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[INTERVIEW] Patrick Moya, artiste polymorphe

J’ai eu la chance dernièrement de pouvoir rentrer en contact avec un artiste hors catégorie et à l’univers très dense, j’ai nommé Patrick Moya.

 

Patrick Moya posant avec sa création après un Live Painting en Italie

Patrick Moya posant avec sa création après un Live Painting en Italie

 

Patrick Moya, tout d’abord, merci infiniment pour le temps que vous nous accordez.

Pour vous présenter rapidement, vous êtes un artiste international reconnu, ayant notamment travaillé en Asie, en Italie et bien évidemment en France. Actif depuis les années 80, vous avez su faire preuve de polyvalence dans votre art, en étant même pionnier des univers numériques.  Plus que polyvalent, un vrai caméléon artistique. Volontairement inclassable je suppose et toujours à l’écoute du monde.

 

On peut alors s’interroger sur l’évolution de “Moya l’artiste.” Pouvez-vous nous expliquer  rapidement votre parcours artistique ?
Patrick Moya  : Très jeune je faisais des bandes dessinées et j’ai publié dans les premiers fanzines libertaires. Dans le même temps, je lisais beaucoup de revues d’art contemporain. Puis, je suis rentré à la Villa Arson qui était l’école des arts décoratif de Nice où je réalisais une « émission de télévision » que j’intitulais « bonzour bonzour ». Sa particularité était d’être en direct, sans enregistrement, retransmise, depuis un atelier jusqu’à un amphithéâtre, dans le but de superposer la créature au créateur. Et comme il n’y avait aucune trace, je n’ai pas pu obtenir mon diplôme, faute d’avoir autre chose à montrer que moi-même, la créature que j’étais devenue ! Les profs étaient un peu surpris quand je leur disais que Guy Lux était un grand artiste d’art contemporain mais qu’on ne le savait pas car sa créature en direct masquait le créateur. Ensuite j’ai posé comme modèle nu pendant dix ans dès ma sortie de la Villa Arson, à la fois pour vivre sans vraiment avoir l’impression de travailler, et pour tenter d’être la créature plutôt que le créateur dans l’esprit de mon travail d’étudiant. J’ai essayé de faire des projets d’émission de télévision très utopiques où je devait être le téléartiste; une sorte de présentateur créature. Aucune télé n’a voulu de mes projets. Puis j’ai commencé à peindre pour illustrer mes théories. J’ai peint des signes électroniques et des antennes de télé puis les lettres de mon nom. Et c’est après un voyage à Hong Kong que j’ai décidé de créer un personnage qui me représente pour pouvoir accéder à d’autres formes médiatiques. Finalement, j’ai fini par peindre ce personnage créé au départ en 3D à la demande du galeriste Jean Ferrero qui a été l’un des galeriste les plus important de l’Ecole de Nice. À partir de là, la peinture m’a permis de bien vivre de mon travail.

 

Carnaval de Nice, Char Moya en 2009

Carnaval de Nice, Char Moya en 2009

 

D’après ce que j’ai pu lire vous concernant, vous êtes arrivé à Nice vers 15 ans. Est-ce que la fibre artistique s’est manifesté à ce moment ou est-ce qu’elle s’était déjà exprimée avant ?
Patrick Moya : j’ai toujours beaucoup dessiné, même très jeune, mais je menais aussi plein de petites expériences avec des lentilles optiques ou des appareils photos bricolés et j’empaillais aussi des animaux pour les conserver.

J’avais une tête de rat empaillée dans ma trousse. J’aime toujours aller dans les musées de sciences naturelles pour dessiner les animaux ; c’est pratique car ils ne bougent pas.

 

Je sais que vous tenez beaucoup à la ville de Nice. Vous n’y êtes pas né mais c’est tout comme. Le cadre de cette ville a-t-il joué dans votre vision artistique ? Est-ce que Nice est pour vous comme la Provence fut pour Van Gogh, à savoir une grande source d’inspiration ?
Patrick Moya : Ce n’est pas tant le territoire qui est source d’inspiration que ses particularités qui influencent le travail. La situation balnéaire de Nice rend l’art qu’on y produit plus ouvert au monde et sans doute un peu en vacances.

Aujourd’hui je vis en partie à Nice et en partie dans le monde virtuel du Moya Land où je reçois les visiteurs le soir.

