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Le pop art et le consumérisme

 

Après avoir étudié des mouvements comme la renaissance, le baroque ou encore l’impressionnisme, passons au pop art, mouvement multidisciplinaire du 20e siècle.

 

“210 bouteilles de coca cola”, Andy Warhol, 1967

 

Origines britanniques …

Né en Grande-Bretagne dans le milieu des années 1950, le “pop art” (abréviation de la formule “popular art” ou art populaire) concerna d’abord principalement les techniques de la sérigraphie et du collage. Le mouvement émergea  quelques années plus tard aux Etats-Unis. Bien que ce mouvement soit apparu dans un intervalle assez court  dans ces deux pays, il divergea un peu comme nous le verrons ensuite.

On peut  considérer que les premières esquisses de pop art datent de 1947 avec une réalisation de Paolozzi. Cet artiste écossais créa des collages dans un style surréaliste dès la fin de la deuxième guerre mondiale dont un qui tendait vers un nouveau style artistique. L’oeuvre, intitulée « J’étais le jouet d’un homme riche » (I Was a Rich Man’s Plaything) fut réalisée à partir d’images découpées d’une pin-up, du logo Coca-Cola et du mot “pop”. L’artiste (comme Richard Hamilton, l’autre principal acteur du pop art britannique) savait bien cerner la société de consommation.

 

“I Was a Rich Man’s Plaything”, Eduardo Paolozzi, 1947

 

Paolozzi était un des membres fondateurs de l’Independent Groupe dont les membres, dès 1952, se réunissaient très souvent à l’Institut des Arts Contemporains de Londres pour discuter de leur vision de l’art (une vision dominée par l’abstrait). Parmi leurs autres sujets récurrents, on retrouvait aussi la technologie, la société de consommation, le cinéma, la science fiction, la bande dessinée ou encore le design. Dans ce groupe, on retrouvait également  les architectes Alison et Peter Smithson ainsi que le  critique d’art Lawrence Halloway et d’autres encore. Toujours en 1952, Paolozzi présenta à son groupe, lors d’une de ces réunions à l’Institut, une série de collages dénommée “Bunk!”, collages composés d’objets divers (publicité, couvertures de magazines et autres images produites en masse représentant la culture américaine vue de loin).

À partir de 1954, les critiques et artistes commencèrent à reprendre eux aussi le terme “pop” pour décrire ce mélange de culture populaire et de beaux-arts.

En 1956, lors de l’exposition “This is Tomorrow” organisée à la Whitechapel Gallery (Londres), Richard Hamilton présenta son collage intitulé “Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing ?” (“Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui la maison semble tellement différente et attirante ?”). Très présents également lors de cette exposition, les autres artistes du groupe vinrent aussi avec leurs travaux. Principalement constituée d’images collées provenant de magazines américains, la création de Richard Hamilton  mesure 23 cm par 25  et continue, à ce jour,  à être présentée comme le manifeste du pop art Britannique.

 

« Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing? »,
Richard Hamilton, 1956

 

… et américaines

Aux Etats-Unis, le pop art apparut donc un peu après son cousin britannique et eut son apogée durant les années 1960. La population connut la consommation de masse et les artistes s’approprièrent également les symboles de la télévision, du cinéma, de la publicité et des comics mais sans les transformer, pour les présenter comme oeuvre d’art. Si l’accueil du public fut chaleureux, les critiques réagirent violemment. Mettre sur un piédestal des éléments du quotidien n’était pas de l’art selon eux.

Néanmoins, le courant américain du pop art pouvait compter sur Andy Warhol, une de ses figures les plus importantes. Utilisant comme en Europe la sérigraphie, l’artiste se servait des objets produits en grande série et les représentait en série. Avec son style, il réalisa également des portraits de célébrités comme Marilyn Monroe.

