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Le surréalisme, l’art polymorphe

 

Prémisses

Assez rapidement, le 20e siècle connut des heures sombres. La Première Guerre mondiale éclata, provoquant ainsi la dispersion des artistes. Nombre d’entre eux partageaient les idées du dadaïsme, mouvement intellectuel, artistique et littéraire se caractérisant par une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, esthétiques et politiques.

Durant la première guerre mondiale, André Breton, étudiant en médecine, fut affecté à sa demande en 1916 comme interne en psychiatrie au Centre neuro-psychiatrique militaire de Saint-Dizier. Cette demande fait notamment suite à sa découverte d’un ouvrage de Freud.   Les travaux du psychanalyste qui furent d’une grande importance plus tard pour les surréalistes (notamment ceux sur la liberté d’association, l’analyse de l’inconscient et des rêves).

La guerre terminée, Breton fut profondément marqué par la disparition de Jacques Vaché, un ami rencontré quelques années plus tôt et avec qui il entretenait une forte relation basée sur l’intellect. Alors tous ses regards se tournèrent vers un autre artiste rencontré également auparavant, Tristan Tzara, un des fondateurs de dadaïsme.

 

19 February 1896 – 28 September 1966

19 February 1896 – 28 September 1966

 

Breton partageait alors les idées du dadaïsme puis avec Aragon et Soupault, il inaugura la revue « Littérature ». Tous les 3, ils se lancèrent dans l’expérimentation de l’écriture automatique. C’est-à-dire la rédaction spontanée de leurs pensées, sans la moindre forme de censure, à l’écart de toute règle et de tout contrôle de la raison. Cet acte poétique était alors vécu comme une prise de position sociale, politique et philosophique. Un état d’esprit qui toucha par la suite les arts plastiques ou encore le cinéma et la photographie. Une diffusion qui s’explique par le fait que Breton, leader de ce mouvement naissant, était collectionneur d’art, mais aussi, car différents artistes d’Europe et des États-Unis s’installèrent à Paris, capitale des arts.

Breton et Soupault allèrent plus loin encore dans l’expérimentation de l’automatisme en écrivant en 1919-20 « Les champs magnétiques ». Cet ouvrage, qui fut le fruit des premières applications systématiques de l’écriture automatique, était considéré comme le premier « ouvrage surréaliste » par Breton. Cela leur permit également de recruter davantage d’écrivains et d’artistes. Bien que pluridisciplinaire, le surréalisme est d’abord d’essence littéraire et l’automatisme constitue son moteur. Année 1919 durant laquelle Ernst effectua ses premiers collages, faisant de lui le premier peintre surréaliste, bien qu’il ne rejoignit le groupe qu’en 1922 à son arrivée à Paris. De son côté, Ray se pencha dans un premier temps sur la rayographie (nous verrons cela un peu plus loin).

Dès 1924, Masson et Arp rejoignirent le mouvement, puis ce fut le tour de Mir. Le groupe commença véritablement à prendre de l’ampleur. Masson proposait ses premières applications de l’automatisme à la peinture tandis qu’Ernst exécuta ses premiers « frottages ».

Un an plus tard, la première exposition surréaliste fut organisée dans la galerie Pierre (du prénom de son créateur Pierre Loeb). Se détachant du cubisme, Picasso réalisa ses premières œuvres surréalistes tout comme Magritte et Tanguy. Bien que le nombre d’adhérents augmentait, prouvant ainsi une certaine popularité, ce courant n’avait cela dit pas le même succès auprès des critiques, collectionneurs et marchands qui restaient hostiles à ce genre.

 

Renommée internationale

Les arrivées de Dali et de Giacometti  marquèrent un nouveau chapitre du surréalisme. Cependant, les critiques furent toujours aussi sévères, notamment en 1929  lors de l’exposition de Dali avec sa « méthode paranoïaque-critique » (voir la dernière partie de cette fiche). Cela n’empêcha toujours pas le surréalisme de recruter encore et toujours plus d’artistes (Brauner, Dominguez, Paalen, Oelze, … etc).

