Quand j’étais enfant, ma mère me disait souvent qu’après 25 ans, le temps passe de plus en plus vite. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire par là : comme si le temps et l’espace allaient être modifiés parce que j’allais vieillir (la blague !). Ce que je ne comprenais pas, c’est que c’est la perception du temps qui allait être modifiée. Et bien sûr elle avait raison (les mamans ont souvent raison, vous n’avez pas remarqué ? 🙂 ), le temps file à vitesse grand V, et la vérité c’est que dans la vie d’adulte on a de moins en moins de temps pour dessiner, mais je n’apprends évidemment rien à certains d’entre vous…

C’est pourquoi la période des vacances est pour la plupart d’entre nous dessinateurs, une occasion de nous détendre et de créer ce qui nous plaît comme bon nous semble. Ce temps précieux qui nous est accordé chaque année doit être apprécié jusqu’à la moindre seconde, mais il est souvent difficile de rester concentré et efficace tout en se reposant.

C’est pourquoi, dans cet article, je vais vous présenter mes exercices de dessin favoris pour m’éclater en dessinant, et dont vous pourrez vous inspirer dans ces moments désagréables de manque d’inspiration : vous savez, ces périodes où l’on a beau être au-dessus de sa feuille avec du temps devant soi, rien de constructif ne sort de son cerveau, et cela met de mauvaise humeur. Ce phénomène donne l’impression de perdre son temps et il n’y a rien de pire pour un artiste.croquis-personnage

 

Conseils généraux sur le dessin de croquis.

Avant de vous parler de mes pratiques favorites, laissez-moi vous rappeler quelques principes et conseils essentiels que j’applique pour équilibrer la balance entre dessin d’imagination, dessin de mémoire et dessin d’observation :

–       Avant de dessiner, je fais toujours un tour dans ma bibliothèque d’images que je me suis construite au fil du temps, et que j’ai stockée sur un gros disque dur. Je fais défiler les images que je m’amuse à analyser, à retourner, et même à déformer parfois pour en améliorer ma compréhension. Ce qui est le plus amusant, c’est que d’un jour à l’autre, on peut observer de nouvelles choses sur une même image, même familière : c’est un phénomène étonnant. Cela me conforte dans l’idée que notre objectivité est en constante fluctuation, au même titre que nos capacités cérébrales et notre inspiration.

Il m’arrive aussi de traîner un peu sur des gros sites d’images comme Deviantart , Flickr et j’en passe, ce qui me permet aussi de découvrir dans la foulée le travail de nouveaux artistes et donc de nouvelles inspirations, tout en préservant ma motivation.

–       Je passe à peu près 50 à 60% de mon temps à dessiner à l’aide de références photos, plus rarement à dessiner d’après modèle vivant (car je suis assez casanier, et j’aime dessiner le postérieur confortablement installé sur ma chaise de bureau J ). Bien sûr, j’essaie de toujours réfléchir à ce que je fais pour comprendre la perspective et les relations entre les formes et les tonalités, afin de préparer le terrain pour le dessin d’imagination.

–       Je passe 40 à 50% de mon temps à dessiner sans référence, c’est-à-dire d’après mon imagination et ma mémoire à long terme. En général, je me suis échauffé avec du dessin d’observation au préalable, afin de réveiller les zones artistiques de mon cerveau et de me dégourdir les doigts, car j’ai tendance à me crisper sur mon crayon les toutes premières minutes.

–       De temps en temps je dessine d’après ma mémoire à court terme. Voilà un bon exercice que j’ai créé pour progresser sur ce point précis : dessiner de mémoire.

–       Je ne passe jamais plus d’une heure sur un croquis. Si je travaille sur un carnet de croquis A5 ou A4, mes dessins ou études ne dépassent pas les 20-30 minutes en moyenne.

Voilà pour mes conseils généraux.
Laissez-moi maintenant vous exposer une liste non exhaustive d’exercices que j’aime pratiquer, et que je vous invite à essayer pour pimenter votre processus de création.

