Dessinez mieux et économisez votre mine? ça peut sonner bizarre et pourtant…
Lisez plutôt la suite… 🙂

Il est toujours intéressant de se voir évoluer au fil des années. Le fait de conserver ses dessins et de les regarder de temps en temps s’avère donc toujours être une bonne idée.
Cela dit, il est parfois difficile de différencier ce qui est bon à jeter de ce qu’il faut conserver.

La plupart du temps je conseille aux internautes de ne conserver que les dessins pour lesquels:

  • ils ont passé plus d’une heure.
  • ils sont satisfaits d’au moins un aspect du dessin.
  • ils ont l’impression d’ avoir franchi un niveau dans leur progression.

Malheureusement avec le temps on a tendance à trouver ses vieux dessins de plus en plus médiocres, et c’est tout à fait normal. On ne doit pas pour autant se sentir mal par rapport à ça.
Nos vieux dessins sont une trace historique de ce que l’on a été à un moment donné, et il est important de les conserver pour réaliser le chemin parcouru. Nous comparer avec d’autres artistes est aussi utile parfois, mais jamais autant que de nous comparer avec notre “ancien nous”.

dessin amies
Il y a quelques années il m’était très difficile de dessiner des visages… aujourd’hui le dessin de visage est devenu un de mes points forts. La rigueur paie toujours.

Un point intéressant dans le fait de revoir et de réanalyser nos vieilles créations, est que nous pouvons nous rendre compte des erreurs récurrentes que nous avons tendance à faire encore aujourd’hui et cette prise de conscience nous offre toujours de nouvelles pistes pour progresser.

Un des éléments qui m’a le plus marqué en observant certains de mes vieux dessins, est le nombre de détails inutiles au centimètre carré.
En effet c’est une tendance que l’on a tous de vouloir trop en faire.
Et devinez quoi! copier une référence bêtement va encore aggraver les choses (ce n’est plus une surprise pour les habitués du blog ^^).

Le concept d’économie

J’ai entendu pour la première fois parler du concept d’économie en 2010, à une époque où je dévorais tous les livres d’art que je trouvais.
Le document anglophone sur lequel je suis tombé et qui en parle le mieux à mon sens, a été publié en 1956: The Concept of Economy in Art, article paru dans “The Journal of Aesthetics and Art Criticism” et écrit par Monroe C. Beardsley.

Pour vous  éviter des recherches longues et laborieuses, je vais essayer de vous résumer ce concept au mieux, et surtout, les aspects qui m’intéressent le plus, pour que vous puissiez les mettre en application sur vos dessins sans attendre.

“Less is more” résume bien ce concept. Littéralement traduit “moins c’est plus”.
En gros, moins on en fait sur notre feuille, et mieux c’est.

En effet, si je vous dis que j’ai passé 3 heures à peindre cette image, comment allez-vous la critiquer?

trait-rouge
Non, je ne signerai pas ce dessin, même sous la torture 🙂

Certains critiques d’art pourraient passer des heures à débattre et à analyser, mais pour nous autres simples mortels, il s’agit simplement d’un coup de pinceau rouge sur un fond blanc. Il n’y a pas grand chose à dire dessus. On se demande simplement comment l’artiste a pu passer 3 heures sur une toile aussi pauvre en peinture. Certains pourraient même penser à (veuillez me pardonner l’expression) du “foutage de gueule en bonne et due forme”.

Bon, certains lecteurs risquent de grincer des dents dans l’assemblée, mais lorsque pour comprendre une peinture il me faut un manuel d’explications, on m’a déjà perdu, désolé. (Vous l’aurez compris, je ne suis pas tellement “art moderne”, à part lorsque l’artiste a fait en sorte que son oeuvre ait un minimum de sens pour le commun des mortels… enfin chacun ses goûts hein.)
Le concept d’économie est donc directement lié à ce que l’on montre, que l’on soit dessinateur ou peintre, et plus particulièrement à ce que l’on ne montre pas.
En effet, lorsqu’on débute, on a tendance à toujours trop en faire, car on considère spontanément qu’en art, c’est comme au travail: plus on en fait, mieux c’est.

Sauf que ce qui interpelle généralement le grand public ce n’est pas tant les heures que l’artiste y a passées, ni même la technique, mais plutôt l’émotion qui se dégage de l’oeuvre et les sentiments que cela provoque en lui.
Si une oeuvre ne réussit pas à faire ressentir quelque-chose au spectateur, si elle ne le transporte pas, ne le rend pas curieux, ou ne lui communique aucun message, elle ne représentera rien à ses yeux et il passera rapidement à autre chose en l’oubliant complètement.

Le pouvoir de la suggestion

Suggérer, ou comment moins détailler pour mieux se démarquer: tout un art me direz-vous!
Il faut déjà être capable de se rendre compte qu’on en a trop fait, et pour ça, rien de tel que de prendre son temps et de réfléchir avant chaque action.

