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[Interview] Cyril Rolando, l’aventure psycho-artistique

Après Patrick Moya, l’artiste polymorphe et Jenny, la créatrice  du premier manga Shōjo français,  faisons place à un autre artiste avec son univers bien à lui : Cyril Rolando (aka Aquasixio)

 

 

Cyril, bonjour ! Merci de nous accorder du temps en répondant à nos quelques questions.

Je vais commencer cet entretien par une petite présentation te concernant. Tu te nommes Cyril ROLANDO, tu es né en 1984, le 6 septembre. Diplômé de la faculté de psychologie d’Aix-Marseille depuis juin 2007, tu travailles actuellement en tant que psychologue libéral dans le Var.

On peut donc se demander pourquoi, dans le cadre de nos interviews d’artistes, j’interroge un psychologue. Et bien c’est que tu es aussi peintre digital sous le pseudonyme d’Aquasixio. Plus de 300 000 abonnés sur ta page Facebook, 3 200 000 vues sur son DeviantArt, excusez du peu !

 

Dès la première question, nous demandons habituellement aux artistes de nous en dire plus sur leurs parcours et formations artistiques. Sauf erreur, il me semble que tu n’as pas suivi un parcours scolaire artistique. Peux-tu nous en dire plus sur toi ? Comment en es-tu arrivé à faire du digital painting ?

Cyril : J’ai toujours aimé « griffonner », mais le dessin est toujours resté à une activité basique de détente, comme pour la plupart des enfants. Adolescent, j’ai davantage « exprimé » mon mal-être à travers ce support, ce qui m’a amené à en faire une « option » au bac, pour avoir quelques points, mais j’ai toujours suivi un parcours « scientifique ».

J’ai réussi mon bac S mais malheureusement je n’ai pas été retenu aux concours d’entrée pour effectuer une MANAA (Mise À Niveau en Arts Appliqués). C’est ainsi qu’en 2002, je me suis dirigé vers des études de psychologie à la faculté d’Aix-En-Provence, à défaut d’une orientation en Art.

J’avais pour projet de retenter le concours de MANAA, mais la psychologie m’a beaucoup intéressé. Cinq années plus tard, je me suis retrouvé psychologue. En parallèle de ces études, je me suis construit un petit univers dans le monde du « digital painting ». C’est en regardant mon petit frère dessiner des « Oekakis » (petits dessins digitaux sur Internet) que je me suis lancé également.

J’ai vite apprécié la possibilité de faire/défaire un trait, changer la couleur ou la taille d’un objet, en un clic de souris. C’est ainsi qu’en moins d’un an, j’avais investi dans Photoshop CS2 et dans une tablette graphique WACOM.

J’ai rapidement joui d’une grande notoriété, ce qui remplissait sûrement mes attentes de reconnaissance et autres difficultés personnelles. J’ai autant grandi par la psychologie qu’à travers l’art.

 

A safe place where you can go

 

En 2013, tu décides de te « professionnaliser » (tu travailles toujours comme psychologue en parallèle). Le fait que tu n’aies pas eu un parcours scolaire artistique ne fut-il pas un handicap quand tu as commencé le digital painting ou en 2013 ?

Cyril : Je n’ai pas une très bonne estime de moi et j’ai souvent l’impression d’être dans l’imposture, tant au niveau de mon travail de psychologue que dans mon activité de dessinateur. Bien que je sois plus confiant dans mon exercice de thérapeute, je reste quelqu’un d’anxieux, qui se remet beaucoup en question. En 2013, poussé par ma famille et ma femme, j’ai entrepris « d’assumer » ma qualité « d’artiste », ce qui m’a permis également de régulariser les droits d’auteur que je recevais.

J’ai très peu apprécié la popularité et ne suis pas parvenu à accepter de faire des expositions. Plus j’étais exposé, moins j’avais le temps de créer et je crois que mon besoin est avant tout de « dessiner ». Je n’ai jamais compris les codes de l’art, de la valeur d’une œuvre et de l’intérêt soudain pour un artiste qui pendant des années passait inaperçu aux yeux de tous. Je n’apprécie pas ce monde de « faux semblants » et j’ai préféré progressivement revenir à mon statut de « créateur ». N’ayant pas besoin de vivre de mon art, puisque c’est un hobby, je me sens libre de créer sans contraintes, sans clients et sans besoins de répondre à une attente extérieure.

 

Drink time

 

Quel(s) logiciel(s) utilises-tu ? Et pourquoi ?

Cyril :  J’ai toujours apprécié Photoshop et j’ai eu quelques difficultés à investir d’autres logiciels, tels que Corel. Je ne doute pas qu’ils soient tous aussi puissants ou permettent d’utiliser d’autres techniques, mais je n’ai pas vraiment le goût pour les « bidouillages » informatiques. C’est assez récemment que j’ai utilisé des pinceaux autres que les « basiques » proposés. De la même façon, il est évident que je n’exploite pas toutes les possibilités de Photoshop.

 

Tu es donc un digital artiste. Mais as-tu déjà fait des œuvres en techniques traditionnelles (dessin, peinture) ?

