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Histoire de la peinture, panorama (10ème partie)

 

L’art du 19ème (suite)

 

  • La peinture académique

Entre 1830 et 1880, l’académisme voulait reproduire de manière réaliste une scène, un évènement (souvent historique). Ce fut l’art officiel de cette époque. Mais qu’est-ce qu’une académie…?

Le terme “académie” désigne deux choses à la fois: les groupes d’experts à la notoriété certaine, qui jugent les différentes réalisations dans les disciplines scientifiques, artistiques …  et en même temps le bâtiment dans lequel ils se retrouvent pour débattre. La toute première Académie française fut créée par Richelieu en 1635  et avait pour mission de surveiller et de perfectionner la langue française. Plus tard, en 1648, l’Académie royale de peinture et de sculpture fut créée pour contrôler les productions artistiques. Après la Révolution, on changea son nom pour la nommer “ Académie des beaux-arts”. Elle devint alors la plus illustre et la plus influente. Elle imposait des règles strictes que les artistes devaient suivre absolument.

Les académies étaient des institutions de formation et de sélection des artistes. Ces derniers  devaient passer un examen d’entrée et s’ils le réussissaient, plusieurs années d’études les attendaient alors. Les jeunes artistes suivaient des cours de dessin qu’ils mettaient en pratique en copiant les grandes œuvres de maîtres. Les enseignants étaient, eux,  tous des membres de l’Académie.

 

La Naissance de Vénus (1879), Bouguereau

 

Il existait une hiérarchie des sujets: La peinture d’histoire et les sujets religieux étaient au sommet de cette classification. Puis venaient le portrait et le paysage. En bas de cette échelle de valeur, on retrouvait alors la nature morte et les scènes de genre.

Réalisée de préférence en atelier, l’oeuvre devait fournir une imitation de la réalité plus ou moins idéalisée, c’est-à-dire faire l’objet d’une recherche équilibrée entre le réel et le beau. La prise d’initiative était déconseillée en matière d’innovation: le dessin primait sur la couleur (contrastes atténués, absence de couleurs vives) et l’idéal de beau des anciens maîtres devait être étudié. D’ailleurs,  les peintres de la Renaissance comme Raphaël et ceux du néo-classicisme français comme David furent les grands modèles de l’académisme ainsi que Ingres pour son idéalisme.

L’étude du nu allait aussi être approfondie à partir des sculptures antiques et du modèle vivant. On ne copiait pas la nature mais on devait l’idéaliser comme dans l’art antique et la renaissance, ce qui permettait du même coup d’éviter des scandales. En effet, l’époque était moralisatrice et l’indécence était vite reprochée par la critique. Enfin, les oeuvres devaient avoir un aspect fini, c’est-à-dire lisse et sans touche visible.

Le prix de Rome était organisé à Paris et récompensait les meilleurs étudiants qui partaient alors étudier les grands maîtres de la Renaissance en Italie durant 5 années aux frais de l’Etat; cela devant leur assurer un certain succès lorsqu’ils rentraient en France.

 

La Phèdre (1890), Cabanel

 

L’Académie des Beaux-Arts avait aussi pour mission d’organiser annuellement (en principe) le Salon officiel, évènement idéal pour se faire connaître et vendre ses travaux. On retrouvait alors les productions des artistes victorieux au prix de Rome. Sur les milliers de réalisations présentées, celles qui ne se conformaient pas aux critères de l’Académie étaient alors rejetées (et on les retrouverait plus tard dans le Salon des refusés, créé à l’initiative de Napoléon III lui-même, qui jugeait le jury officiel trop sévère). Sans remettre forcément en cause ce système, certains artistes évoluaient alors en marge et rencontraient plus de difficultés pour faire reconnaître leurs oeuvres.

Les artistes du XIXe siècle étaient donc amenés à se situer par rapport à ce système de critères et la plupart d’entre eux en acceptaient les règles. Ils obtenaient le plus souvent les faveurs du public et de la critique.

