Apprenez à mieux dessiner grâce aux sciences de l’apprentissage

Portrait visage coloré

Cet article simplifie volontairement des notions pour les rendre applicables dans des exercices. Le vocabulaire scientifique sera donc entre parenthèses et il n’est pas indispensable pour s’approprier et appliquer les théories de l’apprentissage en dessinant. Ces mots permettront à ceux qui souhaiteraient approfondir un thème de faire leur recherche avec le bon mot clef.

Ce document présente des applications au dessin de trois formes d’apprentissage. Il peut aussi être utilisé pour comprendre un cheminement possible vers le dessin d’imagination, mais il est aussi là pour servir à tous ceux qui apprennent à dessiner, en cherchant des méthodes efficaces.

L’objectif est qu’après avoir lu cet article, et fait les exercices qui s’y trouvent, vous soyez en mesure de repérer ces trois façons d’apprendre à dessiner, et de les utiliser dans votre cheminement artistique. Notamment pour les exercices que vous auriez tendance à éviter sans une méthode facile à utiliser. Un outil pour rendre tout ça plus simple et agréable en gagnant du temps.

 

Dans l’ordre de leur découverte en psychologie, je vous présenterai successivement :

  • La première forme d’apprentissage (Conditionnement Classique) qui se produit par des associations répétées.

C’est un phénomène souvent illustré par l’association entre le café et la cigarette qu’ont « appris » à faire certains fumeurs. Mais pour apprendre le dessin, il existe des associations utiles à l’apprentissage.

Il se peut même que vous l’utilisiez déjà, nous verrons comment en repérer d’autres formes et les utiliser de façon pertinente.

  • La deuxième forme d’apprentissage fonctionne par récompenses et punitions, donc des conséquences d’actions qui seront alors répétées si nous avons obtenu une récompense ou évitées si nous avons reçu une punition (Conditionnement Opérant ou Loi de l’Effet).

Nous apprenons à répéter les actions ayant abouti à des récompenses, et à éviter les comportements qui ont eu des conséquences négatives.

Le plaisir ressenti après un dessin qu’on trouve réussi, ou un compliment sur un dessin sont des récompenses que l’environnement nous renvoie « naturellement », et les récompenses venant du professeur de dessin sous forme de compliments sur un dessin par exemple sont « éducatives ».

C’est ainsi qu’en plus de sélectionner les espèces, l’environnement sélectionne aussi nos comportements.

Les punitions éducatives ne sont pas utilisées ici pour des raisons évidentes.

  • La troisième forme d’apprentissage se fait par imitation (Conditionnement Social).

Elle permet de bénéficier de toutes les connaissances qui ont été accumulées au fil du temps et durant l’histoire.

 

De nombreux dessinateurs venant sur ce site ont pour objectif le dessin d’imagination. Et pour cause, puisque nous souhaitons ressentir ce plaisir durable, cette liberté qui transparaît chez ceux qui ont appris à dessiner sans modèle. Mais cela requiert des compétences différentes du dessin d’observation, et oblige à passer par certaines étapes.

dessin d'imagination

Il n’est possible de dessiner d’imagination un arbre, un corps, ou de quoi que ce soit, sous des angles inédits, que si on a appris mentalement et en dessin à faire tourner, dans l’espace et sans modèle, ne serait-ce que des cubes. Donc pour apprendre à dessiner sans modèle, le plus important est de savoir représenter sous forme de volumes de base ce qu’on veut dessiner.

Ce n’est pourtant pas la première étape pour y parvenir. Car il faut d’abord comprendre comment on représente sur une feuille plate, en 2 D donc, la perspective de tous ces volumes basiques. Et c’est après cela qu’on peut correctement apprendre à les faire tourner sans modèle (ou s’imaginer tourner autour pour le dessiner d’un angle différent).


Dans mon cheminement, j’ai vite été confronté à mes limites, car même en cherchant bien sur Internet, je n’ai pas vraiment réussi à réunir toutes les connaissances qui constituent « les bases du dessin » telles qu’on les trouve dans la formation du même nom sur ce blog.

