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William Bouguereau, « l’inconnu »

 

 

30 novembre 1825 – 19 août 1905

 

Dans toute l’histoire de l’art, on peut remarquer que certains artistes sont tombés dans l’oubli et n’ont pas marqué leur génération ni les suivantes. Soit de façon logique par manque de talent par exemple, soit de manière totalement injustifiée à cause d’une concurrence trop forte, d’un style qui choquait leurs contemporains, d’une période instable comme dans le cas d’un conflit armé, etc. Nous allons donc tenter de comprendre dans quelle(s) catégorie(s) se classe William Bouguereau afin d’expliquer son relatif anonymat en France.

 

Enfance et formation

William-Adolphe Bouguereau est né le 30 novembre  1825 à La Rochelle dans une famille bourgeoise. Cette dernière gérait une entreprise de commerce d’huile d’olive et de vin et aurait des origines anglaises (ce qui peut expliquer le prénom britannique de l’artiste, William).

Alors que son père envisage pour son fils une carrière dans l’entreprise familiale, le très jeune William démontre déjà de réelles aptitudes artistiques. L’oncle de l’enfant interviendra alors pour que William puisse suivre ses premiers cours de dessin. Ainsi, il entra au collège de Pons (entre La Rochelle et Bordeaux) où il put profiter de l’enseignement de Louis Sage, lui-même ancien apprenti de Jean-Auguste-Dominique Ingres, peintre néo-classique.

 

“Jacob reçoit la tunique ensanglantée de Joseph”, Bouguereau, 1845

 

Notre futur artiste, ayant terminé ses études secondaires, travailla alors dans l’entreprise familiale comme le désirait son père. Mais sa passion dévorante pour l’art poussa ce dernier à faire des compromis. Il fut d’accord pour que son fils William suive des cours aux Beaux-Arts de Bordeaux à condition qu’il travaille toujours dans l’entreprise familiale.

Durant son passage à Bordeaux, William aurait réalisé plus de 30 portraits en seulement quelques mois et il fut récompensé avec un premier prix pour une oeuvre représentant Saint Roch.

Mais Bouguereau devait faire des choix. S’il voulait véritablement suivre une carrière artistique, il fallait qu’il quitte le cocon familial pour prendre la direction de Paris. Oui mais voilà, ses parents ne disposaient pas d’assez d’argent pour entretenir sa future vie d’artiste parisien. Alors l’oncle précédemment cité conseilla au jeune William de réaliser des portraits des paroissiens fréquentant l’église qu’il dirigeait. Il s’agissait des 30 portraits que nous évoquions juste avant. En épargnant l’argent des ventes, William disposa alors d’assez de ressources pour monter à Paris et s’y installer.

En 1846, il arriva alors dans la capitale et fréquenta aux Beaux-Arts l’atelier de François-Edouard Picot, portraitiste, peintre d’histoire et de genre, surtout reconnu pour la qualité de son enseignement. En effet, il fut élève de Jacques-Louis David dit “Grosse-Joue”, chef de file de la peinture néo-classique. Si William disposait de facultés artistiques indiscutables, c’est aussi la recommandation du peintre Jean-P. Alaux qui lui permit d’entrer plus facilement dans cette école. Ainsi, à 23 ans, il se plaça deuxième au prix de Rome (concours et bourse d’études de l’Académie des Beaux-Arts permettant aux jeunes artistes de continuer leur formation en Italie).

Soumis à une forte pression familiale, l’artiste devait réussir coûte que coûte. Raison pour laquelle il disait être « pressé de se faire connaître ». Cela explique peut être aussi pourquoi il se plia aux règles imposées par l’Académie des Beaux-Arts afin de faire carrière. Malheur à ceux qui  percevaient les choses différemment et ne voulaient pas se plier à ces règles (comme les Impressionnistes par exemple).

 

“Egalité devant la mort”, Bouguereau, 1848

 

Bouguereau fit ses débuts au Salon de Paris avec l’oeuvre : “Egalité devant la mort” . Cette toile monumentale et spectaculaire (140×270) représente un ange de la mort recouvrant d’un linceul le cadavre nu d’un jeune homme. L’oeuvre est susceptible de toucher tout le monde par son évocation du caractère inéluctable de la mort mais rappelle surtout à la fois les inquiétudes de Bouguereau face aux évolutions politiques de son temps et ses doutes personnels vis-à-vis de son propre avenir.

