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Le Romantisme, le voyage intérieur

Contexte historique

Courant littéraire et musical, le romantisme concerne également la peinture et apparaît comme le moyen d’expression des sentiments intérieurs. Durant le 18e siècle, le romantisme eut une forte influence en Angleterre et en Allemagne puis se diffusa dans toute l’Europe durant une partie du 19e (notamment en France). L’Amérique du Nord fut également concernée dans le domaine de la peinture de paysage.

La révolution industrielle fut un des facteurs de l’émergence du romantisme, car elle mena à une période de bouleversements sociaux avec un sentiment d’impuissance face à la mécanisation.

De plus, après le baroque et le rococo, certains artistes, sans repères, eurent une période de doute. Et chacun selon son style,  exprima ce flou avec :

  • la mise en avant du dessin,
  • le travail de la matière,
  • le travail des couleurs… etc.

Les artistes souhaitaient exalter le mystérieux et le fantastique, cherchaient l’évasion dans le rêve, le sublime et le morbide, le passé ou l’exotisme. Les peintres faisaient preuve d’une sensibilité passionnée et mélancolique. Pour représenter cette recherche intérieure, ils se penchèrent sur des thèmes comme la peur, le cauchemar, la puissance de la nature et la faiblesse de l’homme face à elle. Sans oublier les sujets d’actualité de l’époque.

Les artistes peignaient alors pour répondre à leur besoin d’expression plus que pour honorer une commande, cela au risque d’être rejetés par les officiels ou de ne pas trouver preneur pour leurs créations.

Les penseurs des Lumières avaient tenté de rationaliser le monde et de libérer ce dernier des préceptes religieux afin d’ériger un nouvel ordre dominé par l’intelligence. Malheureusement, différents évènements mirent à mal ces théories.

Stimulée par la révolution américaine, la révolution française provoqua en Europe une ère de conflits; chaos qui persista, empêchant ainsi la création du monde meilleur voulu par les Lumières. La déception face au rationalisme s’installa durablement et permit alors aussi de faire naître le romantisme. Ce dernier qui fut, en partie, une réaction contre la philosophie des lumières.

 

Préromantisme (1780-1820)

Le préromantisme se développa à l’apogée du néo-classicisme (mouvement né en 1750 à Rome au moment de la découverte des ruines d’Herculanum et de Pompéi). Goya fut ainsi l’ un des premiers à exprimer sa vision personnelle du monde, à peindre de manière non académique et ainsi  à lancer ce qui deviendrait le romantisme.

Goya fit ses armes comme peintre officiel à la cour d’Espagne puis il s’éloigna de cet univers académique. Il se pencha alors sur la guerre et ses horreurs (guerres napoléoniennes), la folie meurtrière des hommes. Son style non académique lui permit d’appuyer son message et d’interpeller les spectateurs; chose qu’il n’aurait certainement pas pu réaliser autrement. Ainsi, Goya s’efforça de peindre des sujets bien réels, mais qui dérangeaient; peintre d’inspiration assez sombre et torturée, comme une désillusion face à la nature humaine.

Il fut l’un des peintres les plus puissants de son époque ainsi que l’un des plus visionnaires.

« Le 3 mai 1808 à Madrid » est une des œuvres de Goya qui illustre bien les thèmes traités par le peintre. Cette création est la suite directe de la révolte du 2 mai. En guise de représailles, les soldats français de Napoléon fusillèrent 113 prisonniers le 3 mai 1808.  Contrairement à ce que pouvait penser le commandant français Joachim Murat, cette sanglante journée du 3 mai ne calma pas le désir de liberté du peuple, mais marqua le début de la guerre d’indépendance espagnole.

 

« Le 3 mai 1808 à Madrid », Francisco de Goya, 1808

« Le 3 mai 1808 à Madrid », Francisco de Goya, 1808

 

L’œuvre fut peinte peu de temps après la fin de l’occupation française. Cette peinture fait preuve d’une forte expressivité, avec un contraste entre le fond très sombre et la scène principale très éclairée. Toute la mortelle procession est représentée : d’un côté les soldats de l’Empire, bien ordonnés, prêts à tirer et de l’autre, les prisonniers; certains à terre, déjà morts, d’autres sur le point d’être exécutés et enfin, les derniers qui imaginent leur triste sort dans cette file d’attente macabre.