 

Tour d’horizon de la psychologie

applicable à l’apprentissage du dessin

Certaines méthodes issues de la psychologie ont plus d’impacts que les théories de l’apprentissage. Mais les comprendre d’abord permet de s’aventurer plus sûrement ensuite sur des applications plus complexes.

Chacune de ces théories et leurs applications possibles « crayons en main » seront progressivement abordées dans d’autres contenus.

J’y présenterai entre autres :

  • Les sciences de la motivation : l’apprentissage du dessin fait intervenir une part innée et une part acquise. Si l’inné était entièrement décisif, un « don » permettrait aux uns de savoir dessiner dès le premier essai, pendant que d’autres ne progresseraient jamais même après des centaines d’essais. Vous vous en doutez, les choses ne se passent pas vraiment de cette façon !
Enfants dessinant
  • La confiance en soi, notamment pour apprendre à vous exposer vous et vos créations ou à recevoir une critique constructive pour en tirer avantage tout en sachant neutraliser des critiques malveillantes.

 

  • La gestion de ses traits de personnalité, pour par exemple réussir à produire et créer malgré caractère perfectionniste, ou réussir à échanger sur l’art malgré un tempérament introverti.

 

  • Le fonctionnement de la pensée (la « cognition »), ce que l’on se dit en dessinant par exemple, ou les images qu’on se projette pour en faire un dessin d’imagination. La mémoire visuelle et la mémoire du geste (« mémoire procédurale ou kinesthésique»). Les capacités d’assimilations.
mémoire visuelle image mentale

Pour la suite de cet article, je vous suggère, dans la mesure du possible, de faire en sorte ne pas être dérangé. Un bureau dégagé également aidera à vous plonger dans les notions que je vais décrire et que nous allons appliquer ensemble. L’environnement de travail importe beaucoup et permet de mieux apprendre à dessiner.

Il ne s’agit pas d’y passer des heures, et il serait judicieux de faire les exercices de l’article en plusieurs fois, sur plusieurs jours. C’est un guide qui peut vous accompagner si vous souhaitez vous diriger vers le dessin d’imagination avec des outils issus de la psychologie.

Voici un rappel théorique qui peut être nécessaire, si des notions qui s’y trouvent sont nouvelles pour vous, je vous recommande de reproduire les dessins et de bien lire les explications qui les entourent qui s’y rapportent jusqu’à ce que vous ressentiez que la chose est acquise. Vous pouvez aussi consulter le « Mini-guide de la perspective » disponible sur le blog.

Ne cherchez pas à produire un seul dessin de qualité qui vous prendrait du temps.

Il s’agit donc de distinguer deux types de dessins :

  • Vos dessins à partir de modèles ou vos créations d’imagination que vous souhaiter faire du mieux possible, en prenant le temps nécessaire : dans ce cas vous pouvez privilégier la qualité et la lenteur. Ceci dit, ce n’est pas obligatoire, certains styles de dessin implique la vitesse.
  • Vos dessins qui sont des exercices pour apprendre : dans ce cas privilégiez la quantité et la répétition, vous pouvez même vous minuter pour vous éviter de vous attarder sur un de ces dessins. C’est ce type de dessins que je vous propose de faire le long de cet article.

Vous pouvez commencer par ces exercices qui servent de rappels théoriques.

Si les notions qui y sont présentées sont déjà bien acquises pour vous, vous pouvez passer à la suite après un coup d’œil. Pour les autres, c’est le moment de vous installer devant votre bureau rangé si possible, avec un moment pour vous concentrer. Une feuille, une équerre et un crayon feront parfaitement l’affaire.

 

Dans cette première image, quelques bases théoriques dans l’apprentissage du dessin :

rappel théorique (2d, 3d, perspective ...)