 

Avatar de Moya (résine)

Avatar de Moya (résine)

 

Un artiste/une œuvre en particulier qui vous a donné envie de vous lancer lors de vos débuts ?
Patrick Moya : à mes débuts, j’ai été inspiré par les théories de la communication, surtout les idées de Marshall McLuhan.

Et j’ai eu une grande admiration pour des artistes comme Joseph Kosuth ou Nam Jun Paik, même si cela peut paraître surprenant au regard de certaines de mes œuvres actuelles !

 

Comment préparez-vous une œuvre ? Avez-vous un processus récurrent ? Une routine de travail ?
Patrick Moya : Comme je travaille toujours au dernier moment, je ne prépare pas vraiment, je ne travaille que lorsque j’ai un projet ou une expo à venir. Mais comme j’ai toujours quelque chose en cours, je travaille tout le temps. Au début, j’initiais moi-même des projets pour pouvoir travailler …

Concernant la peinture, je travaille sur fond noir, ce qui me permet d’aller très vite en utilisant seulement quelques touches de peinture : on peut appeler ça une routine !

 

L'artiste préparant une œuvre aux dimensions impressionnantes lors de la foire de l'art de Reggio Emilia

L’artiste préparant une œuvre aux dimensions impressionnantes lors de la foire de l’art de Reggio Emilia

 

L’œuvre, terminée en deux jours, fait 27 m de longueur.

L’œuvre, terminée en deux jours, fait 27 m de longueur.

 

Création d’imagination ou d’après référence, quelle est la part de l’une et l’autre dans votre travail globalement ?
Patrick Moya : Sauf quand je fais volontairement référence à une œuvre classique, j’essaie toujours d’éviter d’utiliser des éléments ou des graphismes que je n’ai pas créés moi même.

Cela ne veut pas dire qu’on est pas influencé par ce qui a été précédemment crée.

 

Clin d’œil artistique au Peintre néerlandais Vermeer

Clin d’œil artistique au Peintre néerlandais Vermeer

 

Peinture, sculpture, céramique, photographie, images et films numériques… vous excellez dans le changement de registre. Néanmoins, vous avez bien une technique préférée ? Et pourquoi ? Ou alors c’est selon votre humeur ?
Patrick Moya : Pour le côté pratique, je préfère la peinture car avec un simple drap noir et quelques tubes de peinture dans un petit sac, je peux faire, en voyage, une grande toile en performance.

Et la peinture permet de réaliser plus facilement de grandes expositions. Mais le soir, chez moi, j’adore vivre à l’intérieur de mon œuvre virtuelle hébergée dans Second Life.

 

Avec aussi forte polyvalence, on comprend que l’on a affaire à un artiste doué, doté en plus d’un esprit attentif aux évolutions de la société. Je pense notamment au fait que vous êtes un pionnier des univers numériques. Mais cette polyvalence, ne fut-elle pas une difficulté pour vous à un moment ? On vous présente souvent comme un artiste hyperactif, toujours en action. N’avez-vous pas eu peur de vous perdre artistiquement ?
Patrick Moya : La polyvalence c’est ce dont j’ai rêvé . Comme ma première obsession était d’éviter de m’enfermer dans un style, un matériaux ou une théorie, j’ai fait en sorte que toutes mes œuvres, aussi différentes soient-elles, soient signées par les 4 lettres de mon nom, MOYA, et/ou par la présence d’un personnage qui me représente.

Aujourd’hui, mes îles virtuelles sont le lieu idéal pour montrer l’ensemble du travail … Un peu comme si mon travail n’attendait que cet univers virtuel pour se révéler !

 

Céramique

Céramique

 

Dans le cadre du Blog, nous rédigeons régulièrement des fiches d’artistes (Cézanne, Van Gogh….etc). Pour un certain nombre d’entre eux, ils furent jugés assez sévèrement par les critiques d’art de leur époque. Personnellement, avez-vous souffert des critiques d’art ? Ou alors les craignez-vous ?
Patrick Moya : J’ai la chance d’être tellement hors du circuit habituel de l’art contemporain que, pour le moment, les seuls critiques qui écrivent sur moi sont ceux qui ont découvert mon travail et en font une analyse positive.

J’ai la chance également qu’avec internet, l’importance de la critique se dilue dans la masse des informations que permet la « neutralité » des réseaux.