Le mouvement se diffusa hors de France, obtenant ainsi une renommée internationale lors d’expositions comme au Danemark, à New York et à Londres (1936), à Tokyo (1937) avant de revenir en France en 1938. D’ailleurs, cette dernière exposition parisienne démontra à quel point le mouvement était devenu international puisque plus de 70 artistes de 14 nationalités différentes furent présents.

La Deuxième Guerre mondiale se profilait à l’horizon et la majorité du groupe surréaliste immigra aux États-Unis, renforçant du même coup la notoriété du courant. Art américain qui fut profondément influencé par le surréalisme et sa technique de l’automatisme. Cette dernière constitue une des bases du travail de l’artiste originaire du Wyoming, Jackson Pollock et de « l’action painting » (apparu à New York dans les années 1950). Pollock en fut justement la figure principale (l’artiste utilisant le dripping qui consiste à projeter de manière contrôlée de la peinture sur une toile posée au sol).

D’autre part, l’intérêt des surréalistes pour le thème de l’objet peut être considéré comme les prémisses du Pop Art (né également dans les années 1950, au Royaume-Uni cette fois-ci).

 

Jackson Pollock en action

Jackson Pollock en action

 

Une influence qui n’alla pas que dans un sens puisque les surréalistes furent aussi marqués par les différentes cultures du continent américain. On peut alors citer Masson qui se pencha sur les mythes indiens ou Ernst qui fut influencé par les paysages locaux.

 

L’après-guerre

La guerre terminée, il fut organisé à Paris l’Exposition internationale du surréalisme. Cela fut l’occasion d’un regroupement des artistes surréalistes séparés par la guerre. Breton poursuivit d’ailleurs son action fédératrice, mais sans arriver à insuffler au mouvement la même vitalité des années passées.

De plus, cette notoriété internationale poussa les premiers membres à se détacher du groupe vis-à-vis de l’activité collective.

D’un côté, des ruptures et exclusions. Et de l’autre, de nouvelles adhésions, plus nombreuses d’ailleurs et sans interruption. Des rapprochements se firent même avec des artistes appartenant à d’autres mouvements, comme avec certains abstraits. La composition du groupe se modifia encore et les surréalistes virent arriver dans leur rang des artistes comme Toyen, Molinier… etc.

De son vivant, le meneur Breton vit encore deux autres Expositions internationales du surréalisme (en 1959 et en 1965). Breton décède en 1966, ce que n’empêcha pas l’émergence de nouveaux peintres surréalistes. En effet, le mouvement continua d’exercer une réelle influence sur différents mouvements littéraires et artistiques (comme le Pop art que nous évoquions plus haut, les automatistes canadiens et les nouveaux réalistes).

Le 4 octobre 1969, Jean Schuster, écrivain et cadre important du surréalisme d’après-guerre, prit une importante décision concernant le mouvement. Il annonça, par voie de presse, la dissolution du groupe et donc la mort du courant surréaliste.

 

Les principes majeurs du surréalisme

  • Thèmes préférentiels : l’amour et le désir, la folie, les songes, la femme et le hasard
  • Remise en question des principes et entretien d’une certaine révolte : les guerres ayant provoquées un profond traumatisme, les membres du surréalisme rejettent les conventions sociales et l’ordre établi. L’art est alors recouvert d’une dimension politique, ayant pour but de changer la vie (certains membres furent membres du parti communiste). Breton reprenant les déclarations de Marx et de Rimbaud. Le premier souhaitant « transformer le monde » et le second « changer la vie ». Deux volontés qui n’en faisaient qu’une seule pour Breton.
  • Libérer l’Homme et l’art du contrôle de la raison : considérant que les morales sociales et l’académisme sont trop oppressants car bloquants la force créatrice de la population, les surréalistes veulent offrir plus de liberté à l’Homme. Cette volonté de libération venant en premier lieu des écrivains. En pratiquant l’écriture automatique, ces derniers voulaient s’affranchir de la contrainte « sens » dans leurs textes. Pour aider l’inconscient à s’exprimer plus librement, ils s’adonnaient également au compte rendu des rêves, au « cadavre exquis » ou encore à l’hypnose.

