temps sur une même création et à trouver un rythme de travail à mi-chemin entre productivité et qualité.

C’est de ce dernier point dont je voudrais à présent parler : la patience au service de la qualité.
J’ai eu besoin de plusieurs années  pour comprendre quelque chose d’extrêmement important. Toutes les créations que j’ai conservées sont celles où j’ai pris le plus mon temps et sur lesquelles j’ai le plus réfléchi, sans exception. Pas forcément les plus esthétiques, mais c’est en les produisant que j’ai appris le plus.

Il y a quelques années, je ne comprenais pas le sens du mot qualité. Pour ma part, la qualité d’une création est directement liée à l’attention toute particulière dont l’artiste a fait preuve en la produisant. Les heureux hasards sont rares. Si une illustration finie vous donne des frissons, c’est que son auteur a tout mis en oeuvre pour que vous en ayez. La chance n’a pas trop sa place dans le domaine artistique. Le dessin est une compétence qui se mérite humainement. Les grands dessinateurs sont bien souvent des personnes très cultivées et extrêmement intéressantes. Le fruit de leur travail n’est qu’une conséquence de leur personnalité et de leur volonté de toujours faire mieux.patience

Voici une liste de questions à se poser pour tous ceux qui perdraient patience devant une création:

Est-ce que je vise la qualité ou la quantité en dessinant ce que je dessine à l’instant ? Si je produis des dessins à la chaîne sans objectif, il est temps d’arrêter et de réajuster mes efforts pour rester constructif et me laisser une chance de progresser plus vite. Le mieux est de se faire un planning avec des exercices écrits noir sur blanc (ex : dessiner un immeuble en contre-plongée à trois points de fuite)

Suis-je suffisamment concentré pour repousser mes limites ? je me dois d’éliminer tout ce qui parasite mon attention (bruit, visuel, etc…)

Suis-je en train d’apprendre quelque chose en créant ? Mon dessin va-t-il me servir dans mon apprentissage? Si je dessine à l’automatisme que ce soit en observant ou en imaginant, je stoppe mon activité et je planifie mes prochaines créations afin de repousser mes limites et ne pas perdre mon temps. Tout en apprenant de nouvelles techniques, en testant de nouvelles constructions de formes, en essayant de nouvelles compositions/perspectives, en utilisant de nouvelles palettes de couleur ou de nouveaux médias, en variant les supports, en étudiant de nouveaux styles/design, en m’intéressant à d’autres activités complémentaires au dessin (sculpture, peinture, graphisme, photographie…), je sors de ma zone de confort et je m’expose à de nouvelles expériences. L’échec est mon ami. Si j’échoue et que j’apprends de mes erreurs, je deviens plus compétent. Si je réagis au premier degré face à l’échec, je ne me laisse aucune chance d’avancer.

Pourquoi est-ce que je devrais aller plus vite et passer à un autre dessin alors que le précédent n’est pas terminé ? On produit parfois les dessins à la chaîne pour esquiver inconsciemment l’échec. Combien de fois ai-je entendu dire : « Bon, ce dessin n’est pas parfait, mais il n’est pas fini donc c’est normal » et puis plus rien derrière. Vous l’aurez compris, présenter un dessin de la sorte est une façon de se donner des excuses plutôt que d’assumer son imperfection et de rebondir pour faire mieux. J’ai déjà observé des esquisses presque parfaites en elles-mêmes, pourtant un croquis n’est pas une illustration véritablement finie…
C’est comme ce mouvement de « speed painters » qui laissent toujours leurs projets à l’état de jets, et qui ne finissent jamais vraiment leurs images. Pas que le speed painting soit une mauvaise pratique, mais il ne faut pas que cela nous empêche de peaufiner une image et de finir ce que l’on a commencé.

Je reste persuadé qu’il est indispensable de finir ce qu’on a commencé avant de passer à autre chose. Bien sûr, nous pouvons travailler sur plusieurs projets en parallèle, mais il est important de finir chacun de ces projets pour nous laisser la chance d’analyser ce qui ne va pas sur l’image finalisée.
Même si nos créations sont loin d’être parfaites (tant mieux d’ailleurs), nous pourrons toujours nous référer à ces dernières pour analyser nos erreurs et faire mieux  lors de futurs projets. D’où l’importance de conserver nos dessins finis et d’y jeter un coup d’œil de temps en temps.

 

Conclusion

Si comme moi, vous cherchez toujours à progresser en tant qu’artiste et à améliorer votre vie et celle de vos proches tout en vous réalisant, ne cessez jamais de vous poser des questions et de vous donner les moyens d’agir et de vous réaliser. La vie vous le rendra, c’est certain.

En restant positifs et en nous montrant reconnaissants envers le monde qui nous entoure (aussi imparfait le percevons-nous), nous améliorons considérablement nos chances de nous accepter tels que nous sommes, d’accepter les autres dans la foulée et de nous épanouir dans le monde réel, tout en produisant notre art.
Le chemin est long et semé d’embûches, mais il en vaut la peine.
Entourez-vous de personnes qui vous ressemblent et privilégiez les rapports qui vous facilitent la vie, plutôt que de personnes qui vous ralentissent dans l’accomplissement de vos objectifs.

Quand la vie vous énerve et que vous vous sentez impuissant, prenez une dizaine d’inspirations lentes, redressez-vous, levez la tête vers le ciel (ou vers le plafond), forcez-vous à sourire et dites-vous tout haut : « ça pourrait être bien pire ! ».
Ce n’est pas parce qu’il y a des jours « sans », qu’il n’y aura pas de jour « avec ». 😉

 

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