 

Le dessin collaboratif.

Un exercice que l’on peut exécuter à plusieurs ou tout seul (à deux ou trois, c’est quand même plus drôle). Il s’agit en fait d’une collaboration inter-dessinateurs. Un des dessinateurs commence à dessiner pendant 10 à 30 minutes, puis l’autre prend la relève pendant le même laps de temps, et ainsi de suite, jusqu’à ce que tous les dessinateurs s’entendent sur la finalité de la création.

On peut partir avec un thème en tête, en essayant de le respecter jusqu’au bout.
Pour trouver une thématique, rien de plus simple :

  1. –       Attrapez un dictionnaire.
  2. –       Ouvrez une page au hasard.
  3. –       Sortez un mot au hasard.
  4. –       Cherchez des synonymes ou des mots en relation avec ce mot. Vous pouvez vous aider de dictionnaire en ligne.
  5. –       Déterminez une thématique à partir d’un de ces mots. Ce peut être lié à une période déterminée (moyen-âge, enfance, vieillesse…), une activité ou un loisir (la fête, le travail, le sport…), aux rapports humains (amitiés, haine, maternité, altruisme…), aux sentiments (tristesse, joie…), à la nature, à la fiction et à l’imagination (héroïc fantasy, monde futuriste, contes…), à la culture/religion, à la science, à l’art, etc…
  6. Si la thématique que vous rencontrez vous fait dessiner des choses dont vous n’avez pas l’habitude, c’est encore mieux ! rester dans sa zone de confort n’est jamais une bonne chose en tant que créatif qui souhaite évoluer.

Sachez que dessiner à deux simultanément sur une même feuille est très très amusant (je vous conseille de dessiner sur un format A4 grand minimum par contre).
Si vous êtes tout seul, choisissez trois thématiques, comme par exemple : Félin-Amour-Gourmandise. Toutes les 10 minutes, changez de thème tout en dessinant sur la même feuille et ce pendant une heure. Dans la mesure du possible, essayez de lier les dessins entre eux d’une manière ou d’une autre. Vous finirez par obtenir un dessin créatif avec des effets parfois surprenants.

dessin-collaboratif

 

Le croquis en un trait.

Il s’agit d’une technique sympa à réaliser, et qui donne un rythme et une harmonie unique à vos productions. Le défi est de dessiner sans jamais décoller le crayon du papier, ce qui fait que tous les éléments sont reliés entre eux par des traits. Le rendu est unique et ceci permet aussi de dessiner à l’aveugle sans jamais regarder le support, notamment pour les dessins faits d’après modèle.

croquis-en-un-trait

 

« Dessiné c’est gagné » version modifiée.

Pensez à un mot, ou cherchez-en un dans le dictionnaire au hasard. Puis sans dessiner l’objet directement, dessinez tout ce qui vous passe par la tête en relation avec le thème de ce mot, comme si vous vouliez faire deviner ce dernier à un ami. Aidez-vous de Google Images pour ce qui est de la documentation visuelle. Vous pouvez tout réaliser sur la même page et fusionner le tout, ce qui vous donnera une fresque très artistique et dont vous pourrez être fier. Pour les dessinateurs les plus expérimentés, variez entre dessin de mémoire et dessin d’imagination, ce qui ajoutera encore plus de personnalité à votre dessin.

 

« Nous ne sommes qu’ombres et poussières, Maximus».

Sans dessiner aucun contour, dessinez les parties ombrées directement. Commencez par les noirs les plus intenses pour monter vers les gris moyens et les parties plus claires. L’exercice n’est pas évident au premier abord et les proportions risquent d’être altérées par rapport au modèle. Ceci dit, il s’agit d’une excellente pratique d’observation qui a le mérite d’aller à l’essentiel dans le rendu. Avec l’expérience, les résultats peuvent être surprenants, spécialement dans le rendu des volumes.