Cyril : J’ai pu faire quelques aquarelles quand j’étais à la fac, mais sans technique… et sans ambition. Depuis, tout est « digital ».

 

La fable de la girafe

 

Lorsque tu commences un dessin, tout ton processus créatif passe par le digital ou est-ce que tu réalises des croquis préparatoires ? D’ailleurs, tu débutes avec une idée de ce que tu veux faire (décors, couleurs, personnages…) ou tu improvises au fur et à mesure ?

Cyril : Ça dépend. Parfois, j’ai besoin de « penser » la composition, je fais plusieurs essais (digital ou papier). Mais le plus souvent, le « temps 1 » du dessin ne ressemble pas du tout à l’œuvre finale, tant au niveau des couleurs que des éléments. Ces changements sont liés au fait que je mets parfois plus d’un mois à faire « un » dessin et que le fait de revenir dessus modifie ma perception ou mes idées… Du coup, je change parfois du tout au tout.

 

A world of poetry

 

Où trouves-tu tes références ? Internet ? Ton environnement ? Autres ?

Cyril : Google est une source d’images inépuisable ! J’ai très souvent recours aux images de références ou aux photos prises dans un miroir, pour réfléchir aux positions des mains ou des lumières. Ces images « compensent » mon cruel manque de techniques, tant au niveau anatomie que perspectives.

 

As-tu une routine dans ton processus créatif ? Un rituel ?

Cyril : Je rassemble mes idées, mes couleurs, quelques références. Je mets la musique et c’est parti ! Par contre, je n’arrive pas à rester plus d’une heure sur un dessin, donc j’arrête et je reprends le jour d’après. Progressivement, le dessin prend forme.

 

Mana Tide

 

Est-ce que tu travailles sur plusieurs réalisations en même temps ? Ou tu préfères te concentrer sur une à la fois ? 

Cyril : Il y a énormément de dessins qui ne seront jamais publiés alors que j’ai passé beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps dessus. Il y a des périodes où je n’ai pas d’inspiration, mais j’ai besoin de dessiner. Du coup, je commence plein de dessins différents jusqu’à ce que je me dise « Celui-ci, il me parle ».

 

Peux-tu nous définir ton style ? Et quelles émotions aimes-tu faire passer dans tes travaux ?

Cyril : J’ai longtemps dit « Otherwordly » (d’un autre monde) pour ne pas dire « inclassable » et j’ai été surpris de voir quelques dessins de Dali… et de me rendre compte que ce serait plutôt du « surréalisme », du moins les premières années de son œuvre. Après, j’essaie de faire des choses différentes, de ne pas rester enfermé dans des couleurs ou des sujets… même si les mêmes thèmes reviennent fréquemment…

 

Show me love

 

Tu es passionné par ton métier cependant il ne doit pas être simple tous les jours. Tu dois recevoir des personnes de tous les âges et de tous les horizons. Travaillant même avec des juges dans certains cas difficiles, je suppose. Ton travail artistique est-il un moyen de t’échapper ? De te vider la tête ?

Cyril : En effet et tu oublies ma fille avec qui je souhaite passer du temps après le travail. Toutes ces activités, toute cette dynamique, c’est à la fois ce qui nourrit mes idées et à la fois ce qui m’épuise et nécessite de me poser, seul pour réfléchir ou me recentrer. Je ne pourrais pas poursuivre cette aventure psycho-artistique si elle n’avait pas de sens et ne maintenait pas mon équilibre. L’art est autant une béquille pour avancer qu’un moyen de m’exprimer.

 

The glimmers of Aurora – Artwork en lien avec la fille de Cyril

 

D’ailleurs, les expériences que tu vis au quotidien dans ton travail sont-elles une source d’inspiration ? Quelles sont tes autres sources d’inspiration ? D’autres artistes peut-être ?

Cyril : C’est un peu bête, mais la plupart du temps, c’est en voiture, en rentrant du travail que je suis le plus « créatif ». Sûrement le trop-plein de la journée, qui ne demande qu’à sortir ! Du coup, une chanson à la radio, un mot écrit sur une publicité ou une idée qui me passe par la tête et hop… une inspiration chemine et se formalise en dessin. C’est souvent le week-end que je « commence » un nouveau dessin, après une semaine bien chargée.

 

Est-ce que tu vends tes créations digitales, à des studios par exemple, ou sur des supports physiques pour le grand public ? Est-ce que tu reçois des commandes spécifiques ?

Cyril : J’ai pris pour habitude de ne jamais répondre aux commandes. Je vends essentiellement mes droits d’auteur, avec les dessins « déjà faits ».

 

Une œuvre dont tu les plus fier ? Dont tu te souviens plus particulièrement pour une raison ou pour une autre ?

Cyril : Sans nul doute « Save Ours souls », en 2005, une période de ma vie très riche à tous points de vue (sentimental, études, travail, rencontres…). J’ai l’habitude de dire que c’est le dessin qui m’a permis de souligner « qu’avant d’aider les autres, il faut s’aider soi-même ».

 

Save Our Souls – 2005

 

Durant le processus créatif, un artiste peut rencontrer des difficultés (syndrome de la page blanche, résultat final insatisfaisant… etc.). Comment gères-tu ce genre de difficultés ? Certains artistes peuvent par exemple laisser tomber totalement une création.