 

J’ai eu la chance en 2011 de me rendre au centre d’art “La Malmaison” de Cannes. Vous aviez alors investi les lieux pour présenter « La civilisation Moya ».  Sur tous les murs, auparavant recouvert de toile noire, vous aviez peint “in situ” une fresque de 90 mètres de long environ, sur 4 mètres de hauteur. Cette fresque racontait votre aventure artistique de la création du monde jusqu’à la création de votre avatar. Combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser une œuvre de cette taille ? N’est-ce pas aussi un gros challenge physique et mental ?
Patrick Moya : J’ai mis une vingtaine de jours mais en ne travaillant que 4 ou 5 h par jour et avec beaucoup d’interruption pour discuter ou préparer l’exposition. J’aime beaucoup ce genre de projet car cela m’oblige à travailler.

Il y a également le plaisir très narcissique de se faire remarquer … Et surtout, de faire pénétrer le visiteur dans son univers, un peu comme dans un monde virtuel.

 

« La civilisation Moya », centre d’art “La Malmaison” de Cannes. 2011

« La civilisation Moya », centre d’art “La Malmaison” de Cannes. 2011

 

Est-ce que vous répondez à des commandes ou vous laissez votre sens artistique s’exprimer seul ?
Patrick Moya : Oui, je réponds à des commandes, car si on ne m’en faisait pas, je ne ferais bien sur que des œuvres invendables pour les expositions ou je me promènerais dans mon monde virtuel toute la journée …

Et à la fin, je devrais faire un autre travail pour vivre ! C’est sans doute faire quelques concessions mais quand son rêve d’adolescent a été d’être un artiste, c’est faire encore une plus grande concession que de faire un autre métier pour vivre.

 

Vos sources d’inspiration au quotidien ?
Patrick Moya : Moi, ça m’encourage à travailler (LOL)

 

« La civilisation Moya », centre d’art “La Malmaison” de Cannes. 2011

« La civilisation Moya », centre d’art “La Malmaison” de Cannes. 2011

 

Qualités nécessaires pour espérer devenir un artiste polyvalent comme vous ? Les avantages/inconvénients de votre style artistique ?
Patrick Moya : Ce n’est pas tant une qualité que l’ambition un peu folle d’être universel !

Les avantages, c’est de pouvoir tout faire et d’accepter toutes les propositions pour s’y adapter ensuite. L’inconvénient, c’est de ne rien faire vraiment bien et à fond … mais j’ai toujours pensé que la dernière prérogative qui reste à l’artiste, c’est justement de pouvoir tout faire sans avoir aucune responsabilité !

 

Vivre de son art, est-ce plus compliqué de nos jours ?
Patrick Moya : Il y a énormément de manière de vivre de son art, je pense que chacun peut trouver un public.

 

Parmi toutes vos œuvres, est-ce qu’il y en a dont vous êtes particulièrement fier ? Ou une qui fut plus difficile à réaliser ? Pourquoi?
Patrick Moya : Même si je suis un artiste qui fabrique beaucoup d’œuvres réelles, ce dont je suis le plus fier, c’est de mon univers virtuel !

(Crée en 2007, Le Moya Land est une surface virtuelle de 260 000 m2, accessible sur internet via Second Life.
Cet univers est conçu comme une œuvre d’art global et immersive où vit et travaille Patrick Moya. Dans cette œuvre, le créateur est devenu la créature comme il nous l’expliquait plus haut).

 

L'île Moya

L’île Moya via Second Life

 

Avec des années d’expérience, vous avez pu voir l’évolution du monde artistique. Selon vous, quelle direction va prendre l’Art ? Je pense notamment au numérique qui prend de plus en plus de place. Le traditionnel est-il vraiment en péril ? Ou alors au contraire, ils se complètent ?
Patrick Moya : Je ne crois pas à l’art numérique en tant que tel. À chaque nouvelle technologie, on crée un type d’art : le net art, l’art virtuel etc … Mais on ne fait qu’appliquer les méthodes de l’art moderne et contemporain à ces nouveaux médias, alors que ce sont ces médias transforment l’artiste et l’art lui-même.

L’important, c’est que l’œuvre se prépare aux changements produit par ces nouvelles technologies. L’artiste est un cas d’école qui montre comment l’humain traverse les médias et comment il en ressort plus ou moins indemne. Les nouveaux médias sont de plus en plus fluides, et l’artiste sera, grâce aux extensions offertes par les technologies du futur, un être potentiellement actif à plus long terme que celui de sa génération.

