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La Renaissance, Florence et Rome : une question de perspective

Une étape majeure

En Europe, le terme de Renaissance fait référence à la fin du Moyen Âge et au passage à l’air moderne. C’est une rénovation culturelle et artistique entre le 15e et le 16e siècles qui se pencha à nouveau sur le travail artistique et intellectuel réalisé durant la Grèce et la Rome antiques. Tombées dans l’oubli en occident, certaines œuvres furent alors redécouvertes et une conception humaniste émergea. La priorité fut alors donnée à l’homme ainsi qu’à ses créations. Cette nouvelle approche était en contradiction avec celle de l’Église médiévale qui considérait que rien n’était possible sans une intervention divine. L’Homme se libère vis-à-vis de Dieu sans pour autant tourner le dos à la religion.

Cette redécouverte du monde antique bouleversa les 3 arts (peinture, sculpture et architecture) et de nouveaux sujets d’inspiration émergèrent. Ce mouvement artistique eut pour berceau la ville de Florence en Italie et la Maison de Médicis amena avec elle d’autres mécènes qui permirent ce changement artistique. Alors qu’au Moyen Âge, l’art apparaissait comme plat, les artistes florentins s’efforcèrent d’être plus réalistes et ainsi procédés à une observation plus minutieuse encore de l’anatomie humaine et de la nature. C’est le naturalisme scientifique. Ainsi se développèrent les notions de perspective, de ligne d’horizon ou de point de fuite.

Ce virage artistique eut une telle résonnance à Florence que beaucoup se demandèrent ce qu’était l’art en réalité auparavant. Jusqu’alors, l’art n’aurait été qu’une caricature, un travestissement de la réalité. Mais cette Renaissance ne se fit pas d’un coup d’un seul. Il eut tout d’abord ce que l’on nomme la Pré-Renaissance, période historique des Duecento (13e siècle) et Trecento (14e siècle). La notion de perspective n’existait donc pas encore en tant que telle et les artistes avaient toujours du mal pour donner de la profondeur à leurs scènes. De plus, les thèmes retenus étaient toujours liés au Moyen Âge et donc aux Évangiles (la religion étant omniprésente). Néanmoins, des premiers changements s’annoncèrent et amenèrent à la notion de perspective par exemple. En effet, le réalisme commença à toucher les peintures : architectures réalistes, activités du quotidien, paysages familiers, personnages sacrés de même taille que les autres protagonistes d’une œuvre. Ces peintres, nommés les Primitifs Italiens, ont posé les bases de ce futur grand mouvement artistique qu’est la Renaissance.

 

3 arts, 3 investigateurs

Avec entre autres, le travail de ces Primitifs Italiens et la générosité des mécènes, l’émergence de cette Renaissance peut aussi s’expliquer par les différentes contributions de 3 artistes. Brunelleschi pour l’architecture, Donatello pour la sculpture et Masaccio pour la peinture. Ces 3 artistes ont eu dans leur domaine respectif une influence majeure.

Au début des années 1400, le sculpteur et l’architecte firent un séjour à Rome afin d’étudier les ruines antiques. Donatello fut alors fortement influencé par le travail de recherches qu’il venait d’accomplir et se mit à travailler comme durant l’Antiquité. En effet, Donatello créa des statues en ronde bosse et à grande échelle. La Ronde bosse étant la technique de sculpture en 3D de l’antiquité avec la matière à travailler qui repose sur un socle et non pas rattachée à un fond (comme peuvent l’être les bas-reliefs).

La Vénus de Milo est certainement un des exemples de ronde bosse le plus célèbre.

