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Vassily Kandinsky, père de l’abstrait

 

Vassily Kandinsky 4 décembre 1866 – 13 décembre 1944

 

Mieux vaut tard que jamais

Vassily Kandinsky est né à Moscou en 1866 dans une famille aisée et cultivée. Fils aîné de Vassily Silvestrovitch Kandinsky, businessman et de Lydia Ivanovna, mère au foyer. En 1871, la famille déménagea à Odessa où son père dirigeait une usine de thé. Vassily apprit à jouer du piano, du violoncelle, mais aussi à dessiner. Si sa famille était assez aisée financièrement, elle fut aussi “riche culturellement” étant donné les différentes origines dont elle était constituée. Citons notamment des origines tatares et allemandes (dont il apprit la langue). Sa tante Elizaveta Tikhéïeva contribua grandement à l’éducation du jeune Vassily.

Malgré son intérêt pour l’art ou la musique, ses parents le destinaient plutôt à une carrière de juriste. Ainsi, dès 1885, il entra à la faculté de Moscou pour suivre des études de droit, d’économie et de statistiques jusqu’à la thèse. En 1889, il fut envoyé par la Société des Sciences Naturelles, d’Anthropologie et d’Ethnographie pour étudier des rites païens et le droit coutumier des peuples Komis et Permiaks; un voyage qui marqua Vassily lorsqu’il découvrit la culture et l’art des locaux.

Ayant passé avec succès ses examens de fin d’études, Kandinsky devint assistant scientifique en économie et statistiques. En 1892, il épousa Ania Tchimiakina (qu’il quitta en 1902 et dont il divorça en 1911).

Il occupa ensuite le poste de directeur artistique dans une imprimerie spécialisée dans les reproductions d’œuvres d’art. Kandinsky peignait déjà depuis plusieurs années dans un style mélangeant impressionnisme et réalisme, avec une place importante donnée à la couleur. Il se cherchait encore un style qui pourrait répondre à ses besoins. Puis lors d’une exposition d’art français à Moscou, Vassily fut interpellé par les travaux de Monet. Il développa alors l’idée qu’une “peinture pouvait être faite sans objet; la couleur rendant les motifs superflus”. Ainsi, en 1895, au moment d’obtenir un poste d’enseignant dans le supérieur, il décida d’en finir avec cette carrière juridique prometteuse et de se consacrer pleinement à l’art.

À 30 ans, il prit alors la direction de Munich pour apprendre la peinture. D’ailleurs cette ville était alors très active en matière d’art. Pendant quatre ans, Kandinsky étudia assidûment. Dans un premier temps, il se pencha sur le dessin dans l’école du Slovène Anton Ažbe, puis dans un second temps, il apprit l’art de la composition à l’Académie des beaux-arts dans la classe du professeur Franz von Stuck. Ses premiers travaux étaient alors figuratifs.

 

Premier pas

Rapidement, il devint lui-même professeur lorsqu’il créa avec d’autres artistes locaux l’association Phalanx en 1901. Cet organisme regroupait des personnalités opposées à l’art de l’époque considéré comme démodé et conservateur; le but étant de promouvoir l’art sous toutes ses formes.

L’association Phalanx ne dura pas longtemps, mais suffisamment pour que Kandinsky fasse la connaissance de celle qui fut tout d’abord son élève puis sa compagne, Gabriele Münter. Cette artiste germano-américaine partagea sa vie jusqu’en 1914. Dès 1903, ils parcoururent l’Europe (Hollande, Italie, Suisse, France et Allemagne) et l’Afrique du nord sans oublier de fréquents passages par Odessa ou Moscou. Pour Kandinsky, ces voyages étaient un moyen de prendre ses distances avec l’enseignement académique et de réaliser des peintures sur le motif.

En 1906, ils vécurent tous les deux à Paris. Leurs relations de couple étaient ombrageuses et Vassily souffrait du mal du pays. Kandinsky proposait alors des peintures de taille réduite, essentiellement des paysages de style impressionniste. Pour le petit milieu parisien, Kandinsky donnait l’impression de vivre en dilettante. Il finit par trouver un style à lui, mais ressentit le besoin de continuer ses recherches.

Entre 1902 et 1907, Kandinsky réalisa des peintures qu’il dénomma “dessins colorés”. Teintées de nostalgie, ces œuvres semblaient évoquer un passé lointain allemand et russe.

