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Nicolas Poussin, le romain d’adoption

 

15 juin 1594 – 19 novembre 1665
Autoportrait de 1649

 

Une jeunesse floue

Nicolas Poussin est né en juin 1594 (le 15 du mois selon certains) à Villers en Normandie. Il est le fils de Jean Poussin,  issu d’une famille de notaires de Soissons, et de Marie de Laisement, fille d’un échevin. On ne sait qu’assez peu de choses sur la jeunesse de Nicolas Poussin et malheureusement, dates et anecdotes sont sujettes à caution.

Son père envoya Nicolas étudier au collège des Jésuites à Rouen où il apprit le latin. Il fit des études classiques. Bien qu’appliqué, Nicolas passait aussi beaucoup de temps à décorer de dessins ses livres et cahiers, au grand dam de ses parents. Vers 1610, il fit son retour au domicile familial et peu après, il rencontra un peintre qui serait resté inconnu si Poussin n’avait pas eu cette carrière artistique. Ce peintre se nomme Quentin Varin; il était de passage dans la région pour satisfaire une commande et aurait vu en Nicolas Poussin un futur grand artiste. Ainsi, il fut son premier maître et sut convaincre les parents de Poussin de le laisser suivre une carrière d’artiste.

En 1612, Nicolas Poussin quitta le foyer familial (sans autorisation ?) et s’installa à Paris sans ressources. Là-bas, il aurait reçu un peu d’aide d’un mécène encore inconnu à ce jour et put prendre des leçons de peinture avec le portraitiste Ferdinand. Nicolas travailla ensuite à l’atelier de Georges Lallemant. Encore une fois, on manque d’informations pour définir la teneur de son apprentissage mais il semblerait que Poussin ait étudié notamment les compositions gravées d’après Raphaël ainsi que les décors de l’école de Fontainebleau. Malheureusement, après un voyage dans le Poitou chez son mécène en 1614, les relations avec celui-ci se dégradèrent irrémédiablement et Poussin rentra comme il put sur Paris pour connaître alors des soucis de santé et la misère. Ainsi, il retourna chez ses parents afin de se soigner mais cette période de maladie le fragilisa physiquement pour le reste de son existence.

Il était obnubilé par l’envie d’aller en Italie et notamment à Rome, on sait que la “cène” de Frans Pourbus marqua profondément le jeune Nicolas Poussin. En 1618, il essaya d’ailleurs une première fois de partir pour Rome mais ne put aller plus loin que Florence. Poussin travailla ensuite pendant un temps à Lyon afin de financer un autre voyage à Rome mais il essuya un nouvel échec en 1619 puis il rentra à Paris.

À l’occasion de la canonisation des saints Ignace et François-Xavier, Poussin reçut une commande des Jésuites en 1622. Il s’agissait de 6 grandes toiles qui aujourd’hui ont disparu. Néanmoins, cela constitua un succès certain et Nicolas put compter sur d’autres commandes. Il se fit aussi remarquer par Giambattista Marino, mieux connu en France sous le nom de Cavalier Marin, le plus grand poète italien de son temps. L’homme de lettres lui proposa un hébergement et commanda plusieurs réalisations. D’autres travaux prestigieux lui furent aussi confiés comme la décoration du palais du Luxembourg (où siège aujourd’hui le Sénat français).

Lorsque Giambattista Marino rentra à Rome en 1623, Poussin vit son obsession le reprendre et moins d’un an après, il put enfin quitter la France pour s’installer en Italie. En regardant l’ensemble de l’œuvre de Poussin, certains critiques et spécialistes de l’artiste eurent des désaccords sur les talents du français lors de son arrivée à Rome. Poussin était-il déjà un artiste confirmé lorsqu’il posa ses pinceaux en Italie ou est-ce là-bas que le peintre est véritablement “né”? Dans les faits, rien n’est vraiment si simple. Poussin était déjà un artiste accompli lors de son arrivée à Rome mais oui, le français doit beaucoup à l’art Italien.

 

“La Mort de la Vierge”, Nicolas Poussin, 1623

Vie romaine

Le peu de renseignements dont nous disposons sur la vie de Poussin avant 1624 provient uniquement  des écrits de ses premiers biographes à savoir Bellori, Félibien, Mancini, Passeri et Sandrart. Eux-mêmes n’avaient connaissance que du peu d’informations que Poussin voulut bien leur donner. À partir de 1624, Nicolas Poussin s’installa définitivement à Rome et les éléments biographiques se firent “un peu plus précis”.