 

« La Vénus de Milo », Alexandros d’Antioche (?), Vers 100 Av. notre ère

« La Vénus de Milo », Alexandros d’Antioche (?), Vers 100 Av. notre ère

 

« Le prophète Habacuc », ou encore « Zuccone », Donatello, 1425

« Le prophète Habacuc », ou encore « Zuccone », Donatello, 1425

 

De son côté, Brunelleschi se pencha sur les édifices antiques en prenant leurs mesures et ainsi comprendre leurs proportions. Alors, avec toutes ses connaissances et son talent, il réalisa l’immense coupole de la cathédrale de Florence, Sainte Marie de la Fleur (Santa Maria del Fiore). Plus de 40 m de diamètre avec une croix qui culmine à 115 m. Brunelleschi fut un des tout premiers à utiliser les principes de perspective linéaire et de perspective à un point de fuite.

Brunelleschi fit grandement progresser sa discipline non seulement pour ses contemporains, mais également pour les générations suivantes. L’architecture moderne est liée directement à ses recherches, mais pas seulement. La peinture trouva également un intérêt aux travaux de Brunelleschi.

 

« Cette coupole est si immense et se dresse si droit vers le ciel qu’elle recouvre la Toscane de son ombre » Propos du philosophe et architecte Léon Battista Alberti.

 

Coupole de Santa Maria del Fiore (1420-1436) de Brunelleschi

Coupole de Santa Maria del Fiore (1420-1436) de Brunelleschi

 

En effet, le peintre Masaccio utilisa le savoir de Brunelleschi et ses théories pour suggérer la profondeur et le relief sur une surface plane. Pour la première fois dans toute l’histoire de la peinture, les artistes disposaient alors d’un moyen offrant la possibilité de calculer le changement progressif de la taille des personnages et objets, au fur et à mesure qu’ils se déplaçaient dans l’espace.

Une des œuvres majeures basées sur les découvertes de Brunelleschi est « la Trinité » (1425) à l’église Santa Maria Novella. C’est certainement une des premières (ou la première) démonstrations du potentiel illusionniste de la perspective. Néanmoins, certains doutent de la totale paternité de cette œuvre et pensent que Brunelleschi s’est occupé de tracer les lignes de fuite pour simplifier le travail du peintre Masaccio.

 

Masaccio mourut très jeune (1428) et dans des conditions obscures lors d’un voyage à Rome. Cela n’empêche pas les critiques d’en faire depuis toujours un des plus grands peintres de la Renaissance.

 

« La Trinité », Masaccio, 1425

« La Trinité », Masaccio, 1425

 

Délocalisations artistiques

Sans conteste, Florence, capitale de la Toscane, fut également celle de la Renaissance artistique européenne et cela pendant presque tout le 15e siècle. Cependant, elle ne fut pas épargnée par nombres de troubles politico-militaires. Fin du 15e siècle, le Roi de France Charles VIII déclencha la première des guerres d’Italie lorsqu’à la suite du décès du roi Ferdinand 1er de Naples, il prit le titre de roi de Naples et entra en Italie. De plus, les Médicis, grands mécènes des artistes de la Renaissance, furent chassés par les habitants de Florence, car leur maître, Pierre II de Médicis, accepta sans condition toutes les demandes du Roi français qui s’approchait alors de Florence avec son armée. La ville restera politiquement instable jusqu’en 1511.

En ce qui concerne l’aspect religieux, la papauté, qui déjà avait quitté Avignon, se lança dans de grands projets de restauration de la ville de Rome, stimulant ainsi de nouveaux mécènes. Le but étant d’en faire la nouvelle capitale de la chrétienté.

La ville de Florence continua d’être artistiquement active ; Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël furent simultanément à Florence. Alors, Raphaël bénéficia de l’influence de ces deux grands maîtres qui vont achever sa formation. C’est d’ailleurs à Florence, que de Vinci réalisa le tableau le plus célèbre du monde : La Joconde (1503-1506). C’est une des rares réalisations que l’on peut attribuer de manière certaine à de Vinci qui ne s’en séparera jamais de son vivant. Œuvre qui voyagea avec lui, notamment en France, lorsque le maître fut invité par François 1er.