André Breton définissait donc ainsi le surréalisme : « automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée ». Il s’agit donc d’une véritable « dictée de la pensée », composée « en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique et morale ».

Dans les arts plastiques, le surréalisme prolongea donc la tradition picturale dans laquelle ont une part importante le fantastique, le symbolique, la rêverie, le mythe… etc.

 

Quelques techniques surréalistes

  • Le dessin automatique : variante de l’écriture automatique, cette technique fut développée par Masson et pratiquée par Miro, Dalí, Arp ou encore Ernst. Picasso utilisa aussi la technique dans les années 60. Ayant les yeux masqués, l’artiste dessine librement, simplement guidé par sa pensée. Les yeux ouverts, il voit alors l’ébauche d’une forme qu’il finalisera en la complétant et en y appliquant de la couleur. Cette méthode s’inspire de la psychanalyse.

 

Dessin automatique, André Masson, 1923

Dessin automatique, André Masson, 1923

 

  • Le cadavre exquis : en littérature comme en dessin, cette technique consiste à créer en groupe. Sur une feuille, chacun des artistes écrit une phrase ou dessine quelque chose qu’il dissimule en partie à la personne suivante en repliant le papier. Une fois que tous les participants ont joué le jeu, on obtenait une histoire ou une image insolite formée d’éléments disparates. On doit le nom de cette méthode à la première phrase réalisée de cette façon : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau. »

 

Cadavre exquis, André Breton, Jacqueline Lamba, Yves Tanguy, 1938

Cadavre exquis, André Breton, Jacqueline Lamba, Yves Tanguy, 1938

 

  • Le frottage : cette technique permet de transférer la texture d’un matériau sur une feuille de papier. Il s’agit de l’équivalent pictural de l’écriture automatique. Le frottage fut découvert en 1925 par Max Ernst. Alors qu’il séjournait en Bretagne, son regard fut attiré par le plancher usé de l’auberge éveillant alors en lui toutes sortes d’associations. Il décida alors de relever l’empreinte de cette matière en frottant à la mine de plomb un papier posé sur les lattes de bois. Par la suite, il étendit ce procédé à d’autres textures et publia son premier recueil de frottages, « Histoire naturelle », en 1926. Il poursuivit les recherches en utilisant la peinture à l’huile. Le frottage faisant apparaître des formes plus ou moins imaginaires.

 

« Forêt et soleil », Max Ernst, 1931

« Forêt et soleil », Max Ernst, 1931

 

  • La décalcomanie : en 1936, Oscar Dominguez fut le premier à utiliser cette technique dont le but est de créer des formes non préconçues. Pour cela, on étend de la peinture sur une feuille de papier, elle-même appliquée sur une deuxième. Procédure que l’on peut répéter plusieurs fois avant que la peinture de sèche complètement. Ainsi, on obtient des formes que l’artiste interprète en fonction de son imagination. Max Ernst appliqua ce principe de la décalcomanie à la peinture à l’huile.

 

« Lion-bicyclette », Oscar Dominguez, 1937

« Lion-bicyclette », Oscar Dominguez, 1937

 

  • L’assemblage ou objet surréaliste : le but est d’obtenir des structures tridimensionnelles à partir de matériaux divers et de base non artistiques. Ainsi, l’artiste n’utilise pas uniquement des éléments tridimensionnels, mais peut avoir recours à des images et des textes. On parle alors d’éléments bidimensionnels. Le surréalisme ne fut pas le seul mouvement à utiliser cette technique ; dadaïsme, futurisme ou encore le cubisme firent de même. Les surréalistes attendaient du nouvel objet qu’il provoque une réaction affective, ou pour Dali, « une émotion sexuelle particulière ». Alberto Giacometti, Salvador Dali, Joan Miró, André Breton, Oscar Dominguez ou encore Man Ray furent les artistes utilisant cette technique les plus reconnus.