L’aspect raide, ordonné des soldats pour exprimer le côté automate sans émotion et à l’inverse, le désordre des prisonniers pour faire ressortir leur désespoir.

Ce tableau influença d’autres artistes comme Manet avec « l’Exécution de Maximilien », Picasso avec « Guernica » et « Massacre en Corée »… etc.

Parmi les œuvres se penchant sur l’idée d’un monde intérieur, il y a également celle de Füssli avec le « Cauchemar » (1781).

 

« Le Cauchemar », Johann Heinrich Füssli, 1781

« Le Cauchemar », Johann Heinrich Füssli, 1781

 

L’artiste anglo-suisse a représenté une femme allongée sur un lit, sans défense et en proie à un démon intérieur, à un cauchemar. Démon qui est assis sur la femme et qui jette un regard appuyé au spectateur. La jument et ce type de démon sont liés au thème de la sexualité et des déviances.

Peut-être que l’artiste a voulu représenter les pulsions primaires de cette femme et qui ne s’expriment que pendant son sommeil. Mais la jeune femme est-elle bien vivante? S’agit-il vraiment d’un cauchemar? Par cette représentation, Füssli a peut-être voulu montrer que le sommeil est le terrain de prédilection de toutes les peurs.

Ou alors, cette peinture était un moyen d’exprimer sa peine après avoir vu la femme qu’il aimait passionnément (et avec qui il eut une relation) en épouser un autre. La femme endormie serait son amour perdu, le démon représenterait l’artiste lui-même.

Malheureusement, l’artiste ne fit aucun commentaire sur l’œuvre; difficile donc d’en savoir plus.

En raison de la popularité de cette œuvre qui fascina ses contemporains, Füssli réalisa un certain nombre d’autres versions par la suite. Ce tableau fut aussi fréquemment copié, plagié et caricaturé.

Peintre inventif, prêtre pendant un temps, Füssli avait une personnalité mystique avec un fort intérêt pour le fantastique. Il ne tira que rarement ses personnages de la vie réelle, ne fit que deux portraits et aucun paysage. Et bien qu’il réalisa plus de 200 tableaux, il n’en exposa que très peu.

Une autre œuvre du préromantisme qui personnellement me touche beaucoup et qui me laisse songeur de par l’immensité du paysage se dressant devant le personnage : « Le Voyageur contemplant une mer de nuages » de Caspar David Friedrich (1818).

 

« Le Voyageur contemplant une mer de nuages » de Caspar David Friedrich, 1818

« Le Voyageur contemplant une mer de nuages » de Caspar David Friedrich, 1818

 

Ici, l’explorateur semble faire l’expérience du monde comme personne avant lui. Mais est-ce une exploration du monde réel ou de son monde intérieur? Quoi qu’il en soit, alors qu’il est ainsi positionné, au bord du précipice, son avenir semble incertain. Un dilemme physique et émotionnel: en se jetant dans l’inconnu, il peut très bien mettre fin à ses jours comme il peut se métamorphoser en un homme nouveau au moment de découvrir le monde d’en bas, caché par les nuages.

Autre interprétation possible: le sommet de la montagne représente le point culminant de l’existence du personnage. Ce dernier observe le chemin que devrait emprunter l’âme d’un mort pour rencontrer Dieu et l’étendue qui se dresse devant lui représenterait les épreuves qui l’attendent avant de le rencontrer. En effet, Friedrich, influencé par sa foi, cherchait à donner une dimension spirituelle à ses tableaux, notamment  à ses paysages.

L’artiste allemand a peut-être aussi été marqué par plusieurs décès durant son enfance. De ses 7 à ses 17 ans, il perdit successivement sa mère, sa sœur Élisabeth, son frère Johan et son autre sœur, Maria.

 

Le romantisme (1820-1850)

Pour faire la transition avec le romantisme, parlons du « Radeau de la Méduse » de Théodore Géricault (1818), œuvre qui se base sur des faits sordides, mais illustre parfaitement les pulsions animales de l’homme et sa folie meurtrière.