En effet, rappelez vous d’un des premiers dessins que vous avez hachuré… y avait-il besoin d’autant de hachures? quelle est la limite à ne pas dépasser? difficile à dire quand on n’a pas l’oeil.
Mais le simple fait de nous poser cette question peut nous éclairer:  “si j’ajoute des traits ou des coups de pinceau, vais-je apporter de la valeur à mon dessin ou pas, par rapport à l’objectif que je me suis fixé?”

peinture-visage-economie
Sur ce genre de portrait rapide et graphique, j’essaie de faire en sorte de limiter les coups de pinceaux, pour aller rapidement dans le vif du sujet sans trop en faire.

Bien sûr, un peu d’expérience est nécessaire pour déterminer le stade auquel on devrait s’arrêter. Cela dit, il n’est jamais trop tôt pour se poser la question, même pour un dessin débutant.

Le pouvoir de la suggestion ne doit être ignoré dans aucun art.
On perd parfois des heures voire des jours de travail si l’on ne prend pas les bonnes décisions lors de la planification d’un projet. Et quand on part dans une direction, on persiste souvent dans cette même direction, sans se poser les bonnes questions sur la finalité de l’oeuvre.
Assumez donc votre rôle de “directeur artistique”: le fait de savoir où vous allez n’est pas un luxe, mais une nécessité pour finaliser un projet dans de bonnes conditions.
Pourquoi pensez-vous que de nombreuses personnes procrastinent et finissent rarement leur projet… parce qu’elles ne se sont fixées aucun objectif précis!

Le meilleur exemple que je peux évoquer au sujet du gain de temps (et d’argent) que permet un bon équilibre entre le visible et le suggéré, est le storyboard au cinéma.
Imaginez un plan à effets spéciaux d’un personnage se faisant dévorer par un alien…

Un chat effrayé dans l'ombre vaut mieux qu'un long discours
Un chat effrayé et tapis dans l’ombre vaut mieux qu’un long discours…

Concrètement, la société de production devra débourser des centaines de milliers de dollars pour un plan, et passer par des studios tiers pour la sous-traitance de la production de ces images de synthèse, sans parler du temps perdu!

Gardez aussi en tête que le fait de stimuler l’imagination du spectateur vaut tous les visuels du monde. Vous ne pourrez jamais rivaliser avec l’imaginaire d’un individu par l’intermédiaire d’une simple image, aussi réaliste ou belle soit-elle.
L’imaginaire de chacun restera toujours le facteur le plus important, et le fait de suggérer vous permettra de toucher plus de monde (car qui dit imaginaire, dit pensée propre à chaque individu).

psychose
Hitchcock l’avait prouvé à maintes reprises. La suggestion est souvent la solution la plus efficace pour tenir le spectateur en haleine.


Comptez vos gestes

Non non, je ne plaisante pas… quand vous dessinez ou peignez, comptez vos gestes, au moins pour vous aider au départ à les économiser.

Si vous souhaitez dessiner un visage en 20 gestes plutôt qu’en 50, c’est possible.
Pour cela il faut d’abord prendre son temps et réfléchir à une stratégie: le chemin le plus court.
Et pour être efficace, il faut trouver avant tout comment organiser ses traits de contour ou sa hiérarchie de valeur (= organiser ses tonalités).

De plus, le pouvoir couvrant d’un médium a toute son importance.
Avec la tranche d’un fusain, on couvre plus vite la surface du papier qu’avec un criterium, cela va sans dire. Cette technique requiert donc moins de mouvements.
Il en va de même pour les pinceaux: un pinceau de plus grande taille nous permettra d’aller plus vite à l’essentiel qu’un pinceau de petite taille, et de dégrossir facilement.

portrait-fusain
Il m’aura fallu un peu moins d’une heure pour réaliser ce portrait.
Sans utiliser la tranche du fusain cela m’aurait été impossible d’aller aussi vite.

Souvenez-vous des premiers croquis qui ont conquis votre coeur pour la première fois.
Un des premiers croquis que j’avais adoré et qui semblait spontané était ce crayonné de Régis Loisel.
La fée clochette
Il m’avait instantanément transporté: ce n’est pas tant le réalisme qui m’a conquis, mais la facilité avec laquelle mon oeil navigue au travers de traits expressifs, affirmés et bien placés ainsi que la place laissée à l’imaginaire et à la suggestion: l’univers contextuel qui gravite autour du personnage est senti, mais n’est pas représenté entièrement, pour laisser de l’espace à l’esprit du spectateur.
Qu’on le veuille ou non, c’est souvent cet espace que l’on laisse visuellement qui va déterminer si les gens vont aimer ou non.

Évidemment, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Vous trouverez des personnes manquant d’imagination et préférant que l’on en dise plus sur un dessin.
Cela dit, il y a fort à parier que vous convaincrez davantage de personnes en laissant de la place à leur esprit créatif et en vous imposant de ne pas trop en divulguer visuellement.

Quand s’arrêter?

La question légitime que certains pourraient se poser est: “oui mais quand s’arrêter? Quand puis-je savoir lorsqu’un dessin est fini ou pas?”
La réponse est simple en réalité: le dessin est terminé lorsque l’objectif principal que l’on s’est fixé a été atteint. Le reste n’est que du bonus, et ce “bonus” peut s’avérer catastrophique s’il rentre en conflit avec l’intention initiale.

