Après une discussion avec Tereora, lecteur du blog, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire un article sur un des sujets qui fâchent bon nombre d’entre nous : le manque d’inspiration.

En effet, quel dessinateur ne s’est jamais retrouvé devant une feuille blanche avant de s’apercevoir qu’il ne savait pas quoi dessiner ?

C’est ce qui arrive en général à l’artiste qui veut trop en faire, alors, autant se l’avouer tout de suite : ce n’est pas parce que l’on est plus productif que l’on est meilleur dessinateur. La clé est dans la préparation et dans la maturation des idées, mais pas que. C’est aussi un problème comportemental. Dans cet article, je vais vous montrer comment vous débarrasser de la peur de la feuille blanche une bonne fois pour toutes, pour laisser place à des émotions bien plus agréables.

 

 

L’erreur classique

En tant que dessinateurs, nous nous sentons parfois obligés de produire plus que de raison, sans avoir même pris le temps de réfléchir à ce que l’on voulait créer. Il y a quelques années, je me souviens d’avoir attrapé une feuille de papier compulsivement, et ne sachant pas quoi dessiner, je me suis rabattu sur la première photo de portrait que j’ai trouvée sur mon ordinateur afin de la copier bêtement (vite et mal). Au bout de deux heures, je me suis énervé tout seul dans mon coin car mon dessin, non seulement était complètement bancal, mais en plus, il ne ressemblait pas au modèle et était fichtrement moche. Je me suis demandé pourquoi j’avais fait ça. En effet, j’avais adopté ce comportement durant quelques années, avant de prendre du recul et de mettre le doigt sur ce qui n’allait pas.

Voici, résumé en une phrase, le meilleur conseil que je peux vous donner pour éviter ce genre de déboires maladifs:

Ne te penche pas sur ta feuille tant que tu n’as pas idée de ce que tu vas dessiner.

En suivant cette règle d’or, vous verrez que plus jamais vous ne vous retrouverez face à la frustration de la feuille blanche. Cette frustration est violente et décourageante, alors autant l’éviter à tout prix. Se retrouver frustré devant une feuille blanche est surtout un signe d’impulsivité, souvenez-vous-en.

devant sa feuille

 

 

De l’idée au dessin

La transition entre la pensée et le papier a toute son importance. Il est fondamental de comprendre ce qui se passe dans notre caboche pour pouvoir nous sortir des méandres de nos pulsions non productives.

La question à se poser est la suivante : à partir de quel moment peut-on dire que l’on a une idée ?

La réponse est simple : à partir du moment où l’on peut mettre des mots sur cette idée.

Écrire deux ou trois lignes qui résument une idée,  va nous simplifier grandement les choses. Pas besoin de plus. Même sans faire de phrase,  nous pouvons aisément poser la structure de notre idée et lui donner un peu de consistances.

Imaginez que vous deviez vous documenter sur un sujet précis: comment le feriez-vous sans avoir au moins quelques mots ou expressions en tête ? C’est tout simplement impossible. C’est notre langage qui nous permet de structurer une idée ou un concept. Reposez-vous sur les mots, car c’est eux qui décrivent, c’est eux qui définissent. Usez-en et abusez-en. Pas besoin de parler un bon français pour poser des mots sur une idée. Restez simple et tout ira bien.

Il n’y a rien de pire pour un dessinateur (qui n’a qu’une vague impression de ce qu’il veut faire) que de commencer à travailler sur son support et à ébaucher ne serait-ce qu’une esquisse,  alors qu’il n’y a eu aucun travail préliminaire de réflexion.

Posez des mots sur un carnet ou sur un document Word. Votre cerveau vous en remerciera, et vous perdrez moins de temps à vous laisser hypnotiser contre votre gré par le blanc du papier (qui n’aura d’ailleurs aucun remords à vous renvoyer en pleine face à quel point vous êtes incompétent et peu confiant en vos capacités).