Comme évoqué juste avant, le cadre figé et lourd imposé par l’Académie fut critiqué dès le milieu du siècle et peu à peu remis en cause par certains artistes et critiques d’art appartenant aux courants novateurs de la fin du siècle. Cela entraîna par la même occasion la connotation péjorative aujourd’hui attribuée au terme « académisme » (aussi appelé “art pompier”). Il est assez probable que l’élan créateur et l’imagination furent neutralisés par la soumission trop stricte aux règles.

À partir du moment où le Salon fut organisé à un rythme régulier, on vit naître la critique d’art sous forme de comptes-rendus dans la presse.

Les grands noms de cet académisme furent  Alexandre Cabanel, Ernest Meissonier, William Bouguereau et Jean-Léon Gérôme.

Le système académique bien réglé finit par éclater à la fin du 19ème siècle avec l’apparition de la photographie. Celle-ci eut un impact important sur le marché de l’imitation (le faisant apparaître comme dépassé) et l’art prit certaines distances avec la reproduction du réel. Le déclin du style académique s’explique aussi par le fait qu’il était alors en décalage avec les demandes de la bourgeoisie. Cela profita aux peintres non académiques en tous genres qui, eux, étaient plus en phase avec la bourgeoisie. Certains de ces artistes firent même leur entrée dans une institution officielle, le Musée du Luxembourg.

Avec certains critiques et collectionneurs, les marchands d’art jouèrent alors un grand rôle dans la reconnaissance sociale et économique de l’art indépendant. Ils ont aussi érigé le marché de l’art tel que nous le connaissons maintenant.

Après la première guerre mondiale et pendant 50 ans, la peinture académique fut oubliée. Puis dans les années 1970, une grande opération de réhabilitation de ce courant commença avec différentes expositions aux Etats-Unis ou en France mais aussi avec l’ouverture du musée d’Orsay, ce dernier présentant  de la peinture académique de façon importante.

 

  • Le réalisme

Ce mouvement, apparu entre 1840 et 1860, voulut représenter des faits de société, non plus historiques mais concernant le quotidien de l’époque.  Le réalisme veut être une étude approfondie de la réalité, une représentation authentique et cela même s’il faut peindre des sujets banals.

L’autodidacte Courbet fut, malgré lui, le chef de file de ce mouvement. Préférant garder une certaine distance avec ses contemporains, il s’orienta vers les ateliers libres du Louvre. Il provoqua un scandale lorsqu’il présenta en 1851, son oeuvre “L’enterrement à Ornans”. Celle-ci traitait un sujet des plus classiques qu’elle semblait glorifier avec ses dimensions hors normes (315x668cm)

Retrouvez la fiche dédiée ici

 

 

  • L’impressionnisme

La peinture est ici plus rapide, plus contemporaine. L’artiste voulait donner une impression de réalisme sans tomber dans l’exactitude des peintures académiques.

De plus, les peintures exprimaient le ressenti du peintre et n’étaient  plus une simple reproduction fidèle du modèle ou de l’évènement. L’artiste divisait la touche picturale en différentes nuances colorées mais c’est l’oeil de l’observateur qui reconstitue par effet d’optique l’image et le mélange des couleurs.

Retrouvez la fiche dédiée ici

 

 

  • L’art naïf

C’est un style pictural “simpliste” et frais, ses représentations sont candides, réalisées grâce à des couleurs vives et pures, un dessin précis et un abandon des règles de perspective. Les oeuvres pouvaient être, cela dit, détaillées. L’art naïf pouvait aussi s’exprimer en sculpture et architecture.

Ce mouvement se dissociait de tout enseignement académique et il était souvent le fait d’artistes autodidactes et spontanés. Les artistes “naïfs” existent depuis que l’homme a commencé à dessiner, sculpter ou graver. C’est ainsi que pour l’art “naïf”, on parle également d’art primitif (en référence aux primitifs italiens).