 

« La Joconde », Léonard de Vinci, 1503-1506

« La Joconde », Léonard de Vinci, 1503-1506

 

Une réalisation qui garde encore bien des secrets et jusqu’à l’identité du modèle, même s’il est généralement admis qu’il s’agit de Lisa Gherardini, membre d’une famille noble de Toscane.

Venise, Europe du Nord… le style de la Renaissance se diffusa.

Néanmoins, durant toute la « Haute Renaissance », c’est Rome qui sera la plus productive. Et pour cause. Entre l’influence chrétienne et son héritage antique, la ville de Rome disposait d’avantages certains à l’époque. Artistes et savants de toute l’Europe prirent ainsi la direction de cette ville, notamment attirés par les projets de modernisation de la ville.

Malgré cette « délocalisation artistique », les personnalités de la « Haute Renaissance » partageaient toujours la même philosophie humaniste que leurs prédécesseurs. L’Homme et ses accomplissements devant être au centre de tout. Une pensée particulièrement bien résumée par les études anatomiques de Léonard de Vinci et notamment avec son dessin « L’Homme de Vitruve ».

 

« L’Homme de Vitruve », Léonard de Vinci, 1490

« L’Homme de Vitruve », Léonard de Vinci, 1490

 

Léonard de Vinci est toujours présenté avec Michel-Ange et Raphaël comme géant de la Haute Renaissance. Néanmoins, ils ne sont pas de la même génération. Léonard a une vingtaine d’années quand nait Michel-Ange et plus de 30 ans à la naissance de Raphaël.

En 1502, Bramante se lança dans la construction d’un oratoire dédié à Saint Pierre et à son martyre. Cet édifice circulaire se distingue par ses proportions équilibrées, à l’échelle humaine tout en donnant un aspect imposant grâce à la pureté de ses lignes. Une construction qui respecte les principes architecturaux de Brunelleschi et de Léon Battista Alberti.

 

Tempietto, Bramante, 1502

Tempietto, Bramante, 1502

 

Les mécènes en voulaient toujours plus pour rendre à Rome sa splendeur d’antan. Plus de mythologies, plus d’ornementations. Pour répondre à ses besoins, les différents artistes s’appuyèrent sur des textes antiques décrivant des peintures murales, mais aussi sur les fouilles et des ruines archéologiques.

 

« La demeure dorée de l’empereur Néron » (redécouverte en 1480) fut une base de travail pour Raphaël. En effet, il fut l’un des premiers artistes à utiliser ce nouveau répertoire de motifs décoratifs ainsi qu’à produire à grande échelle ce que son imagination lui suggéra après avoir vu les ruines antiques. On lui commanda la décoration de différentes pièces du Vatican. Avec son équipe, Raphaël y travailla jusqu’à sa mort en 1520. Ses assistants continuèrent le travail et finirent le chantier en 1524.

Le chantier commença par la chambre de la Signature, ancienne bibliothèque et bureau du pape Jules II, qui avait passé cette commande.

« La Dispute du Saint-Sacrement », Raphaël, 1508-1511

« La Dispute du Saint-Sacrement », Raphaël, 1508-1511

« Les Vertus cardinales et théologales », Raphaël, 1508-1511

« Les Vertus cardinales et théologales », Raphaël, 1508-1511

« Le Parnasse », Raphaël, 1508-1511

« Le Parnasse », Raphaël, 1508-1511

 

Raphaël passa ensuite à la « Chambre d’Héliodore » (1511-1514) qui tient son nom d’une des fresques peintes.