 

Le  croquis graphique.

Observez un objet ou un sujet pendant une à deux minutes et tentez de le visualiser avec un rendu particulier, par exemple des ombrages traités en hachures ou constitués de multiples formes géométriques, ou bien stylisez certains contours. Puis dessinez au plus proche de ce que vous avez visualisé au tout début. Il s’agit d’un très bon entraînement de projection mentale, indispensable pour le dessin d’imagination et pour améliorer la créativité. L’intérêt de la technique est de partir d’une scène visuelle existante sans devoir tout inventer à partir de zéro. Un maître de ce jeu était Sergio Toppi, qui mixait parfaitement croquis graphique et croquis mixte.
Comme lui, vous pouvez également essayer de dessiner à l’intérieur d’une forme géométrique bien définie, sans jamais sortir des limites (ou rarement). Cela dit, si vous ne réfléchissez pas à une stratégie précise avant de vous lancer, vous aurez peu de chance de succès.

dessin-graphique

 

Le croquis mixte.

Commencez à dessiner d’observation, puis finissez votre dessin d’imagination, ce qui implicitement ajoutera « votre patte » au dessin, tout en gardant un certain niveau de réalisme. La finition peut être l’apport de textures, l’ajout d’éléments inventés, l’humanisation d’objets habituellement statiques et sans vie, le rendu de certaines ombres, ou toutes les fantaisies qui vous passeront par la tête.

dessin de Sergio Toppi
dessin de Sergio Toppi

 

Le croquis d’après mots ou phrases.

Cherchez un groupe de mots ou une phrase dans un de vos livres favoris, ou cherchez une citation sur internet, un bout de poème ou tout groupe de mots qui vous plaît (ou pas), et essayez d’imaginer et d’illustrer une scène en fonction de ces mots. Bien évidemment il s’agit d’une méthode assez avancée, que je ne conseille pas spécialement aux  débutants, car il s’agit déjà d’un travail d’illustration. Cela dit, rien ne vous empêche de vous y essayer même si vous n’avez pas un niveau formidable : « Qui ne tente rien n’a rien ! » 😉
Documentez-vous si besoin, n’ayez surtout pas honte d’aller chercher des photos sur internet, mais utilisez-les à bon escient et ne copiez pas « bêtement », sinon vous ne tirerez pas grand chose de cette expérience.

 

Le croquis en temps chronométré.

Pendant un temps je m’entraînais beaucoup sur des sites comme posemaniacs ou pixelovely.
C’est parfait pour dessiner les personnages en temps chronométré.
Mais pourquoi choisir des temps aussi courts que 30 ou 60 secondes ? La réponse est simple: pour capter l’essence du mouvement du corps humain. Mais cela s’applique également à tous les objets, même statiques. Le facteur temps est un bon moyen de pression pour éviter que vous vous endormiez sur votre dessin et pour vous pousser à aller à l’essentiel. On évite ainsi de dessiner les détails avant les formes globales de sorte à ne pas perdre de temps sur des broutilles.

 

Le croquis à l’aveugle.

Pourquoi ne pas regarder seulement le modèle et non la feuille ? Ça peut être amusant.
Et pour un dessin d’imagination, vous pouvez fermer les yeux. Profitez-en pour imaginer et projeter autant que possible ce que vous allez créer, sans dessiner à l’automatisme.

 

Le croquis simpliste.

Essayez de représenter un objet avec le moins de traits possible. Ceci ne veut pas dire que vous devez aller vite, au contraire, il est beaucoup plus difficile de faire simple que de faire compliqué. 😉
C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles  je préfère les styles simplistes. En général, plus on se rapproche du réalisme, et moins on a de style, SAUF si ce réalisme est une touche ajoutée à une illustration issue de l’imagination.

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Et vous ? quels sont vos exercices de dessin ou vos sujets préférés?

 

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