 

“Marilyn bleue”, Andy Warhol, 1967

 

“Marilyn rouge”, Andy Warhol, 1967

 

Un autre grand artiste du pop art américain est Roy Lichtenstein. Il réalisa lui aussi des peintures de produits de consommation en utilisant les codes de la publicité tout en rajoutant sa touche de dérision.

Sans communication explicite avec le pop art anglais, la branche américaine résulta  au final d’initiatives individuelles contrairement à son cousin britannique plus organisé en groupe. S’il y a une certaine cohérence, aucun mouvement structuré organisant des expositions collectives n’exista aux Etats-Unis.

Le pop art américain reposait aussi sur sa confiance en la puissance des images et avait pour foyer la ville de New York. C’est là-bas que les artistes Roy Lichtenstein et Andy Warhol exposèrent leurs travaux tout comme Jim Dine, Claes Oldenburg, James Rosenquist, George Segal ou encore Tom Wesselman. Tous furent forcément inspirés par les travaux et recherches des précurseurs du pop art, les néo-dadaïstes américains Jasper Johns, Jr et Robert Milton Ernest Rauschenberg.

 

“Whaam!”, Roy Lichtenstein, 1963

 

Si leurs origines sont différentes, les pop art anglais et américain ont les mêmes principes de base : être proche du peuple, drôle et satirique tout en présentant comme des oeuvres des éléments du quotidien que la population connaît et apprécie. Cet art doit aussi être en lien avec son temps et c’est Richard Hamilton qui en donne peut-être la meilleure définition : “Populaire, éphémère, jetable, bon marché, produit en masse, spirituel, sexy, plein d’astuces, fascinant et qui rapporte gros.” Enfin, le pop art se dressa contre la subjectivité de l’expressionnisme abstrait.

Des années 1960 à la décennie suivante, la mouvance “pop” prit une dimension pluridisciplinaire et internationale qui se manifesta à travers le design italien et les architectures du groupe Archigram issues de l’univers futuriste de la bande dessinée.

 

“4 Dollars” , Andy Warhol, 1982

 

Ailleurs dans le monde

En Europe comme en Asie, le pop art se diffusa, toujours avec le même désir de pousser la population à s’interroger  sur la société de consommation et plus largement sur  la culture occidentale.

La France fut également concernée par ce style artistique. S’inspirant aussi de la réalité quotidienne, de la publicité et par l’utilisation de  collages et assemblages, le nouveau réalisme est lié au pop art sans pour autant être une version adaptée pour l’hexagone. Mené par l’artiste Yves Klein et le critique Pierre Restany, le nouveau réalisme regroupa différents artistes comme Arman ou Tinguely. C’est Restany qui nomma ainsi le groupe lors d’une exposition en Italie et publia le manifeste du nouveau réalisme qui fut signé par les artistes présents lors de cette exposition à Milan. Une nouvelle version fut rédigée (intitulée “40° au-dessus de Dada”) attirant de nouveaux artistes. Le groupe ne fut vraiment actif que 3 ans (entre 1960 et 1963) et fut  dissous en 1970.

En Belgique, des artistes se sont aussi réclamés du pop art américain avant de s’en éloigner à partir des années 70, notamment à cause du fait qu’ils ne se retrouvaient pas dans une société engagée dans la guerre du Vietnam. Principalement connu pour cette oeuvre, l’artiste Paul Van Hoeydonck réalisa une sculpture en aluminium intitulée “Fallen Astronaut” (l’astronaute tombé). D’une hauteur de  8,5 cm, elle fut déposée sur la lune lors de la mission Apollo 15 de 1971; un hommage à tous les astronautes morts durant la conquête de l’espace.

Aux Pays-Bas, Woody Van Amen trouva son inspiration grâce à son travail aux côtés de Warhol et Rauschenberg à New York. Ainsi, il intégra des marques commerciales néerlandaises dans ses assemblages. Provoquant, il choqua le public avec “Electric Chair” (La chaise électrique) en 1964. Il s’agissait d’un assemblage rassemblant différentes pièces de bois et représentant un moyen de mise à mort. Dès 1963, “Electric Chair” rejoignit l’iconographie warholienne.