D’ailleurs pour certains d’entre vous qui seraient systématiquement en manque d’idée, j’ai conçu un très bon logiciel en ligne qui est en fait un générateur d’idée de dessin. Ça dépanne bien en cas de crise 😉 .

 puzzle-cerveau

 

 

Avoir un objectif et s’y tenir

Chaque fois que vous passez à l’acte, gardez un objectif en tête sans trop divaguer. Un objectif doit être limité dans le temps: donnez-vous une limite temporelle.

Par exemple « aujourd’hui, je vais m’entraîner pendant une heure à représenter des crânes sous différentes perspectives », ou bien « aujourd’hui, je vais dessiner le portrait de mon ami au crayon, et j’essaierai de le finir en moins de trois heures », ou encore « aujourd’hui, je me laisse toute l’après-midi pour créer le storyboard de la planche 4 de ma bande dessinée», ou encore « aujourd’hui, je prends deux heures pour créer différentes versions d’un design de personnage imaginaire dans différentes poses»… les possibilités sont infinies évidemment.

Adaptez vos objectifs en fonction de votre niveau.

Une erreur radicale serait de rester trop vague dans vos intentions.

Voici donc les étapes par lesquelles je vous conseille de passer :

À partir du moment où vous avez déjà créé une ébauche, vous aurez une base qui facilitera la réalisation d’un dessin plus fini, et donc votre production. Car il est très difficile de partir de rien. Ne surestimez pas votre cerveau, ce n’est pas parce qu’on nous a rabâché que nous utilisions seulement 10% de nos capacités intellectuelles, que cela va nous rendre plus aptes à utiliser les 90% restants.

calvin et Hobbes

 

 

Et si je ne suis pas inspiré ?

À vrai dire, les périodes d’inspiration ne se choisissent pas. Ce que j’ai pu remarquer par contre, c’est que l’inspiration est influencée  par nos états d’âme et nos humeurs. Il y a quelques années, et patient comme je le suis (sarcasme inside), je me serais refusé beaucoup de choses pour me punir du fait que je ne produisais rien et que je n’étais pas capable de dessiner sur commande.manque d'idée

Le mieux que l’on puisse faire, c’est justement de relativiser, de le prendre bien,  et tout simplement  de passer à une autre activité. Bien sûr, un artiste professionnel ne pourrait pas vraiment se le permettre, mais en tant qu’amateur ou débutant, tout est permis, l’intérêt étant de se faire plaisir et d’être fier de ses productions autant que possible.

Si l’inspiration arrive par surprise, notez l’idée en quelques mots sur un carnet ou sur votre téléphone au fur et à mesure que ça vient, n’attendez surtout pas. Vous développerez  en profondeur cette même idée un peu plus tard, et avec un peu de recul. Ne croyez pas que vous serez capable d’écrire cette idée plusieurs heures après son apparition, ce serait une énorme erreur! Rares sont les personnes qui en sont capables (et certainement pas moi!).

De la même façon que les rêves, l’inspiration est quelque chose de fugace, de fragile, de volatile dirais-je même. Encore une fois, n’attendez pas que votre idée disparaisse dans les abysses de vos neurones, interrompez votre activité (attention si vous êtes au volant tout de même ^^) et notez-la immédiatement quelque part. Vous vous remercierez plus tard !

Personnellement, j’utilise Evernote sur mon téléphone androïd : cette application  gratuite permet non seulement de prendre des notes écrites, mais aussi vocales (comme le font les journalistes et les médecins), et de les synchroniser avec internet pour ne pas les perdre. Un vrai petit bijou,ce logiciel ;).Organiser ses idées au fur et à mesure, c’est important, voire vital pour toute activité créative.logociel génial

J’espère que ces conseils ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd, et que vous allez les appliquer. Sincèrement, vous vous rendrez service, c’est garanti, parole de Pit.

Dans la même lignée, et si vous ne l’avez pas déjà lu, je vous conseille aussi cet article qui vous aidera également à lutter contre la peur de l’échec.

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