En 1850, il remporta la première place au prix de Rome avec “Zénobie trouvée par les bergers sur les bords de l’Araxe” et put ainsi voyager en Italie. Il séjourna un an à la Villa Médicis et se familiarisa avec les chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne. Loin de se contenter de copier les œuvres de maîtres italiens comme Raphaël, del Sarto et Guido Reni,  il réalisa aussi différentes études. Son tableau intitulé “Le corps de Sainte Cécile aux Catacombes” (1854), exécuté au cours de sa dernière année en Italie, contribua à établir sa réputation (oeuvre détruite dans l’incendie de la chapelle du château de Lunéville en 2003).

 

“Dante et Virgile”, Bouguereau, 1850

 

“Zénobie trouvée par les bergers sur les bords de l’Araxe”,William Bouguereau, 1850

Retour d’Italie

Entre ses “prédispositions naturelles” et sa formation hautement qualitative, Bouguereau rencontra un succès rapide dès qu’il rentra à Paris. Il faut dire aussi que son style correspondait parfaitement au style de l’époque.

Avec la fin de son périple italien, l’artiste put aussi participer à l’exposition universelle de 1855. Il y présenta notamment « Tête de Bacchante » et « L’Amour Fraternel ».

 

“L’Amour Fraternel”, Bouguereau, 1854

 

Du côté familial, il épousa en 1856 Marie-Nelly Monchablon qui lui donna cinq enfants.

Les récompenses s’enchaînèrent et il multiplia les participations au Salon officiel. À chaque fois, il y reçut un accueil chaleureux. De nombreuses commandes lui furent confiées année après année comme la décoration de théâtres (Bordeaux en 1869), de chapelles (Sainte Clotilde en 1859, Saint-Augustin en 1866 et Saint-Vincent-de-Paul en 1888) ou encore de résidences (de Bartholony et de Pereire à Paris  ou l’hôtel Moulun à La Rochelle).

Les collectionneurs privés et l’Etat sont également très friands de ses œuvres religieuses ou mythologiques. Mais son succès ne se limita pas à la France et grâce à l’intervention du marchand d’art Paul Durand-Ruel, Bouguereau vit ses œuvres s’exporter au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Les Américains adoraient ses peintures et les lui achetaient à prix d’or. À tel point que la plupart d’entre elles se trouvent aujourd’hui dans les collections privées et les musées américains.

 

“Paysage de Concarneau”, Bouguereau, 1867

 

Ses étés, il les passait généralement à La Rochelle où il disposait d’un atelier privé. Artiste infatigable et ayant un besoin viscéral de peindre, il  ne se laissait  ralentir dans son travail de création que par le coucher du soleil.

Avec toutes ces commandes qui s’accumulent, le peintre a donc atteint son objectif, à savoir être reconnu. Mais la gloire n’empêche pas les malheurs d’arriver. En effet, son épouse et deux de ses enfants décédèrent.

 

“Naissance de Vénus”, Bouguereau, 1879

 

Membre de l’Institut en 1881, il fut nommé professeur des Beaux-Arts et joua un rôle déterminant dans la direction du Salon officiel. En effet, il fit preuve d’une grande intransigeance lors de l’intervention du jury au Salon, en soutenant le rejet systématique des œuvres de Manet et des Impressionnistes. Nommé Commandant de la Légion d’honneur en 1885 (puis Grand Officier en 1905), il fut également élu, la même année, président de la Fondation Taylor, cette dernière œuvrant pour le développement de l’art.

 

“La branche de cerisier”, Bouguereau, 1881

 

Dernières années

En 1896, il épousa une de ses élèves, Elizabeth Jane Gardner qui adopta un style identique à celui de son mari. Bouguereau travailla pour faciliter l’accès des femmes aux institutions artistiques françaises. D’ailleurs, la femme fut  l’un de ses thèmes de prédilection au point d’être associé au genre du nu académique. Mais après la mort de sa femme en 1877, Bouguereau s’orienta davantage vers les thèmes religieux et moins vers des sujets de l’antiquité. Mais la femme et les enfants restent très présents dans ses œuvres.