 

“Couple à cheval, Kandinsky, 1906-1907”

 

En 1908, le couple partit vivre à Murnau en Allemagne. C’est là-bas que commença véritablement la carrière de Kandinsky. Sans changer ses thèmes de prédilection que furent la culture populaire et les paysages, le peintre concentra peu à peu son attention sur les formes et les couleurs tout en se détachant de la représentation. Son style se fit plus abstrait.

 

“Rue principale de Murnau”, Vassily Kandinsky, 1908

 

“Paysage d’hiver”, Vassily Kandinsky, 1909

 

Ce fut une période de recherches intensives et fructueuses avec ses amis peintres Jawlensky  et Werefkin. Le groupe d’amis lança un nouveau langage pictural et Kandinsky trouva enfin le chemin de la peinture sans sujet.

Prétexte pour étaler de larges couleurs, les paysages de Murnau inspiraient l’artiste qui réalisa de nombreuses œuvres. Elles démontrent l’évolution du style de Kandinsky vers une interprétation plus abstraite encore du sujet; une interprétation qui concernait aussi les titres de ses œuvres. Des titres comme “Improvisation” ou Impression” tendent à révéler que l’artiste trouvait son inspiration dans sa nature intérieure. D’une manière générale, l’artiste se posait certaines questions d’ordre spirituel comme l’existence d’une âme ou d’une vie après la mort.

 

“Montagne”, Kandinsky, 1909

 

“Improvisation 7 (Tempête)”, Kandinsky, 1910

 

Avec ses amis de Murnau, Kandinsky fonda, début 1909, la Nouvelle Association des Artistes de Munich. Cette organisation avait pour but de préparer des expositions et de faire connaître les courants de la création de l’époque. De grands noms comme Picasso ou Braque furent de la partie. Mais après des dissensions, Kandinsky et quelques autres artistes organisèrent leur propre exposition : “Le cavalier bleu”; le but étant de montrer aux spectateurs comment “le désir créatif intérieur des artistes peut prendre des formes multiples”. Après plusieurs expositions, un almanach vit même le jour en 1912.

En 1910, il rédigea “Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier”. Cet ouvrage, publié en 1911, exposait les notions que Kandinsky considérait comme essentielles dans l’art dont le “tournant spirituel”, la “nécessité intérieure” ou le thème de la couleur. Le peintre s’interrogeait sur différentes conceptions comme le but de l’art, la manière de juger une œuvre et l’origine de la création artistique.

Ouvrage qui permet encore aujourd’hui de comprendre le travail de l’artiste.

 

« Créer une œuvre, c’est créer un monde »

 

En 1912, il termina “Tableau avec l’arc noir”. La réalité objective semble avoir disparu et Kandinsky affirmait ainsi sa volonté de rendre libres formes et couleurs.

 

“Tableau avec l’arc noir”, Kandinsky, 1912

 

Retour en Russie

En 1914, la première guerre mondiale éclata et Kandinsky, étant Russe, fut obligé de quitter l’Allemagne pour se réfugier en Suisse puis en Russie jusqu’en 1921. Cette déclaration de guerre marqua la fin d’une période très féconde pour l’artiste. Sa relation amoureuse avec Gabriele Münter prit fin également peu après. Ce retour forcé d’un pays qu’il avait choisi marqua une rupture dans son processus artistique autant que dans sa vie amoureuse. L’artiste était en plein doute, et cela même s’il était de retour dans une ville qui l’inspira beaucoup, Moscou.

Durant ses 6 années passées en Russie, l’artiste peignit assez peu. Mais sa rencontre avec Nina Andreievskaïa marqua un nouveau virage pour l’artiste. Avec cette nouvelle relation amoureuse, Vassily en termina avec cette période dépressive qu’il connaissait depuis son retour à Moscou.

La révolution russe de 1917 offrit de nouvelles perspectives à Kandinsky qui fut démarché à de multiples reprises pour des postes importants. Sa faible activité artistique (comparée aux années passées) s’explique donc aussi pour cette raison. Durant cette période, il privilégia essentiellement alors le dessin et les œuvres sur papier à la peinture.

Il s’impliqua dans la politique de l’enseignement de l’art et entre 1919 et 1921, il se consacra à la création d’une vingtaine de musées dans tout le pays. Dans les œuvres qu’il créa durant cette période, ses formes se firent de plus en plus géométriques et il introduisit le cadre dans la réalisation d’une œuvre. Ce cadre est d’ailleurs visible dans sa peinture “Ovale Blanc” et constitue un élément à part entière de la composition. De cette façon, Kandinsky désirait libérer l’œuvre du format rectangulaire classique du support et par la composition en diagonale, il suggérait le mouvement des formes géométriques présentes dans l’œuvre.