 

« Héliodore chassé du temple », Raphaël, 1511-1514

« Héliodore chassé du temple », Raphaël, 1511-1514

« La Délivrance de Saint Pierre », Raphaël, 1511-1514

« La Délivrance de Saint Pierre », Raphaël, 1511-1514

« La Messe de Bolsena », Raphaël, 1511-1514

« La Messe de Bolsena », Raphaël, 1511-1514

« Rencontre de Léon Ier le Grand et d’Attila », Raphaël, 1511-1514

« Rencontre de Léon Ier le Grand et d’Attila », Raphaël, 1511-1514

 

Pendant ce chantier, le pape Léon X succéda à Jules II. Il fut aussi un grand mécène et eut une immense admiration pour Raphaël. Ce dernier croula sous les commandes du nouveau Pontife et ne put tenir l’ensemble de ses autres engagements que grâce à ses équipes d’artistes qui l’assistèrent en continu. C’est notamment le cas pour « Le Triomphe de Galatée », commande du banquier siennois Agostino Chigi.

 

« Le Triomphe de Galatée », Raphaël, 1513

« Le Triomphe de Galatée », Raphaël, 1513

 

Mais revenons à la décoration des « Stanze ». La Troisième et dernière chambre dans laquelle Raphaël a réalisé les fresques : la Chambre de l’Incendie du Borgo (1514-1517). Cette pièce fut la salle à manger du pape Léon X.

 

« L’Incendie de Borgo », Raphaël, 1514-1517

« L’Incendie de Borgo », Raphaël, 1514-1517

« La Bataille d’Ostie », Raphaël, 1514-1517

« La Bataille d’Ostie », Raphaël, 1514-1517

« Le Couronnement de Charlemagne », Raphaël, 1514-1517

« Le Couronnement de Charlemagne », Raphaël, 1514-1517

« Rencontre de Léon Ier le Grand et d’Attila », Raphaël, 1511-1514

« Rencontre de Léon Ier le Grand et d’Attila », Raphaël, 1511-1514

 

La 4e chambre, qui est la plus grande, fut commencée en 1517. Raphaël décède en 1520 et les fresques furent réalisées après sa mort.

L’inspiration à partir de ruines et de fouilles, Michel-Ange aussi l’aura. Ainsi, il étudia longuement une sculpture en marbre datant du 1er siècle et qui fut retrouvée à Rome. Il s’en inspira pour plusieurs des figures de la chapelle Sixtine. Œuvre qui est une de ses plus connues.

 

Plafond de la chapelle Sixtine, Michel-Ange, 1508-1512

Plafond de la chapelle Sixtine, Michel-Ange, 1508-1512

 

En 1513, le pape Jules II mourut. Dans son testament, il laissa le soin à Michel-Ange de réaliser son tombeau et en 1516, la statue de Moïse fut achevée puis intégrée au tombeau.

 

« Moïse », Michel-Ange, 1516

« Moïse », Michel-Ange, 1516

 

Cette Renaissance et ses principes n’allaient pas tarder à être mis à mal. Les guerres d’Italie étaient toujours une réalité comme les querelles pour la suprématie en Europe entre le roi de France, François 1er  et l’empereur romain germanique Charles V.

En 1527, plusieurs dizaines de milliers de soldats (des troupes espagnoles, italiennes et des mercenaires allemandes), qui obéissaient à Charles V, envahirent la ville de Rome et la saccagèrent pendant presque un an.

Pourquoi un saccage si long ? Le désir de vengeance de Charles V contre le pape (qui avait refusé de rejoindre son alliance), le droit des soldats de saccager s’ils n’étaient pas payés par leur hiérarchie ou encore le ressentiment des mercenaires allemands envers le pape. Ainsi, la ville de Rome passe de 60 000 habitants à environ 10 000. Puis, comme si ce n’était pas suffisant, la peste arriva. La ville fut évacuée début 1528 ; le bilan humain est extrêmement lourd et le patrimoine artistique ravagé. Certains travaux ne reprirent que 10 ans plus tard.

 

C’est ainsi que la plus grande période de création artistique jamais connue en Italie toucha à sa fin.

 

Notre prochaine étape artistique sera consacrée au Romantisme  

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