J’ai eu la chance de visiter mes parents pour les fêtes de Noël et ô joie, ma gentille mère a eu l’idée de ressortir quelques vieux dessins dont je ne suis pas spécialement fier, mais bon, on a tous commencé quelque part!

J’avais déjà partagé quelques vieilles créations dans certains articles de mon blog, mais je n’avais jamais pris le temps de dresser le tableau général de mon avancée, de mes débuts à aujourd’hui.
Voici encore une preuve que le talent inné est une légende!

Aujourd’hui je dévoile plus en détail comment j’ai commencé à apprendre à dessiner, et comment je suis parvenu à un niveau honorable.
Même si l’aventure est loin d’être terminée,il est toujours intéressant de regarder un peu en arrière, pour se rendre compte du chemin parcouru et surtout, pour savoir comment on en est arrivé là!

Comment évaluer ses progrès au cours du temps?

Si vous me lisez depuis longtemps, vous êtes bien conscients du fossé qui existe entre les dessins d’observation et les dessins d’imagination.
En effet, certains dessinateurs expérimentés peuvent dessiner parfaitement en copiant des photos, mais quand il s’agit de dessiner de mémoire ou par projection mentale, c’est bien plus difficile.

Pour ma part, je n’ai jamais eu trop de mal à trouver des idées, mais quant à les matérialiser dans ma tête avant de les dessiner sur papier, ça a été une autre histoire.
Le dessin d’imagination en 3 dimensions est venu progressivement au fil des années, à force de tourner les objets virtuellement dans ma tête.
Et la compréhension de la perspective a beaucoup aidé à améliorer les choses.
C’est d’ailleurs cette même perspective qui décourage autant les débutants et amateurs, même expérimentés.

Il faut comprendre que travailler sa mémoire (créer sa bibliothèque interne) est aussi important, voire plus, que de savoir dessiner d’observation.
Il est important de travailler les deux, si l’on souhaite, à terme, être capable de créer ses propres illustrations.

Le rapport dessin d’observation/ dessin d’imagination varie en fonction des objectifs d’un dessinateur.

Nous avons tous commencé par imiter et copier les autres, mais le meilleur moyen de s’évaluer dans le temps, est de comparer nos dessins d’imagination d’année en année.
Nous pouvons garder aussi un oeil sur nos études d’observation, mais ce ne sera jamais aussi révélateur que nos dessins d’inspiration ou d’imagination.

Un départ des plus classiques
Ce n’est pas vraiment une surprise, mais j’ai réalisé mes premiers dessins comme une grande majorité d’entre vous: en maternelle!

Avais-je des prédispositions? absolument pas.

Voici ce que je produisais à l’époque:

Pas de quoi le crier sur les toits, hein?

en plus j’ai choisi les plus beaux dessins, parce que les autres étaient plutôt informes et incompréhensibles.

Avant de rentrer au cours préparatoire j’étais capable de cela:

Un peu de couleurs dans ce monde de brutes 😉
Mais bon, pas de quoi m’embaucher à Disney non plus..
En même temps, je n’étais pas encore capable d’écrire une lettre de motivation, alors veuillez m’excuser 😉

Une motivation fraternelle

C’est vers l’âge de 13 ans ans que j’ai commencé à montrer un peu plus d’intérêt pour le dessin.

Mon grand frère (2 ans ½ de plus que moi) montrait à cette époque des prédispositions de dessinateur que je n’avais pas. Il pouvait dessiner des personnages en perspective de manière très logique. Il s’inspirait évidemment de personnages existants, comme goldorak et j’en passe, mais son habileté à dessiner dans l’espace et à donner l’illusion de profondeur était bluffante.

Cela m’énervait beaucoup et en même temps, ça me fascinait, car je n’avais jamais rien vu de pareil se dérouler sous mes yeux (pas d’internet à l’époque).
Il a même réussi à me vendre l’un de ses meilleurs carnets pour 50 francs! j’y ai passé tout mon argent de poche! haha, il n’en perdait pas une, l’animal! ;D
Bon, il faut dire aussi qu’il y avait glissé toutes ses meilleures images d’albums “Paninis” de l’époque.
ça

C’était très challengeant de se sentir aussi peu avantagé et je crois que le goût de la compétition m’est venu directement de ce constat: j’étais peut-être moins bon mais je sentais au fond de moi, que je pouvais faire mieux, à force de travail et de patience.

