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Edgar Degas, « l’impressionniste réfléchi »

 

 19 juillet 1834 – 27 septembre 1917

19 juillet 1834 – 27 septembre 1917

Une jeunesse dorée

Edgar Degas est originaire d’une famille de la haute bourgeoisie. Né en juillet 1834 d’un père banquier, Auguste de Gas, originaire de Naples et d’une mère créole de La Nouvelle-Orléans, Célestine Musson.
Degas a également deux frères et deux sœurs. Ses études, qui furent solides, se déroulent sans complication particulière, mais alors qu’il n’a que 13 ans, sa mère décède. Son père, amateur d’art, permet à Edgar d’aménager par la suite un atelier dans la maison familiale.

Tout comme Cézanne, Edgar Degas sera envoyé étudier le droit par son père. Mais alors qu’il commence ses études de droit (1853), Degas fréquente assidument le Département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque Nationale (organisme chargé de la conservation des collections de la Bibliothèque Nationale). Comme Cézanne, il est très productif et passe tout son temps au Louvre pour lequel il sera copiste. Sentant que son fils s’écarte du chemin qu’il a tracé pour lui, Auguste de Gas n’apprécie pas que son fils prête aussi peu d’intérêt aux études de droit. Le père et le fils sont alors en rupture et Edgar s’installe dans des combles aménagés, mais non chauffés. Bien qu’encore très jeune, c’est à cette période que ses premiers problèmes oculaires se manifestent.

Deux ans plus tard, en 1855, il stoppe ses études avec l’accord de sa famille.  Il entre aux Beaux-Arts qui sont sous la direction de Lamothe, un ancien disciple d’Ingres. Degas y acquiert une grande maîtrise du dessin, ce qui constituera une caractéristique majeure de son art. Il rendra même visite au maître Ingres pour lui présenter ses dessins.

Auguste de Gas, le père d’Edgar, étant un amateur avisé d’art, en profite alors pour lui présenter certains grands collectionneurs de Paris.

 

L’envol

Artiste productif et pressé de réussir, passionné par la peinture italienne notamment, Degas se lance alors en 1856 dans un voyage de 3 ans en Italie afin d’étudier les maîtres comme Botticelli ou Raphaël. Il profitera assidument de la culture artistique du pays et peindra de nombreux portraits. En 1859, après avoir séjourné à Naples, Rome et Florence, il rentre à Paris et se prend un atelier.

C’est d’ailleurs durant cette période que Degas compose ce qui est considéré comme son premier grand chef-d’œuvre : « La famille Bellelli » (1858-1860). Dans ce tableau, il tient à mettre en avant la situation psychologique des personnes qu’il représente. C’est ce qu’il s’efforcera de faire systématiquement.

 

La famille Bellelli, 1858-1860

La famille Bellelli, 1858-1860

 

En 1861, Degas se penche sur le thème des chevaux et des courses. L’Hippodrome de Longchamp étant récent (inauguration en 1857, avec la présence de Napoléon III), Edgar Degas passera du temps à scruter la vie des champs de courses.
Entre 1862 et 1865, il fait la connaissance de Manet au Louvre puis de Monet, Renoir, Pisarro, Bazille, Fantin-Latour ou Zola au Café Guerbois. Ce dernier était le lieu de rencontres des artistes de l’époque et était situé non loin de l’atelier de Manet qui y donnait rendez-vous à ses proches. Degas participera activement à ces débats d’artistes.

À partir de 1865 et jusqu’à la guerre contre l’Allemagne en 1870, Degas fera suivre ses œuvres au Salon Officiel de Paris. C’est une période faste pour Degas, car il vendra aussi 3 de ses peintures lors d’un voyage à Bruxelles et signe son premier contrat avec un marchand d’art local. Période durant laquelle il s’intéressera aussi à un autre thème qui sera important dans son œuvre : la danse, la musique et le théâtre.

 

« À vous, il faut la vie naturelle, à moi la vie factice. »

 

Avec cette citation, on comprend que Degas n’avait pas les mêmes envies et priorités que ces amis impressionnistes. Si ces derniers recherchaient la lumière naturelle et appréciaient la vie en plein air, Degas préfère le travail en atelier et la retranscription de la lumière artificielle des lampes à gaz.

 

L'orchestre de l'Opéra 1869

L’orchestre de l’Opéra 1869

 

La guerre franco-allemande (ou franco-prussienne) éclate courant 1870 et Edgar Degas s’engage dans l’infanterie comme artilleur de la garde nationale. Manet et Degas ont alors comme supérieur le peintre académique Meissonier.

 

L’après-guerre

Après la défaite française en 1871, Degas prend la direction de l’Angleterre et y expose ses œuvres. Il vendra encore 3 de ses créations. Puis fin 1872, Degas prend la direction de La Nouvelle-Orléans. Il y résidera 5 mois chez son frère et peindra l’œuvre qui sera sa première à intégrer la collection publique française : Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans.

 

Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans, 1873

Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans, 1873

 

En 1874, Degas, Monet, Renoir, Pissarro et d’autres fondent la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs, afin de pouvoir exposer librement. Jusque-là, l’unique exposition était le Salon Officiel organisé par l’Académie des Beaux-Arts dans lequel le jury privilégiait les œuvres académiques et traditionnelles. Depuis une vingtaine d’années, le mécontentement contre ce système couvait et avant 1874, Cézanne avait déjà été refoulé de ce Salon Officiel. On y trouvait alors le Salon des Refusés, qui s’il était une section du Salon Officiel, restait sous la tutelle de l’État.
Cette société est alors la première exposition des impressionnistes et il y aura en tout 8 expositions jusqu’en 1886. Entre temps, l’État avait abandonné, en 1881, le Salon Officiel pour le Salon des artistes français.