Dans cette seconde image, j’introduis la « Ligne d’Horizon Théorique» qui s’applique en dessin,

les plans plats et les plans inclinés, ainsi que des éléments de terminologie :

Ligne d’Horizon Théorique

Cette troisième image vous montre ce qui se passe visuellement quand l’observateur est situé plus haut :

Vue en plongée

Peut-on apprendre à nager, ou à faire du vélo avec des livres ou des tutoriels, sans jamais essayer. Je crois que je n’ai pas besoin de vous faire un dessin, enfin si justement, il faut en faire des dessins pour progresser … ;-)

Il n’est pas rare que des élèves surestiment la part d’innée en parlant de « don », et plus c’est le cas, plus ils ont tendance à éviter l’effort, car ils jugent que cela aura peu d’effet sur le résultat.

Ces élèves, en parlant d’un dessinateur talentueux, le décriront souvent avec la fameuse phrase « Lui, il a un don ». Ceci a tendance à agacer les artistes qui sont passés par plus d’une dizaine de milliers d’heures de pratique pour en arriver à ce niveau. Cela a été mesuré par certains dessinateurs ! Ces élèves toujours, mais à propos d’eux-mêmes, cette fois, pensent et peuvent par exemple dire des phrases comme « Je ne suis pas doué, je n’y arriverai jamais ».

Il n’y a pas que le don qui est surestimé chez ces élèves en manque de motivation. Mon expérience m’a montré que ces pensées limitantes sont puissantes et se généralisent à de nombreux domaines (sport, études, relations, travail, etc.) chez les sujets souffrants de troubles dépressifs ou anxieux. Évidemment, ce n’est pas du même niveau qu’un apprenti dessinateur qui doute de l’utilité de faire des efforts pour apprendre à dessiner et heureusement ! Lorsqu’on diagnostique un trouble dépressif sévère par exemple, ces mécanismes de rejet de l’effort sont plus intenses, stéréotypés et systématiques.

Ces patients souffrant de grave dépression, quand ils sont au plus mal, pensent qu’ils n’ont « aucun don pour être heureux depuis toujours » et « pour toujours ». Ce sont des propos qu’ils tiennent fréquemment en cabinet. Les personnes diagnostiquées d’un trouble anxieux quant à elles pensent qu’elles échoueront forcément dans tout ce qu’elles entreprennent de façon lamentable. Elles se disent qu’ « il vaut mieux ne même pas d’essayer » en s’imaginant des scénarios catastrophistes pour la moindre action planifiée qui consiste à sortir de leurs zones de conforts. Il peut s’agir d’un simple rendez-vous.

Ainsi, pour les apprentis dessinateurs en manque de motivation et en évitant l’effort, ces systèmes de pensée sont plus légers. On peut ainsi avoir un impact favorable plus puissant sur les élèves qui apprennent le dessin qu’avec des patients qui souffrent d’un trouble psychologique en utilisant des méthodes inspirées de la psychologie et des psychothérapies (comme les « Thérapies Comportementales et Cognitives », qui sont fondées sur ces trois types d’apprentissages et s’inspirent aujourd’hui de la « recherche expérimentale », « psychologie clinique » et en « psychopathologie »).

Donc pour ces outils de psychologue utiles à l’apprentissage du dessin, commençons par la base, à savoir : les trois types d’apprentissages.

L’objectif sera donc déjà d’amener l’apprenti dessinateur à prendre conscience du fonctionnement général des parts respectives d’acquis et d’apprentissage en dessin. Optimisons ensemble cette part d’apprentissage en décrivant son fonctionnement.

Peinture d'oiseau

Les 3 types d’apprentissages


Les approches comportementales et cognitives (TCC) partent du principe que notre avenir psychologique dépend d’un mélange d’inné et d’acquis.

Que ça soit sur le plan :

  • des émotions (anxiété, tristesse, colère, joie …),
  • des compétences perceptives (acuité visuelle, équilibre)
  • des tendances comportementales (allant de l’affrontement à des stratégies d’évitements, en passant par la saine exposition, en dessin on peut évoquer l’exposition de soi, mais aussi et surtout de ses exercices de dessins, même ratés, au professeur, pour qu’il voie vos erreurs et vous aide à progresser. Il peut aussi s’agir d’exposer ses créations à des proches puis des inconnus, jusqu’à l’« exposition artistique » proprement dite, qui demande une certaine assurance et de l’expérience),
  • des schémas cognitifs (des façons de penser, qui peuvent être limitantes ou aidantes).