 

Est-ce que vous changeriez quelque chose dans votre parcours artistique ? Quelque chose que vous auriez fait autrement ou pas fait du tout…
Patrick Moya : Oui, j’aurais tout pu faire autrement, comme rester plus minimaliste ou vivre à Paris ou New York, mais on ne change pas son caractère et je pense que je serais finalement revenu sur le même chemin.

 

Dernière question, auriez-vous un conseil à donner aux artistes en herbe ? Souhaitez-vous rajouter autres choses ?

Patrick Moya : Faire tout de suite des expos ou des performances sans attendre d’être prêt, quitte à être ridicule et se corriger ensuite. Ça évite d’être ridicule le jour où on pense être prêt. Je crois qu’un artiste, c’est quelqu’un qui fait avant de penser mais qui pense ensuite à partir de ce qu’il a fait, puis qui recommence à faire sans penser.

Je vous invite à visiter le Moya Land sur Second Life. Le soir, si je suis connecté, je peux vous faire une visite guidée avec la voiture de l’office de tourisme des îles Moya.

 

Ce n’est pas tous les jours que l’on a la chance d’échanger avec un artiste international, avec un univers aussi vaste, doté d’une telle expérience. Patrick Moya, merci encore d’avoir répondu favorablement à notre demande d’interview.

 

"Moya endiablé", Résine, 2016

« Moya endiablé », Résine, 2016

 

 

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10 commentaires pour “[INTERVIEW] Patrick Moya, artiste polymorphe”

  1. brigitte lanta dit :

    Merci pour cette belle découverte
    Belle interview avec de belles illustrations   😊

  2. Claude Micheyle dit :

    Vos explications sont simples et claires !Merci

  3. J’adore vos oeuvres gigantesques, votre talent est aussi grand !
    C’est féérique, un univers où nous voulons explorer.
    Merci pour ce partage tout en couleur.

  4. Génial, merci pour cet article ! 🙂

  5. bruce13 dit :

    Merci à tout les deux. Merci à toi Pit pour ce renouvellement d’idée qui « semblent » être inépuisable.

  6. Scendre dit :

    Ce que je trouve le plus intéressant dans cet artiste au final c’est son implication dans Second Life.

    Comme quoi les nouveaux médias amènent de nouvelles libertés, et influencent le type de l’oeuvre. Moya aurait très bien pu créer une maquette, mais peu de personnes auraient pu la voir et encore moins la visiter !

    Alors que Le Moya Land existera toujours tant que les serveurs de Second Life seront maintenus. Que son créateur soit ou non connecté.

    Ca donne justement envie d’aller le visiter 😉

  7. Une découverte! Merci Pit pour cette interview et merci Patrick Moya pour ce moment de partage!

  8. Photo du profil de Pinson Pinson dit :

    tres Interessant! A répéte, éventuellement, avec d’autres artistes inspirants!

  9. Photo du profil de Pyf Pyf dit :

    Patrick Moya est un artiste véritablement inclassable. Je ne sais pas pourquoi mais ce côté décalé me rappelle (dans un style différent certes) la période dada ou surréaliste.

    On peut ne pas aimer son style néanmoins, pour en avoir déjà vues, je trouve ses œuvres « globalement » apaisantes et rafraîchissantes. Et puis j’aime beaucoup son utilisation des couleurs. J’avais pu voir son travail lors d’une expo ; septique quand ma femme a voulu m’y traîner et réjouit en ressortant.

    Faire de son nom un support de travail ou son cheminement créateur-créature que l’on pouvait voir dans « La civilisation Moya », je trouve ça vraiment intéressant. Alors certains peuvent dire que c’est du narcissisme, de l’égocentrisme… Mais je pense que cela fait parti de son processus créatif, de son univers. Et puis tous les artistes ne le sont-ils pas un peu au final ?

    Bref, des œuvres à découvrir pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas.

  10. Mi Girouette dit :

    Cet artiste est vraiment très inspirant 🙂 Si je devais retenir quelque chose de ce qu’il a dit, ce serait : « Il y a énormément de manière de vivre de son art, je pense que chacun peut trouver un public  » et sa réponse à la toute dernière question de l’interview : se planter au départ pour mieux repartir par la suite !

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