De là sont nées plus de 350 planches de ma BD “Super Histoires”, relatant la vie de deux malfrats idiots mais au grand coeur, Tom et John!
J’ai produit cette BD entre mes 13 et mes 17 ans.

L’histoire a eu tellement de succès dans mon cercle d’amis, que les dessins ont circulé de mains en mains jusqu’au jour où le dossier a été perdu.
Ce fut tellement triste! j’ai mis quelques années à faire le deuil de cette Bande dessinée, mais elle a marqué le début de mon envie de partager et de ma passion pour les arts visuels.

Un premier mentor trouvé au lycée

Bruno a été le premier artiste incroyablement doué à croiser ma route. Et c’est à l’âge de 16 ans que je reçus ma première vraie claque artistique.
Moi qui avais l’habitude de beaucoup copier de mangas, comme dragon ball à l’époque, il a été le premier à me faire comprendre que copier n’était pas la solution à long terme et encore moins de copier des mangas, à l’apparence très simple. Il a pu me connecter un peu plus au monde de la BD franco-belge.

Voilà un de ses dessins d’imagination de créature, réalisé à l’âge de 17 ans.

Sans parler des planches BD magistrales qu’il imaginait et produisait régulièrement… Malheureusement, je n’ai jamais pu récupérer une de ses planches de l’époque.
Je sais que cet énergumène solitaire a ensuite suivi des études à l’école Émile Cohl à Lyon,

et a fini par abandonner le dessin progressivement dans sa vie professionnelle!
Je crois qu’il a préféré une vie pépère de graphiste la journée et de jeux vidéos la nuit.

Lorsque j’ai appris cela, je me suis senti tout drôle: car qui d’autre que Bruno était le mieux placé pour devenir un professionnel du dessin? quel talent gâché! Mais comme je le dis souvent, seuls les plus endurants et les plus adaptables survivent dans les “métiers passion”! A long terme, les prédispositions sont loin d’être aussi importantes que la motivation!

À l’âge de 18 ans, me rendant compte que je stagnais sans trop savoir pourquoi, j’ai eu un gros coup de démotivation et mon entrée dans les études supérieures n’a pas arrangé les choses.
Entre 18 et 25 ans, je n’ai que très peu dessiné, mais heureusement j’ai eu la bonne idée de conserver certains dessins, pour votre plus grand plaisir!

Ma passion pour la bande dessinée
Cette passion pour la BD a continué après le lycée et j’ai vite compris que mes séries animées préférées étaient issues du manga papier. C’était le début de l’internet grand public et l’information commençait à circuler par ce biais.

À l’âge de 18 ans, j’ai pu goûter à mes premiers Comics. Bizarrement, cette passion pour les comics et les super-héros a été relativement courte. Mais certains dessinateurs, comme Joe Madureira, Marc Silvestri ou même Michael Turner ont éveillé mon goût pour les dessins encrés soignés et les personnages stylisés.

C’est de là qu’est née ma seconde BD: “the ultimate one”, l’histoire d’un collégien nommé Preal qui se voit doté de pouvoirs divins, sans même le savoir.
Cette BD ne compte qu’une vingtaine de planches réalisées sur une période de 3 ans (18-21 ans), mais chaque planche a représenté un véritable défi, car ne connaissant pas la perspective, j’ai dû me documenter énormément pour le choix des plans, et il m’était, au début, impossible de dessiner un visage de ¾.
Voici une des premières planches. On peut constater que presque tous les visages sont soit de face, soit de profil, que les mains sont pour la plupart cachées et que la perspective est quasi-inexistante.

On peut constater l’évolution de ma technique, en comparant cette planche avec l’une de mes dernières (la plus réussie à mon avis, mais qui m’a pris des heures! j’étais au max de mes capacités, du haut de mes 21 ans).

Toujours pas de perspective ni de décor, mais mes personnages, bien qu’anatomiquement incorrects, ont bien évolué dans leur style et dans leur dynamique. On peut voir aussi que j’étais plus à l’aise avec le dessin des mains, ou en tout cas que j’avais moins peur de me tromper car à 18 ans, j’avais la mauvaise habitude de laisser les mains dans les poches, comme sur ce dessin:
Et évidemment, tous les visages ont été faits de face et de profil. Classique 😉
(Oui, ce dessin a été créé en cours! c’est pôôô bien!)

C’est à cette époque aussi que je me suis essayé à mes premiers portraits réalistes.
Voici l’un de mes premiers portraits! (on ne se moque pas!)