Il commença la rédaction d’un nouvel ouvrage qui faisait suite à “Du spirituel dans l’Art”. Publié en 1926, ce livre est intitulé “Point et ligne sur plan” et présente les théories de l’artiste sur les formes.

 

“Ovale blanc”, Kandinsky, 1919

 

Malheureusement, sa situation, tant artistique que financière et politique, devint  précaire. En effet, non engagé politiquement, Kandinsky était entré en conflit avec les théories officielles de l’art en URSS et artistiquement, il se sentit isolé. Ainsi, il dut repartir en Allemagne fin 1921. Quelques mois plus tard, il devint alors professeur des formes à l’atelier de peinture murale de l’école Bauhaus pendant une longue période et obtint la nationalité allemande. Studieux comme à son habitude, il passait beaucoup de temps à préparer ses cours.

Durant cette nouvelle vie, Kandinsky fit de nouvelles rencontres et participa à des expositions collectives ou personnelles. Il s’efforça de créer de nouvelles œuvres, car beaucoup de ses réalisations étaient restées en URSS. La société allemande commençait à changer et en 1925, les nazis décidèrent de fermer l’école. Ne peignant aucun tableau, Kandinsky consacra son temps à la finalisation de son ouvrage “Point et ligne sur plan”. Les années qui suivirent furent marquées par une plus grande production qui, jusqu’en 1932, reflétait ses nouvelles expérimentations. Kandinsky recherchait de nouvelles techniques picturales.

 

Exil parisien

Déchu de la nationalité allemande et constatant la montée du nazisme, Kandinsky quitta à nouveau l’Allemagne pour s’installer en France fin 1933. Le couple fut accueilli par les poètes et artistes surréalistes et Kandinsky se lia d’amitié avec Arp, Breton Ernst ou encore Miró. D’ailleurs, c’est Arp et Miró qui lui permirent de se trouver un nouveau style. Kandinsky s’inspira des macrophotographies des cellules et des tissus pour créer de nouvelles formes dans ses œuvres.

Entre 1935 et 1937, il participa à plusieurs expositions et put constater que son art était très apprécié aux États-Unis ou en Angleterre. Néanmoins, il déclina les propositions de s’installer sur le continent américain. Ses œuvres furent aussi présentées à l’exposition de l’art dégénéré. Organisé par les nazis pour appuyer leur propagande, cet évènement présenta plus de 700 œuvres d’une centaine d’artistes parmi les 20 000 œuvres saisies dans les musées allemands; ainsi, une quinzaine de peintures de Kandinsky furent présentées.

L’artiste devint citoyen français, in extremis, en 1939, juste avant le début de la deuxième guerre mondiale. Malgré la défaite française et l’envahissement de la France par l’Allemagne, le couple resta à Paris.

L’artiste s’éteignit en 1944 à 78 ans.

Artistiquement parlant, la dernière période de la vie de Kandinsky correspond à une synthèse de son œuvre antérieure.

Kandinsky fut un pionnier de l’art abstrait et annonça l’expressionnisme abstrait. Ses peintures et ses théories sur l’art contribuèrent autant les unes que les autres à sa renommée. Il passa la majeure partie de sa vie à l’étranger, mais il n’oublia jamais ses origines. Le folklore, les légendes, les contes, la peinture traditionnelle et la ville de Moscou furent à l’origine de ses recherches et constituèrent son capital artistique.

 

“Last Watercolour”, Vassily Kandinsky, 1944

 

Si on s’intéresse aux ventes d’œuvres  d’art (sur la dernière décennie par exemple), on constate que le nom de Kandinsky revient régulièrement.

En mai 2017, une de ses œuvres a été mise en vente pour 25 millions d’euros par Sotheby’s, société internationale spécialisée dans la vente aux enchères d’œuvres d’art. L’œuvre, qui s’intitule “Murnau – Paysage avec des maisons vertes” date de 1909 et a été évaluée entre 17 et 29 millions d’euros. Finalement, elle a été vendue pour 28 millions d’euros. Lors de cette même vente, une autre réalisation du peintre fut proposée à la vente. “Painting with White Lines” fut cédée contre 35 millions d’euros.

En novembre 2017, “Vert et rouge” fut vendue pour 3 à 4 millions d’euros.

Ci-dessous quelques-unes des ventes des 6 dernières années:

 

 

Notre prochaine fiche nous amènera à nous intéresser à la vie de Nicolas Poussin, le romain d’adoption

 

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