Degas sera un élément moteur de l’organisation de ses expositions impressionnistes  et il participera à 7 d’entre elles comme artiste exposant. Cette implication lui permet d’avoir de nombreux échanges avec des artistes de sa génération  et celle plus jeune d’avant-garde.

Ayant une situation financière confortable pendant longtemps, il n’aura alors pas besoin de vendre ses tableaux pour subvenir à ses besoins. Ainsi, il était libre de choisir les thèmes sur lesquels il voulait travailler. Le ballet deviendra notamment un sujet artistique majeur pour lui. En effet, c’était pour lui le sujet parfait pour l’observation des mouvements rapides. Ce monde du spectacle était rempli de contradictions. Beauté des costumes, situation précaire des artistes et haute société pouvant assister à ces spectacles. Autant de contradictions dans les rapports humains et artistiques, pour lesquelles Degas était sensible.

 

Danseuses, 1878

Danseuses, 1878

 

L’École de danse, 1879-1880

L’École de danse, 1879-1880

 

L’abandon forcé

Bien qu’il ait toujours pratiqué le pastel, Degas va privilégier cette technique dès 1880 quand sa vue va vraiment baisser. Il délaissera alors le travail de l’huile qui est trop minutieux. Au pastel, Degas associera parfois l’aquarelle et la gouache.

 

Bain du matin, 1883

Bain du matin, 1883

 

Mais cette maladie des yeux va fortement l’éprouver et il va petit à petit abandonner la peinture pour la sculpture. À la fin des années 1890, il se consacrera presque exclusivement à la sculpture. Art qu’il pratique cela dit depuis plusieurs années déjà. En 1892, Degas exposera 26 paysages ce qui constitue sa seule et unique exposition personnelle.

 

La Petite Danseuse de quatorze ans, 1879-1881

La Petite Danseuse de quatorze ans, 1879-1881

 

La Danse espagnole, 1885-1921

La Danse espagnole, 1885-1921

 

Si son caractère intransigeant et son humour piquant ont fait qu’il était invité un peu partout dans les diners pour qu’il y expose son avis sur différents sujets, c’est aussi ces deux aspects de sa personnalité qui vont jouer contre lui dans l’affaire Dreyfus. Étant membre de la Ligue pour la patrie française (ligue antidreyfusarde modérée), il se brouillera avec certains de ses amis qui défendaient l’innocence du Capitaine Dreyfus (accusé d’espionnage pour l’Allemagne).

 

Malgré les soins qu’il reçoit, sa maladie empire et il cessera toute activité artistique en 1911. Étant déjà assez solitaire et fort en gueule par moment, cette incapacité artistique va accentuer son rejet des autres. Il n’en restera pas moins un artiste extrêmement productif, passant de la peinture (environ 2 000 tableaux) à la sculpture ou brièvement la photo. Comme peintre, il aura eu l’obsession du réalisme, de l’objectivité dans le rendu. En 1912, entre mauvaises affaires familiales et son incapacité à travailler comme avant, il est ruiné. Quand il ne se retranche pas chez lui, au milieu de sa collection d’œuvres, il erre dans les rues de Paris, démoralisé et aigri par cette cécité.
Célibataire endurci, il décède à 83 ans d’un anévrisme cérébral, le 27 septembre 1917.

En 1918, sa collection d’œuvres est vendue aux enchères…

 

  Mon art est certainement le moins spontané de tous.  Il n’est que le résultat de la réflexion et de l’étude des grands maîtres.

 

Bien qu’il fût présenté comme un membre historique de l’impressionnisme, son caractère très indépendant empêche de l’inclure totalement dans un mouvement artistique. Effectivement, comme ses amis impressionnistes, il fut anticonformiste, en recherche de modernité. Mais ses compositions pouvaient être en opposition avec celles de ses amis. À l’instar d’un photographe, il tente de figer un mouvement de manière naturelle. Par son travail d’étude, sa réflexion, il s’oppose alors aux autres impressionnistes qui privilégiaient la spontanéité.

 

Anecdotes sur Edgar Degas

  • L’artiste est né sous le nom de « De Gas », nom qu’il utilisera jusqu’en 1870. En signant « Degas », il ne fait que reprendre le nom d’origine de sa famille. C’est au moment de la Révolution française que son grand-père paternel a décidé de couper son nom en deux.
  • Durant la guerre de 1870-1871, Degas et Manet eurent donc comme supérieur hiérarchique le peintre académique Meissonier. Ce dernier était un farouche adversaire du style de Manet. Degas lui rendit bien en soulignant l’absence de vie et de spontanéité dans toutes les œuvres de Meissonier.
  • Degas perdra un procès après 1881. Ses œuvres n’auraient pas été assez travaillées. Sa vue déclinante a peut-être été la cause de ce travail jugé insatisfaisant.
  • Comme son père et son grand-père, Degas fut un grand collectionneur d’art. Il vivait au milieu de ses tableaux (cinq cents peintures et dessins et plus de cinq mille lithographies).
  • Degas bénéficiait d’une excellente mémoire visuelle. Elle lui permettait de retranscrire dans son atelier les différents sujets qu’il avait observés et qu’il retranscrivait dans une composition picturale personnelle.

La fiche suivante sera consacrée au productif Henri Matisse.

 

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