J’essayais le fusain pour la première fois et c’était plutôt catastrophique…
J’étais bien plus à l’aise avec la copie bête et méchante de dessin de manga comme dragon ball.

Et bizarrement, à 20 ans mon niveau de dessin d’imagination était supérieur à celui d’observation, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, malheureusement.

Ceci est un de mes premiers dessins d’imagination de visage détaillé, de ¾:

On sent que je suis déjà plus à l’aise avec le placement du nez et des yeux.
C’est assez étonnant de me dire qu’à cette époque, je dessinais relativement peu et j’ai pourtant appris à force d’observer. Avec des études supérieures très prenantes, il m’était difficile de pratiquer régulièrement et ma motivation était aussi imprévisible qu’un animal sauvage sur l’autoroute.

Un duo ultra-motivant
Après deux classes redoublées au lycée, j’ai eu la chance de passer ma dernière année de lycée dans un établissement privé car j’étais devenu un cancre et je passais mon temps à faire du sport et à procrastiner.
J’en avais fait la demande à ma mère à l’époque, malgré le coût non négligeable d’une année avec la crème des lycéens de ma ville.

C’est à l’âge de 19 ans que j’ai connu Arnaud (aka Nono), un pur geek branché manga, jeu vidéo et coca cola.
Ce furent les années les plus cools et créatives de mon existence, malgré que j’ignorais toujours les bases du dessin et que je n’étais pas productif du tout.

Mais nos projets communs, dont 3 jeux vidéos et deux projets de bande dessinée, nous ont permis de nous motiver en équipe et c’était absolument génial de se sentir faire partie d’un groupe créatif, même si on passait la plupart du temps à jouer aux jeux vidéos et à regarder des mangas sur son vidéo-projecteur.
Voici un aperçu de notre premier jeu vidéo, Darkrising.

Et un aperçu des premiers characters design que je dessinais à 23 ans:

Les études supérieures et mon addiction aux jeux vidéos

Ma motivation avait ses hauts et ses bas, mais la préparation aux concours d’entrée dans les écoles de kinésithérapie me prenait toute mon énergie.

Au bout de 2 ans de prépa (20-21 ans), je réussis enfin à être accepté en école de masso-kinésithérapie.

Sur le coup, j’étais soulagé de montrer à mes parents qu’il n’avaient pas dépensé leur argent pour rien et je me sentais privilégié de pouvoir accéder à une école publique après tant de sacrifices: des heures et des heures à étudier sans fin, un concours difficile et 4600 participants pour seulement 25 places. Être sélectionné a été une vraie délivrance mais ce soulagement n’aura pas duré bien longtemps.

Une fois rentré dans mon école, je sentis que je n’y étais pas vraiment à ma place. On me demandait de recracher des connaissances inutiles aux examens, comme je l’avais fait au lycée.
Comme je n’y trouvais aucune motivation, je me suis réfugié dans les jeux vidéos en ligne et j’ai pris encore 2 ans de retard.
J’ai donc été diplômé à 25 ans et c’est à cet âge-là que j’ai ouvert mon premier livre sur la perspective (enfin!).
C’est quelque chose que je ne referai jamais, mais je suis content de m’être surpassé. Ce fut une bonne sensation d’accomplissement.

La perspective a débloqué mes limitations progressivement, même si je ne comprenais pas forcément tout du premier coup. J’ai mis 5 ans environ (25-30 ans) pour maîtriser à peu près la perspective.
Un blog comme le mien m’aurait aidé, c’est sûr! tant pis pour moi. 😉

A 26 ans, je redécouvrais le plaisir de créer et j’explorais mes nouvelles connaissances.
C’est aussi cette année-là que je découvris le digital painting et le travail sur tablette.
Les premiers essais étaient vraiment très peu concluants, mais j’essayais d’intégrer les connaissances théoriques au fur et à mesure que je les apprenais.

Mes dessins au crayon s’avéraient bien meilleurs et ma pauvre connaissance sur la lumière, sur les couleurs et sur les matériaux me limita énormément les premières années.

À 27 ans je gagnai un concours grâce à la colorisation d’un dessin de Stéphane Bileau, auteur de BD aux éditions soleil. Ce fut une belle expérience; gagner un concours de colorisation quand on est daltonien, ça rassure!

À 28 ans, je commençais à intégrer un peu plus la lumière et la perspective (toujours basique) dans mes speedpaintings, comme dans celui-là:

Le plus difficile pour moi a été de réapprendre à travailler sans la ligne, de travailler par masse. Je me suis vite aperçu que cette façon de travailler appauvrissait mes designs.