 

Et les chercheurs comportementalistes et cognitivistes, pour expliquer la part d’acquis, ont développé successivement les théories des trois types d’apprentissage : par association, par récompense-punition, et par imitation.


On apprend à déprimer comme on apprend à ne pas essayer de faire des efforts en dessin, c’est le même principe et ça marche aussi dans l’autre sens, on apprend à faire certains efforts réguliers pour être plus heureux dans la vie comme on apprend à faire des efforts pour dessiner de mieux en mieux.


J’ai utilisé un code couleur qui permettra de trouver en un coup d’œil sur les planches d’exercices, les conseils correspondant à chaque type d’apprentissage.

De plus, pour faciliter votre compréhension de l’utilisation des 3 types d’apprentissage, j’ai décidé de placer un seul type d’apprentissage par exercice, mais vous pouvez les cumuler et les combiner à votre façon, au fur et à mesure de l’article.

 

1. L’apprentissage par association (« Conditionnement Classique » de Pavlov)

En vert sur les exercices


Pavlov au cours des années 1890 démontre que, si juste avant de nourrir un chien, on fait sonner à chaque fois une sonnerie, au bout d’un certain nombre de répétitions, le chien va « associer » la sonnerie à l’arrivée imminente de nourriture et va se mettre à saliver dès la sonnerie sans qu’il soit nécessaire de présenter de la nourriture.

Un apprentissage par association s’est produit. Inversement si l’on utilise fréquemment et régulièrement cette sonnerie avec le même chien, mais sans donner de nourriture, alors l’association sonnerie – nourriture se brisera au bout d’un certain temps et le chien ne salivera plus à l’écoute de la sonnerie (« extinction du conditionnement »).

Chez l’humain, dans les phobies simples comme celles des insectes, sont « associés » l’insecte et le danger, provoquent une réaction de peur à la vue d’un insecte.

Personnage ayant peur d'un insecte

La thérapie consiste à présenter progressivement des insectes, c’est le principe de l’habituation (« désensibilisation systématique »)

Maintenant il s’agit de rendre cet apprentissage par association utile au dessin. Donc voici des possibilités d’applications que vous pouvez utiliser dans vos apprentissages prochains :

  • Créer des associations utiles, mais pas indispensables, pour apprendre à dessiner. Par exemple, associez les moments durant lesquels vous dessinez et un moment de la journée particulier que vous appréciez pour vous y retrouver seul et dans le calme. Pour les uns ça sera juste après avoir couché les enfants, pour d’autres ça sera très tôt dans la journée, quand peu de gens sont réveillés, certains dessinent la nuit, ce qui a des avantages (calme, absence d’appel téléphonique, etc.) et des inconvénients (santé, dérèglement du rythme biologique, isolement social, etc.).

Nombre d’entre vous utilisent déjà la musique parfois pour dessiner. Il s’agit aussi d’une association qui se produit au bout d’un certain nombre d’associations. Vous pouvez aussi décider de dessiner quelque chose que vous aimez tout simplement voir, quelqu’un que vous aimez, un paysage qui vous détend ou vous remplit de sérénité, là encore vous associez le dessin à ces sensations de détente et de sérénité.

Vous pouvez donc décliner cela avec d’autres émotions que vous souhaitez associer à l’apprentissage ou la pratique du dessin, que ce soit en copiant un modèle, ou en dessinant d’imagination.

  • Briser les associations impossibles ou limitantes, comme allumer la télévision sur les infos en continu, ce qui est difficilement conciliable avec le dessin (pour certains en dehors des caricaturistes politiques, mais cela peut être aussi le fait de ne pas ranger son bureau, car on associe le dessin plus facilement à un bureau assez dégagé, avec l’équivalent de 8 feuilles A4 de libre devant soi pour se sentir libre de ses mouvements et pas étriqué, en pouvant tourner sa feuille aisément.