Dans un premier temps, Poussin aurait fréquenté le cercle d’artistes français (dont faisait partie son futur détracteur Simon Vouet) puis son ami poète lui présenta le cardinal Francesco Barberini et le collectionneur d’art Cassiano dal Pozzo. Avec ces nouvelles rencontres, Poussin disposait alors d’un bon réseau pour évoluer dans la ville aux sept collines. Malheureusement, le Cavalier Marin décéda peu après à Naples et le cardinal Francesco Barberini partit pour l’Espagne accompagné de Cassiano dal Pozzo. Poussin se retrouva alors orphelin de ses meilleurs protecteurs et ses débuts italiens furent des plus douloureux face à une concurrence féroce. Sans compter sa santé qui restait toujours aussi fragile.

Ses œuvres se vendaient péniblement et n’ayant que peu de ressources, il devait partager son logement avec le sculpteur Duquesnoy. Cependant,  il resta ardent au travail, étudiant la géométrie et la perspective mais aussi l’anatomie avec le chirurgien Nicolas Larche lors de dissections. Sa cohabitation avec Duquesnoy lui permit également de se perfectionner dans l’art du modelage

Ce n’est que 3 ans plus tard, en 1627, que Poussin commença à s’imposer face à la concurrence avec la commande passée par le cardinal Francesco Barberini; le tableau “La Mort de Germanicus” fut un grand succès pour Poussin et rapidement on lui confia une autre commande pour la basilique Saint-Pierre, “Le Martyre de saint Erasme”. Poussin était alors dans une période de création intensive, peignant principalement des scènes mythologiques et s’inspirant des œuvres vénitiennes qu’il avait pu voir en venant à Rome. Poussin travailla aussi pour la cour d’Espagne, probablement grâce au cardinal Barberini.

 

“La Mort de Germanicus”, Nicolas Poussin, 1627

 

Si la réussite artistique et professionnelle fut au rendez-vous (les commandes étant toujours nombreuses), elle le fut aussi sur un plan plus personnel lorsqu’en septembre 1630 il épousa Anne-Marie Dughet. Il avait rencontré sa femme lorsqu’à la fin des années 1620, il était tombé malade. Un artisan pâtissier français, Jean Dughet, hébergea alors le peintre et ce dernier put ainsi sortir de la misère qu’il connaissait encore. Nicolas et sa femme n’eurent pas d’enfants mais ils s’occupèrent des frères d’Anne-Marie dont Gaspard Dughet, aussi connu sous le nom de Gaspard Poussin. Ce dernier fut formé par son beau-frère avant d’être reconnu parmi les plus grands peintres paysagistes de son siècle.

C’est à partir de cette période que Poussin commença à être admiré par des amateurs d’importance comme  le collectionneur Cassiano dal Pozzo que nous citions plus haut et pour qui il réalisa la série des “7 Sacrements” entre 1637 et 1640, le futur pape Gian Maria Roscioli ou encore  le cardinal de Richelieu qui lui commanda les trois “Bacchanales dites Richelieu”. Le militaire et ambassadeur Charles II de Créquy, contribua également à accroître la renommée du peintre dans son pays d’origine.

Le principal mécène français de Poussin, Paul Fréart de Chantelou, lui commanda aussi en 1637 “La Manne”. L’œuvre fut ensuite acquise par le marquis Nicolas Fouquet. Nicolas Poussin privilégia alors les commandes de mécènes particuliers plutôt que les commandes d’établissements religieux.

 

“La Manne”, Nicolas Poussin, 1637

 

En 1640, Poussin arriva à Paris, le Roi Louix XIII souhaitant vivement le rencontrer. L’artiste fut alors surchargé de commandes du Roi ou encore de Richelieu. Mais ce voyage à Paris n’enchantait guère Poussin. S’il finit par accepter d’y aller, il repoussa sans cesse la date du séjour. Cela étant dit, il fit la connaissance du Cardinal de Richelieu et du roi Louis XIII et en plus il retrouva son ami Philippe de Champaigne et rencontra Eustache Le Sueur, qui allait devenir son élève. Mais ce voyage ne fit pas que des heureux, il suscita une importante jalousie du peintre Simon Vouet, également peintre du Roi. En effet, Poussin fut nommé premier peintre du Roi et obtint la supervision générale de tous les ouvrages de peinture et des ornements des maisons royales. De plus, Poussin fit part de son mécontentement vis-à-vis des travaux d’architecture de Le Mercier, un associé de Vouet.