 

Alberto Giacometti, Boule suspendue, 1930-1931

Alberto Giacometti, Boule suspendue, 1930-1931

 

  • Le collage : Ernst réalisa dès 1919 une première série de travaux en y intégrant des éléments de différentes natures et obtenant ainsi des juxtapositions inattendues. Dix ans plus tard, il entame la composition de créations visuelles et littéraires dans lesquelles il associa images tirées de catalogues et d’épreuves d’imprimerie du 19e siècle. Il les appela « les collages-novels ». Les collages de style surréaliste voulaient proposer de nouvelles associations visuelles et poétiques, contrairement aux collages cubiques plus orientés vers la recherche plastique. Les collages surréalistes étaient également loin des messages politiques et revendicatifs du dadaïsme à travers leurs photomontages.

 

Max Ernst, collage tiré de « Une semaine de bonté. La cour du dragon 7 », 1933

Max Ernst, collage tiré de « Une semaine de bonté. La cour du dragon 7 », 1933

 

  • Le photogramme ou la rayographie : « inventé » par Man Ray en 1922, il s’agit d’une photographie obtenue sans appareil photo. Comment ? En appliquant un objet directement sur la surface d’un matériau dit « photosensible » comme une feuille de papier photo exposée ensuite à la lumière. Les artistes obtenaient alors une image en négatif de l’objet et dont le résultat variait selon le niveau de transparence de l’objet en question. Mais est-ce vraiment Man Ray qui a inventé ce procédé ? Difficile d’être catégorique. En effet, dès 1919, l’artiste allemand Schad avait créé des « schadographies » qui utilisaient la même technique. Ray affirma n’avoir jamais eu connaissance du travail de l’allemand bien qu’ils logeaient dans le même hôtel et qu’ils connaissaient tous les deux Tristan Tzara. Ce dernier avait publié le travail de Schad et avait rendu visite peu après à Man Ray. Quoi qu’il en soit, Ray et Schad utilisaient un processus qui était parmi les plus anciens dans l’histoire de la photographie. William Henry Fox Talbot s’en servant déjà bien avant leur naissance.

 

2e rayographie, Les Champs Délicieux, Man Ray, 1922

2e rayographie, Les Champs Délicieux, Man Ray, 1922

 

  • Le fumage : Paalen inventa ce procédé en 1937. Le trait du dessin est alors réalisé en baladant la flamme d’une bougie « sur » une feuille de papier. Paalen testa cette technique avec la peinture à l’huile. Le fumage inspira plus tard le français Yves Klein avec ses peintures de feu.

 

Fumage de Paalen, 1937

Fumage de Paalen, 1937

 

  • Le grattage : extension du frottage, cette technique fut inventée également par Ernst en 1927. Cette technique utilise une lame de rasoir afin de gratter les couches superposées de peinture de différentes couleurs. Surgissent ainsi des formes à la transparence et aux teintes variées.

 

« El Lago », Esteban Frances, 1938

« El Lago », Esteban Frances, 1938

 

 

  • La méthode « paranoïaque-critique » : De son côté, Salvador Dali, qui était aussi passionné par la psychanalyse de Freud, tenta de retranscrire ses propres fantasmes selon sa méthode « paranoïaque-critique ». L’artiste la définit comme « une méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes »

En somme, cette méthode se baserait sur l’analyse de sa propre paranoïa, sur le contrôle de ses obsessions et de ses hallucinations. Afin d’en avoir une utilisation artistique et créative.

 

Doté d’une personnalité complexe, sensible aux changements de son époque et sachant s’imprégner de son environnement, Dali était un artiste très émotif avec une enfance assez « unique ». En effet, rappelons qu’il fut particulièrement marqué par un frère aîné prénommé lui aussi Salvador, mais décédé 9 mois avec la naissance de l’artiste. Ce dernier reçut donc le même prénom que son frère disparu et on lui fit comprendre à 5 ans qu’il était en réalité « la réincarnation de son frère ». Un épisode qui le fit dire plus tard : « Je naquis double. Mon frère, premier essai de moi-même… ».

 

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