Une autre bonne association c’est d’avoir les outils de dessins bien rangés et facilement disponibles, si ça donne envie rien que d’y penser, c’est que l’association a atteint le stade de l’association par imagination, plus besoin d’avoir la musique, il suffit alors de s’imaginer la musique et le bureau bien rangé pour avoir envie de dessiner, donc on va ensuite allumer la musique et ranger son bureau (sauf sur tablette avec un logiciel de dessin qui permet d’alléger énormément le matériel… donc son rangement).

  • Mais attention à ne pas devenir dépendant de ces associations au point de ne plus pouvoir dessiner sans musique ou sans votre café fétiche ! Dans le dessin animé Dumbo, l’éléphant croit qu’il ne peut pas voler sans sa plume, c’est un parfait exemple de dépendance néfaste dû à une association.
Dessin de Dumbo
  • Il faut aussi personnaliser le conseil, car chacun a ses propres associations, vous devez apprendre à les repérer pour les briser ou les potentialiser selon le chemin que vous souhaitez prendre. Personnellement j’utilise beaucoup la musique, et il m’arrive de dessiner assez tard quand les autres dorment. Il y a aussi des associations dans le détail d’une technique ou d’un dessin. Associer talent avec détails dès les premiers traits est une association limitante, car qu’il faut au contraire ne pas aller dans les détails quand on commence un dessin.
psychologie-dessin
apprentissage par association

2. L’ apprentissage par récompenses et punitions («Conditionnement Opérant » de Skinner).

En bleu sur l’exercice


L’apprentissage par récompenses et punitions, donc par les conséquences positives ou négatives d’un comportement, a été théorisé en 1937 par Skinner. On pourrait le comparer à un darwinisme appliqué au comportement humain.

Chez Darwin, l’environnement sélectionne les espèces par des conséquences positives (la survie, la reproduction) ou des conséquences négatives (la mort , l’extinction d’une espèce), l’environnement étant le juge de paix pour savoir quels sont les caractères ou attributs « adaptés » à la survie jusqu’à présent …

Chez Skinner, l’environnement sélectionne non pas l’espèce, mais nos comportements par leurs conséquences émotionnelles positives ou négatives qui jouent le rôle de récompenses ou de punitions. L’environnement sera, là aussi, le « juge de paix » qui récompense ou sanctionne émotionnellement, les comportements.

On reproduit donc logiquement ce qui a eu des conséquences positives naturelles sur nous, toutes les bonnes actions s’apprennent ainsi, mais aussi les « mauvaises ». La dépendance aux drogues en est l’exemple type, car il y a, malheureusement, des conséquences positives émotionnelles à court terme, d’où la dépendance. D’autant plus qu’il y a une habituation qui fait baisser l’effet et pousse certains à augmenter les doses pour un plaisir à court terme qui diminue et se raccourcit inexorablement. Cela ne s’applique pas seulement aux drogues, mais à bien d’autres comportements impliquant nos émotions. Privilégiez donc les actions qui ont des conséquences positives à long terme, comme les efforts d’apprentissage des bases du dessin, plutôt qu’à court terme.

Les plaisirs faciles et sans effort que la société consumériste propose fonctionnent comme les addictions : le plaisir est intense au début, baisse rapidement, et pousse certains à augmenter les doses d’une drogue ou la fréquence d’un comportement court-termiste en termes de plaisir.

Un principe important que j’ai tiré de mes formations en psychothérapie de l’enfant, c’est qu’il est primordial, que les parents sensibilisent et éduquent les enfants sur les dangers de ces comportements qui sont en réalité des impasses et qui peuvent être réellement toxiques pour la trajectoire développementale d’un enfant ou d’un adolescent. Des actions vers lesquelles pourtant sont sans cesse invitées les jeunes générations. Tout cela se produit de plus en plus via les téléphones portables, les réseaux sociaux et la multiplication des écrans qui polluent l’esprit .

Heureusement, on acquiert des comportements sains par ce type d’apprentissage, comme bien manger, avoir un équilibre de vie, se soigner, faire du sport ou apprendre à dessiner. Cela a souvent des conséquences positives qui tiennent dans le temps, comme une meilleure estime de soi, et un talent qui procure du plaisir et qui est utile toute la vie.