 

“Les Saintes femmes au tombeau”, Bouguereau, 1890

 

L’artiste mourut le 19 août 1905 à La Rochelle. Les drapeaux de la ville furent mis en berne et lors de ses funérailles, le 23 août, un important cortège composé d’officiels suivit le corbillard.

À Paris, le lendemain, une cérémonie se déroula en l’église Notre-Dame des Champs, à nouveau en présence d’officiels comme le président de l’Académie des Beaux-Arts, le président de la Société des Artistes français.

Dans la vie comme dans la mort, William Bouguereau fut comblé d’honneurs et de récompenses. Il fut considéré par beaucoup comme le plus grand peintre de son époque et il avait une énorme influence sur l’univers artistique français.

À peine dix ans après sa mort, le nom de Bouguereau tomba dans un oubli quasi total. Sa cote tomba alors au plus bas, son nom disparut des encyclopédies généralistes ou spécialisées et ses œuvres furent rangées dans les réserves des musées.

Bouguereau ressurgit en France dans les années 80 mais l’accueil resta assez froid. Les Américains redécouvrirent son travail au début des années 2000. Puis en 2010, une salle lui fut consacrée au Musée d’Orsay.

Un tel oubli, notamment dans son propre pays, s’explique sans doute en partie à cause de sa forte opposition à l’un des courants les plus marquants : l’impressionnisme. Déjà de son vivant, certains comme Zola lui reprochaient son conservatisme. Et peu à peu, cela se retourna contre Bouguereau, les critiques privilégiant l’avant-gardisme par rapport au  classicisme. Après qu’il fut décédé et ne put plus défendre ses convictions, les avant-gardistes jouirent de plus en plus d’influence.

Si on peut effectivement reprocher à l’artiste sa frilosité pour tout ce qui sortait du cadre académique, on ne peut pas, cela dit, balayer d’un revers de main toute son oeuvre. Scènes de genre, scènes mythologiques ou religieuses, portraits, nus, Bouguereau était un grand artiste, certainement au niveau des plus grands de l’art occidental. Un artiste accompli qui a démontré qu’il possédait l’art de la composition et celui de l’harmonie chromatique à travers plus de 800 tableaux.

 

“Deux sœurs”, Bouguereau, 1901

 

Il fut aussi reproché à Bouguereau d’avoir réalisé de grandes suites d’œuvres sans véritable saveur. Il faut comprendre qu’en travaillant avec le marchand d’art Durand-Ruel, Bouguereau dut répondre à certaines des demandes de ce dernier, comme le fait de passer à la peinture de genre afin de satisfaire des commandes et d’attirer des nouveaux collectionneurs. Le marchand Goupil fit réaliser au peintre 250 peintures principalement destinées aux marchés américains et anglais. Ainsi, Bouguereau dut “modifier l’érotisme de ses toiles” afin de correspondre aux tendances locales de l’époque. Mais cela n’amoindrit en rien sa virtuosité même si encore aujourd’hui on peut lire ici et là des articles et des notes très virulentes à son égard et sur ses productions.

Enfin, Bouguereau n’avait rien d’un personnage romanesque. Ayant une vie rangée et pleine de réussite, il n’entrait pas dans la catégorie des héros torturés, brûlant la chandelle par les deux bouts. On le présentait comme un ami fidèle et un maître attentif et disponible. Des rumeurs le qualifièrent de détraqué sexuel à cause de ses tableaux de femmes dénudées mais on ne sut jamais si c’était la vérité ou si  ses détracteurs étaient à l’origine de ces rumeurs.

Bouguereau fut l’un des meilleurs peintres de l’anatomie humaine,  l’un des artistes les plus écoutés et enviés mais aussi grandement appréciés du public.

Bouguereau était un peintre totalement dédié à son art mais il restera aussi  dans l’histoire comme un symbole du choc des générations.

 

Lors de notre prochaine fiche, nous étudierons le parcours d’un itinérant de l’art, John Singer Sargent

 

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