Malgré mes grosses journées au cabinet de kinésithérapie (28 ans), je réussissais à trouver des créneaux le week-end, alors que mon ex travaillait de nuit.
J’essayais de varier les exercices: encrage, colorisation, BD, speed painting, character design, croquis, études de films et tout ce qui me passait par la tête ou sous la main.



Ma première aquarelle:

Topinette, projet pour un livre pour enfant:

Le jour de ma reconversion
Fin 2008 (28 ans), après une rupture amoureuse très douloureuse, j’ai trouvé un job dans l’hôpital de ma ville, aux urgences cardio-respiratoires.
Au bout d’un moment, je me suis dit qu’il était temps de changer de métier car je n’aimais plus ce que je faisais.

Travailler quotidiennement auprès de personnes handicapées, malades, souffrantes, durant ces 5 années, a représenté une belle expérience mais ô combien éprouvante pour un hyper-sensible comme moi.

J’ai appris à être plus empathique, plus patient, plus compréhensif et cela a énormément forgé ma personnalité comme vous la connaissez à travers mon blog.

À partir de ce moment, j’ai décidé de me lancer à fond dans mes passions, quitte à être pauvre, mais heureux.
À 29 ans, j’ai commencé par remporter le championnat de France amateur de boxe thaïlandaise en catégorie poids lourd.

Après avoir coché cela dans ma liste des tâches, j’ai demandé à ma grand-mère de me loger gratuitement pendant un temps, histoire de ne pas épuiser toutes mes maigres économies en quelques semaines.

À partir de là (30 ans), je ne pouvais plus reculer.
J’avais vendu toutes mes affaires (sofa, voiture, télévision, armoires, ordinateur de gaming…) pour pouvoir m’acheter des fournitures d’arts plastiques, afin d’apprendre de nouvelles techniques.

Pour la première fois de ma vie, j’avais l’occasion de me concentrer simplement sur le dessin et la peinture: c’était à la fois excitant et terrifiant.
Je ne connaissais pas grand chose au monde de l’illustration professionnelle et encore moins au monde du freelancing!
Même si les premiers temps il m’était difficile de travailler tout seul sans aucun cadre, j’ai commencé à m’organiser de sorte à ne pas passer mon temps à procrastiner devant des séries télé. Il m’a fallu quelques mois d’adaptation.

J’ai pu expérimenter de nombreuses techniques, tout en me renseignant sur les débouchés des métiers du dessin et de la photo (une de mes passions également).
Premier dessin à la pierre noire:

Un de mes premiers dessins à l’extérieur (encre de chine):

Étude de crâne au critérium:

Études de mains au pinceau:

Premier portrait au lavis:

Ma première acrylique:

Mes premières peintures à l’huile, dans l’ordre chronologique:

Première illustration à l’aquarelle et à la gouache:

Premier pastel:

Un de mes premiers dessins au feutre:

Puis je commençais à être plus à l’aise en digital painting et en colorisation:

Et même un peu de 3D:

Touche-à-tout, j’ai pu trouver doucement mes premiers clients.
Je faisais un peu de tout: logos, 3D, graphismes, web design, illustration, bannières, et j’ai même eu la chance de travailler en tant que photographe.

En 2012, constatant à quel point j’avais galéré pour arriver jusque là et voyant que les ressources francophones sur l’apprentissage du dessin étaient vraiment limitées, je décidai d’ouvrir ce blog qui connaît un beau succès. Seulement 2 ans après (34 ans), j’enseignais le dessin à plein temps! Je n’ai rien vu passer!

La suite de l’histoire, vous la connaissez 😉
Malgré que je n’aie plus beaucoup de temps pour mes projets personnels, je publie une petite gribouille de temps à autre sur mon instagram, histoire de garder la main.

Et toi, cher lecteur, toi, chère lectrice,

où puis-je voir tes premières gribouilles? je suis curieux.
Si tu souhaites jouer le jeu, partage un lien vers l’un de tes vieux travaux en commentaire (si tu en as)!

Allez plus loin avec ma formation complète sur les bases du dessin:

Fini de copier bêtement les dessins des autres ou des photos trouvées sur internet!
Apprenez les véritables bases du dessin à votre rythme, en partant d'un niveau zéro. Si vous pensiez que le dessin n'était pas fait pour vous, alors vous allez être surpris! ;o)