Ce n’est qu’à partir de la fin du 19ème siècle que l’art naïf obtint une certaine reconnaissance. Le terme « art naïf » aurait été utilisé pour la première fois pour parler des œuvres d’Henri Rousseau, le chef de file du mouvement. Ce dernier aurait avoué ne rien comprendre à la perspective. Après une carrière militaire, Henri Rousseau travailla à l’octroi de Paris, genre de péage  ou de barrière douanière pour entrer dans la ville et qui valut le surnom de “douanier” au futur artiste. S’intéressant au dessin et à la peinture, il commença à peindre de manière autodidacte pendant son temps libre.

Il présenta son travail lors du Salon des indépendants à Paris en 1885 ce qui fut la “première manifestation connue” de l’art “naïf”. Il récolta des moqueries et se vit reprocher la naïveté de ses coups de pinceau ainsi que le manque de perspective dans ses travaux. Non conforme aux préceptes de l’Académie ou aux recherches abstraites du début du 20ème siècle, l’art “naïf” dans son ensemble suscita le mépris.

Rousseau fut cependant admiré pour ses couleurs, l’exotisme de ses oeuvres et leur onirisme. Plus tard, il s’attira la sympathie et le respect d’artistes comme Jarry, Gauguin, Matisse, Toulouse-Lautrec ou, plus généralement, des surréalistes. La fin de la première guerre mondiale et la prise de conscience de la valeur humaine permirent un certain changement d’attitude des critiques et artistes vis-à-vis de l’art représentatif. Wilhelm Uhde, critique d’art et collectionneur allemand, contribua à faire connaître cette peinture naïve, notamment les réalisations de Rousseau. En 1928, Uhde organisa une exposition consacrée à cet art “naïf” et à 5 artistes (Henri Rousseau, Louis Vivin, Séraphine de Senlis, André Bauchant et Camille Bombois).

Rousseau réalisa plus de 250 oeuvres, majoritairement perdues ou données en guise de paiement. Exubérante et totalement inventée, la jungle fut l’une de ses thématiques les plus représentées.

 

Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, Rousseau, 1898-1905

 

Ses paysages végétaux étaient la représentation de lieux qu’il connaissait bien. Il réalisa également des paysages plus urbains mais pour tous, la notion de perspective était absente, faisant bien de ces oeuvres des productions naïves.

Concernant ses portraits, ils représentaient des personnages figés et souvent sans expression. Comparés aux détails du décor, les personnages semblent démesurés. Cela est lié au fait que personnage et décor sont quasiment sur le même plan sans perspective.

Comme autres artistes, on peut également citer  Ferdinand Cheval, Séraphine Louis, Adolphe-Julien Fouéré et André Demonchy.

 

Moi-même, Henri Rousseau, 1890

 

Depuis le début du XXe siècle, l’art “naïf” est considéré comme un art authentique et s’étend dans le monde, notamment surtout :

  • aux Etats-Unis. Les premiers peintres furent des artistes totalement anonymes qui répondaient à des commandes mais qui devaient aussi exercer une autre activité en parallèle pour survivre. Certaines de ces oeuvres sont visibles dans des musées du pays.

 

  • dans les pays de l’Est avec des artistes comme les Polonais Nikifo et Ociepka, ou issus de l’ex-Tchécoslovaquie, Zigmunt Hubácek et Antonin Rehak, les Russes Niko Pirosmanachvili et Catherina Bilacour et enfin de l’ex-Yougoslavie, le groupe Zemlja dans lequel on retrouve  Ivan Generalìc, Marko Virius,  Franjo Mraz et Hegedusic.

 

  •  à Haïti avec des artistes comme André Normil, Jasmin Joseph, Murat Saint-Vil

 

Loin des conventions plastiques, l’art “naïf” semble être une des sources de l’art moderne.

 

 

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