Cyril : Je suis actuellement dans cette période. Donc, pour ne pas me prendre la tête, je commence plein de dessins, jusqu’à ce qu’il y en ait un qui fasse « pop » et qui me donne envie de le poursuivre.

 

Breath of the Wild

 

As-tu des projets artistiques à venir et dont tu pourrais nous parler ?

Cyril : Je vais bientôt sortir un ArtBook, en association avec un poète américain. Ce livre sera le trait d’union entre nos deux univers. Il m’encourage également à me faire confiance, car j’ai beaucoup de mal à avec les projets qui sont trop liés à une notion d’argent.

 

Enfin, la question traditionnelle, aurais-tu un ou des conseils à donner à nos lecteurs qui voudraient faire du digital painting (comme hobby ou métier)

Cyril : Alors, comme je dis souvent, l’intérêt c’est avant tout de prendre du plaisir. Le besoin de « perfection » compromet bien souvent le besoin d’expression… Donc, la question est « Qu’est-ce que tu veux raconter à travers ça ? »

 

Cyril, merci beaucoup de nous avoir répondu et plein de bonnes choses pour tes projets !

 

What do you wanna ?

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21 commentaires pour “[Interview] Cyril Rolando, l’aventure psycho-artistique”

  1. tigerbouro dit :

    Wahouu…. Superbes réalisations.

    Merci pour cette intéressante interview.

  2. Lours blanc dit :

    wow quel univers quelle densité et poésie dans ces dessins

  3. orey59 dit :

    Merci pour cette interview pleine de vérités simplement dites et de belle clarté ! Et modeste en plus ! Salut l’artiste et longue vie …

  4. Audrey dit :

    Merci pour cette belle découverte! Cet univers me parle complètement, j adore! Je trouve ca inspirant, ça nous emmène, et c est haut en couleurs!

  5. tatwo dit :

    Merci pour l’interview. J’aime beaucoup ces univers très « intérieurs ».

  6. Pinson dit :

    Un bel échange! C’est magnifique ce qu’il fait! Bravo.

  7. Belle découverte! Superbe.
    Je retiendrai « Alors, comme je dis souvent, l’intérêt c’est avant tout de prendre du plaisir. Le besoin de « perfection » compromet bien souvent le besoin d’expression » 🙂

  8. kietsu dit :

    Merci pour cette interview très intéressante. Je ne le connaissais pas, mais je suis ravie de le connaître maintenant. Toutes ses œuvres sont magnifiques, elles sont poétiques et sont parlantes même sans le titre. Beautiful! J’adhère à 100%. Bravo à lui et une bonne continuation.

  9. Seb10 dit :

    Superbe artiste, Très motivant !

  10. Yorinashi dit :

    C’est quand on tombe sur des artistes qui ont des parcours similaires à celui qu’on emprunte, nourrissant des idées parfois proches des siennes, et qu’on les voit s’épanouir ainsi qu’on ne peut s’empêcher de regarder vers l’avant avec plein d’optimisme… =3

    Ca redonne doublement courage à l’étudiante en psychologie (qui n’a pas les moyens de s’offrir une école d’art et pas la self-confidence pour se lancer dans les exams d’entrées d’écoles publiques) et gribouilleuse à temps partiel que je suis, alors merci 😉

  11. Cela fait longtemps que je suis admiratif de son travail. Je n’arrive pas à croire qu’il est accepté une interview. ^^

    • Pit dit :

      ça c’est grâce à l’excellent travail et approche de Pyf. 🙂

      • Et bien un énoooorme merci à Pyf et Pit pour cet excellente interview. 😀
        J’avoue que je ne m’attendais pas à ce genre de vécu. ^^

        • Pit dit :

          Les artistes les plus intéressants sont souvent ceux qui ont des vécus riches et des sensibilités exacerbées.
          C’est pour ça qu’il est bon de sortir toujours de sa zone de confort et de s’efforcer de découvrir le monde sous de nouveaux angles. 🙂

        • Pyf dit :

          C’est un garçon très simple et humble. Et puis bon, on a eu un peu de chance car on a bénéficié d’un moment de disponibilité dans son planning.

          Les artistes peuvent être très sollicités entre échéances à tenir, participation à des événements et en une telle période, les vacances.

  12. Amandine dit :

    Je trouve son travail incroyable ! Et l’article me motive d’autant plus que je suis orthophoniste en libéral et mère de deux enfants, et que j’essaie de tout concilier également. C’est très inspirant, merci pour la découverte ! (Et ça donne envie de progresser et de se créer une page sur deviant art !)

  13. oumar ongoiba dit :

    Bonjour pit, je trouve son fameux travail extraordinaire, mais je veux savoir qu’il transforme les photos réelles en dessin animé ou il fait directement le dessin sur l’ordinateur?

    • Pit dit :

      je n’ai pas compris ta question.
      Tu me demandes s’il utilise des références photos j’imagine?
      je pense qu’il en utilise oui, mais à bon escient, ce qui créé une image forte et créative.

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