La Méduse était une frégate française qui, après différentes tractations entre Britanniques et Français, appareilla de l’hexagone pour le Sénégal, à nouveau une colonie française. À cause d’un capitaine qui n’avait pas navigué depuis 20 ans et qui voulut aller trop vite, la Méduse se retrouva isolée de son escorte et finit par s’échouer au large de la Mauritanie. Les naufragés se séparèrent en plusieurs groupes : 17 marins restèrent sur l’épave afin de tenter de la dégager tandis que les officiers et passagers de marque prirent la mer dans les chaloupes en direction des côtes, en remorquant un radeau de fortune qui embarquait 152 marins, soldats, une cantinière et quelques officiers volontaires.

Rapidement, le radeau se retrouva livré à lui-même et dériva. Si le commandant finit par regagner la terre ferme après 4 jours en chaloupe, le calvaire de tous les autres dura jusqu’à deux mois. Ce fut le cas des 17 marins restés sur la Méduse, seulement 3 survivants furent rapatriés. 10 jours après le Commandant, la plupart des passagers des autres chaloupes arrivèrent vivants après avoir traversé le désert et ses dangers. Concernant les malheureux du radeau, ils errèrent pendant 15 jours avec, comme seule alimentation, des barriques de vin et quelques poissons-volants. L’équipée fit de très nombreuses victimes et connut des noyades, des mutineries ou des tentatives de sabordage, mais surtout des faits de cannibalisme.

Deux survivants sur les 10 du radeau firent le récit de leur histoire, provoquant alors une vive émotion dans l’opinion, en plus des contestations politiques de l’époque contre la Restauration. Il s’agit d’un des plus gros scandales de cette période.

 

« Le Radeau de La Méduse », Théodore Géricault, 1818

« Le Radeau de La Méduse », Théodore Géricault, 1818

 

Choquante pour beaucoup, l’œuvre fit forte impression au salon de 1819. À l’issue de l’exposition, le jury finit par décerner à Géricault la médaille d’or, mais en cédant à la pression populaire. L’œuvre, qui ne trouva cela dit pas preneur, fut roulée et entreposée dans le local d’une connaissance du peintre. Aujourd’hui, cette peinture est conservée au Musée du Louvre, mais elle souffre d’un assombrissement irréversible dû aux matériaux utilisés pour la réaliser.

Autre œuvre classique liée au romantisme, « La Liberté guidant le peuple » d’Eugène Delacroix (1830). Ce tableau est l’un des plus célèbres symboles de rébellion de toute l’histoire de l’art et a pour sujet l’insurrection parisienne de 1830 qui chassa Charles X, roi Bourbon, pour le remplacer par le duc d’Orléans, Louis-Philippe.

Avec le contexte historique toujours très fort, l’œuvre fut présentée au public lors du salon de 1831 et fit sensation. Eugène Delacroix y représenta le moment où les insurgés républicains traversent définitivement les barricades (le 28 juillet 1830); une étape clef des événements.

 

« La Liberté guidant le peuple », Eugène Delacroix, 1830

« La Liberté guidant le peuple », Eugène Delacroix, 1830

 

Cette œuvre est une manifestation patriotique de Delacroix et pas seulement une « photographie » d’un évènement historique. L’artiste était profondément napoléonien et le fait qu’il ait mis ainsi en avant un puissant symbole de l’empire napoléonien (le drapeau tricolore) n’était pas un hasard. Sa maîtrise des jeux de lumière et du flou généré par les fumées de canons accentuent le côté mystérieux tandis que cette femme au bonnet phrygien, sortant de nulle part, joue un rôle presque mystique. L’œuvre a aussi un côté morbide avec les soldats morts et désarticulés aux pieds de la Liberté.

Un autre élément, typique du romantisme, est à signaler: le fait de jouer sur la mélancolie et le passé. En effet, sans information particulière, beaucoup de personnes pensent que l’œuvre traite de la révolution de 1789. Pourtant comme nous l’avons vu, il n’en est rien.

 

Face à la rigide peinture académique, le romantisme fut un vent de nouveauté, de fraîcheur pour ses contemporains. Cela permit aux artistes de penser différemment.

De ce courant artistique découleront deux autres styles marquants : le réalisme et l’impressionnisme. De son côté, l’art académique s’éteindra avec l’arrivée de la photographie bien qu’il fut déjà sur le déclin depuis un moment.

 

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