Vouet et Le Mercier commencèrent à dénigrer violemment Poussin et ces bruits finirent par remonter jusqu’aux oreilles du Roi qui convoqua son “premier peintre” pour avoir des explications. Ces tensions inspirèrent à l’artiste les œuvres « Le temps emportant la vérité pour la soustraire à l’Envie et à la Calomnie » et « Le triomphe de la vérité ».

Mais lassé de cette atmosphère de défiance, il décida de repartir pour Rome fin 1641. Il fut d’autant plus libéré des engagements qui le liaient à Louis XIII et Richelieu avec leurs morts successives. Cela dit, Poussin fut de nouveau sollicité par l’Etat Français et accepta de nouvelles commandes mais à condition de travailler à distance. Ses travaux furent envoyés par courrier et Poussin put rester à Rome. Les commandes françaises et italiennes continuaient à arriver, avec notamment le projet de réalisation de la seconde série des “Sacrements”. Le Romain d’adoption préférait prendre son temps dans son travail de création d’autant plus qu’il pouvait maintenant choisir librement ses clients et le sujet des tableaux qu’il leur destinait.

 

“Le temps emportant la vérité pour la soustraire à l’Envie et à la Calomnie”,
Nicolas Poussin, 1641

 

Ce fut sa période la plus productive, durant laquelle il privilégia dans les thèmes religieux, le Nouveau Testament et les sujets fondamentaux des Évangiles. Puis vers l’année 1640, sa production se fit moins importante.

 

Fin de vie et postérité

À partir de 1650, sa santé se fragilisa un peu plus et ses mains commencèrent à trembler. En 1657, Poussin fut fortement marqué par la mort de Cassiano dal Pozzo, son mécène le plus dévoué.

Devenu extrêmement riche, il continua à mener une vie très simple, conseillant et protégeant les jeunes peintres qui venaient le consulter. Le décès de son épouse l’affecta aussi profondément. Sentant probablement la fin assez proche, il rédigea son testament en faveur de ses neveux. Il décéda à Rome le 19 novembre 1665 et fut enterré dans l’église de San Lorenzo à Lucina. Il n’eut pas d’enfant biologique, mais adopta Gaspard Dughet.

Bien qu’il ait eu peu d’élèves, sa renommée fut immense de son vivant. Après son décès, plusieurs écrivains se lancèrent dans la rédaction de sa biographie. Pour l’Académie royale, Poussin devint même la référence à suivre, ce qui fit du même coup grimper sa cote en flèche. Aux siècles suivants, les œuvres de Poussin quittèrent son pays d’adoption mais sa cote resta toujours aussi élevée en France ou dans le reste de l’Europe. En effet, ses peintures furent intégrées à d’autres collections prestigieuses à travers le continent. Un succès si grand que de nombreux faux firent aussi leur apparition.

Delacroix, Cézanne ou encore Moreau comptèrent parmi les artistes étudiant et copiant ses œuvres. Jusqu’à la fin du 19e siècle, Poussin fut présenté comme le symbole du génie artistique à la française. Cela dit, il fallut attendre 1939 pour qu’un véritable catalogue raisonné soit rédigé par le biais de l’historien d’art allemand Otto Grautoff.

Durant une partie du 20e siècle, son travail attira les collectionneurs et musées américains qui achetèrent plusieurs de ses œuvres. Des millions de dollars y furent consacrés. Durant le 21e siècle, l’Europe s’activa aussi et le Louvre s’associa au musée des beaux-arts de Lyon et à de nombreux mécènes pour acquérir “La fuite en Egypte”. En tout, 17 millions d’euros furent collectés pour acheter l’œuvre.

Si un certain mystère entoure la vie de l’artiste compte tenu de sa  discrétion, il en est de même en ce qui concerne  ses œuvres. Aujourd’hui encore, les historiens ne sont toujours pas du même avis sur le nombre d’œuvres réalisées par Poussin. Entre 224 et 260 tableaux lui sont attribués. Certaines œuvres ont été redécouvertes avec le temps alors qu’elles étaient considérées comme perdues tandis que pour d’autres, le doute subsiste toujours sur leur paternité. Il en va de même pour ses 400 dessins. Grâce à ses illustrations des épisodes les plus rares du mythe gréco-romain ou de la Bible, il est toujours considéré comme un des acteurs majeurs du classicisme français.

 

“La Fuite en Egypte”, Nicolas Poussin, 1657

 

 

Francisco de Goya, le peintre de l’aristocratie sera notre prochain rendez-vous.

 

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