Enfin, l’Asie. Le Japon fut le foyer du pop art dans cette partie du globe notamment grâce à Yayoi Kusama. Ce dernier s’installa à New York en 1957 puis rentra au Japon une quinzaine d’années plus tard. Il diffusa alors ce style et devint une personnalité de la culture avant-gardiste. L’autre personnalité japonaise importante dès les années 1960 fut Tadanori Yokoo, le Andy Warhol japonais.  Plasticien et graphiste, il réalisa des centaines d’affiches, de peintures et de collages.

 

“Koshimaki Osen”, Tadanori Yokoo, 1966

 

Hamilton avait sûrement raison…

… le pop art peut rapporter gros. À la fin des années 1980, “Torpedo…Los!”, une oeuvre de Roy Lichtenstein fut vendue par Christie’s pour 5,5 millions de dollars. Cela constituait alors un record pour un artiste vivant.

 

“Torpedo…Los!”, Roy Lichtenstein, 1963

 

Fin 2012, Christie’s, encore, assura la vente de plus de 350 créations d’Andy Warhol. 17 millions de dollars furent ainsi dépensés dont plus de 600 000 pour un collage représentant Jackie Kennedy (alors qu’il était estimé moitié moins).

Conscientes que l’intérêt populaire pour le pop art est toujours une réalité, les entreprises démarchent la Fondation Andy Warhol afin qu’elle sélectionne des éléments de la vie quotidienne et qu’elle accepte qu’on y appose leur nom : boissons, maquillage, téléphonie, vêtements, objets de décoration, etc.

Sans oublier les logiciels et applications qui permettent à chacun de donner un effet pop art à ses photos mais aussi de créer des logos et objets visuels dans l’esthétisme pop.

 

Quelques ventes pop art :

  • “Nurse” de Roy Lichtenstein fut réalisée en 1964 et représente une infirmière dans un style comics apprécié par Lichtenstein. Ce dernier se serait inspiré d’une histoire d’amour dans un comics de ces années-là. Vendue 1,4 millions d’euros en 1995, 20 ans plus tard, “Nurse” fut à nouveau cédée pour 80 millions d’euros en 2015.

 

“Nurse”, Roy Lichtenstein, 1964

 

  • Vendue 47 millions d’euros en 2013, “la Femme au chapeau fleuri” (“Woman with Flowered Hat”) est aussi une oeuvre de Roy Lichtenstein. Si le style rappelle celui de Picasso, ce n’est pas un hasard. Cette peinture fait volontairement référence au travail de l’espagnol et plus précisément à “Dora Maar au Chat” (vendue 85 millions d’euros en 2006).

 

“Woman with Flowered Hat”, 1963, Roy Lichtenstein

 

“Dora Maar au Chat”, Picasso, 1941

 

  • “Race Riot in Four Parts” (Emeute raciale en 4 parties) fut réalisée en 1964 par sérigraphie après les émeutes raciales de Birmingham en 1963. En 2014, cette création d’Andy Warhol fut cédée “contre un chèque” de 53 millions d’euros.

 

“Race Riot (in Four Parts)”, Andy Warhol, 1964

 

Mais aussi d’Andy Warhol :

  • “Marylin turquoise” (66 millions d’euros),
  • “Men In Her Life” (53 millions d’euros),
  • “Green car Crash, Burning Green Car n°1” (60 millions d’euros),
  • “Silver Car Crash, Double Disaster” (88 millions d’euros),
  • “4 Marlons” (58 millions d’euros),
  • “3 Elvis” (68 millions d’euros),
  • “8 Elvis” (84 millions d’euros)

La prochaine fiche sera la première d’une série visant à faire un panorama de l’histoire de la peinture.

 

 

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