Si l’illustration que l’on a achevée correspond à ce que l’on attendait et remplit l’objectif initial, alors le but est atteint, on peut passer à autre chose.
La question à réellement se poser est: “si j’ajoute encore du travail, la création aura-t-elle davantage de valeur dans le contexte de ce projet?”.
S’il s’agit d’une amélioration graphique ou de détails qui n’affectent pas l’objectif principal, alors pas de problème. Dans le cas contraire c’est ennuyeux.

Imaginez un instant que vous venez de représenter un détail sans importance mais qui prend trop de notre attention (ex: trop de contraste dans un coin du dessin sans importance), croyez-vous qu’un individu normal ne critiquera pas ce détail bancal qui vient gêner la lecture?
Ce que je sais bien du grand public, c’est que lorsque c’est bien fait, ça passe et c’est normal, mais lorsqu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, il vous en fait la remarque rapidement! 🙂

dessin-vignette
Le dessin de vignette est le b.a-ba de toute image créative.

Bien sûr, pour remplir un objectif, il faut d’abord se le fixer. C’est pour cela que j’insiste sur le concept d’intention. Si vous n’avez aucune intention, aucun objectif, et que vous ne planifiez ou ne visualisez pas votre travail final avec un minimum d’avance, il est assez risqué de continuer.
C’est donc pour cette raison qu’il est préférable de décomposer le développement de votre image en étapes, pour arriver à un résultat convenable sans prendre le risque d’être obligé de tout recommencer.

Ceci dit, cela ne vous empêche pas de dessiner un peu au hasard de temps à autre, histoire de vous défouler et de chercher une créativité spontanée… mais l’expérience m’a prouvé que les personnes ayant bien défini leur projet restent les plus productives et apprennent bien plus vite que les autres. C’est un fait! c’est réel!
De plus, un projet bien défini produit de la motivation, de l’émulation et nous pousse à planifier et à faire des recherches au moment opportun plutôt que d’apprendre des choses dans le vide, pour devoir les réapprendre 2 ans plus tard.

Rappelez-vous toujours que sans objectif, le dessinateur n’est qu’une âme en peine, un électron libre qui finira, comme bon nombre d’apprentis, par abandonner avant même d’avoir commencé.

Exemple de technique pour économiser du travail et rester efficace

A l’occasion de ma dernière formation, j’ai pu montrer les étapes d’une scène inventée à partir d’une histoire que je me suis racontée au préalable.
Le thème était: “dame nature rend visite à la famille renard”.

vignette-etape-2
L’étape 2 de la vignette était aussi grande que la paume de ma main.

Le projet était bien défini. L’histoire était réelle dans ma tête, je visualisais plutôt bien l’essentiel de la scène, même si certains aspects me semblaient encore flous. Après avoir posé des mots sur la scène, j’ai enchaîné sur le dessin de vignettes puis j’ai choisi celle qui me convenait le mieux dans la lecture graphique et la composition.
J’ai ensuite développé une deuxième maquette un peu plus précise, puis j’ai pu passer à la recherche/prise de références pour m’aider à développer le décor et apporter un peu de réalisme aux protagonistes.

Vous noterez que dans les différentes étapes, je commence par une impression de valeurs, en intégrant 4 valeurs en plus de la valeur du papier semi-teinte.

J’ai d’abord posé les hautes lumières, là où la lumière du soleil tape directement.
Ensuite j’ai indiqué les points focaux principaux, là où je désirais que l’attention du public se porte.

J’ai mis en évidence ces points rapidement en utilisant les valeurs les plus intenses que peuvent me procurer mes crayons (pierre noire dans ce cas), ce qui me permet d’arrêter mon travail de détail quand je le souhaite car l’essentiel a déjà été dessiné.

final-fdi
Alors? trop de détails? pas assez de détails? En tout cas l’essentiel est décrit. La composition semble équilibrée et l’histoire est racontée correctement. J’ai peu contrasté les éléments du bord de l’image, pour ne pas que l’oeil s’échappe sur les côtés.

Imaginons que cette image ait été destinée à un éditeur, il m’aurait été facile de respecter les délais même si le travail de finition n’était pas réellement terminé. Au moins l’essentiel est raconté, le reste (ex: la finition du décor) n’est que du bonus.

Vous remarquerez que mon décor, qui est plus ou moins détaillé, ne remet pas en question mon illustration en détournant l’attention inutilement. C’est d’ailleurs pour cette raison que ces zones sont davantage décontrastées, et si on prend le temps d’explorer un peu l’image, on se rend compte du travail sur les détails sans que cela dérange la lecture.

formation illustration

Inventez vos illustrations avec ma formation dessin d'inspiration:

Apprenez à mettre en scène les idées que vous avez en tête avec une méthode progressive et professionnelle afin de créer vos propres dessins et illustrations​ originales.
Réalisez vos rêves et mettez votre imagination en images dès maintenant!