Finalement, un apprentissage peut être utile ou néfaste : dans le dessin comme dans d’autres domaines, l’acquisition d’une peur ou d’un trouble anxieux, l’acquisition d’une confiance en soi et d’une meilleure estime de soi. Tout ceci peut aussi être la conséquence d’un tel apprentissage (par récompenses et punitions) amené naturellement (plaisir, confiance en soi) et humainement (encouragements, compliments et critiques du professeur ou d’autres personnes).

Il y a un principe important pour bien appliquer ce type d’apprentissage : être constant, régulier et progressif, avec des étapes entre les objectifs. Décomposer vos objectifs en plaçant des récompenses à chaque étape. C’est un savant dosage, pour ne pas écœurer et donner du plaisir, tout en cultivant un certain goût de l’effort. Les efforts réguliers et constants produisent un plaisir faible au début, mais qui augmente progressivement. C’est l’inverse d’une addiction toxique, mais cela reste en quelque sorte une addiction, mais celle-ci est saine, l’envie d’y retourner et d’augmenter les doses risque au pire de vous faire progresser plus vite !

Il faut également augmenter progressivement le niveau de difficulté, pour que le niveau d’efforts se maintienne. Au début nous sommes capable de faire un dessin en 3D avec 1 point de fuite. Plus tard ça sera plusieurs points de fuite et un nombre de règles à respecter croissant. Tant que le nombre de choses auxquelles vous pensez en même temps pour améliorer votre dessin augmente, alors vous progressez.

Les récompenses ultimes sont celles produites par l’environnement lui-même, « naturelles » , à distinguer des récompenses « éducatives » de l’enseignant (encouragements, compliments, etc.). Ces dernières restent une très bonne chose, mais il ne faut surtout pas oublier qu’elles ne sont utiles que parce qu’elles sont des balises qui mènent vers ces récompenses qui ne viennent pas du cours mais de l’extérieur.

Une variante consiste à les faire imaginer dans le futur, en disant à un élève : « tu vas voir, si tu fais cet effort, tu pourras enfin dessiner de mémoire et d’imagination, tu imagines le plaisir que tu auras ? ».

Certains apprentis dessinateurs « évitent » par exemple de se confronter à l’apprentissage de la perspective ou de montrer leurs dessins, car ils redoutent des conséquences négatives qui ont peut-être déjà eu lieu dans leur passé. L’absence de résultats, la déception, la moquerie. L’élève aura appris, de longue date, à se soulager rapidement de ce qu’il redoute par des stratégies d’évitement, ce qui entraîne un cercle vicieux. La peur et l’évitement s’entretiennent et se renforcent mutuellement et la zone de confort aura tendance à rétrécir au fil du temps.

Pour pallier ce cercle vicieux, il s’agira d’utiliser des moyens pour remettre en question les croyances et les scénarios catastrophistes de certains élèves, pensant qu’on va se moquer d’eux par exemple, à cause d’un souvenir lointain qui a laissé son empreinte. Ces pensées limitantes et les scénarios catastrophistes reflètent l’aspect mental (cognitif) qui peut aussi être approfondi plus en détail.

Ici, dans l’apprentissage du dessin, on utilise les récompenses éducatives et pas de punitions, et l’idée est d’y ajouter la prise de conscience et la recherche par l’élève de récompenses naturelles, jusqu’à ne plus avoir besoin des récompenses éducatives. Dans les exercices qui suivent, je vous propose de vous motiver avec l’espoir d’atteindre un niveau suffisant pour vous lancer dans le dessin d’imagination, car les efforts que cela demande nécessitent parfois un rappel, sur pourquoi faire ces efforts parfois pénibles ? Pour atteindre un plaisir différent et une forme de liberté et pouvoir devenir de plus en plus créatif.

apprentissage par récompenses et punitions

3. L’ apprentissage par imitation (« Conditionnement Social » de Bandura).

En rouge sur l’exercice

Bandura en 1963 proposera une théorie de l’apprentissage par imitation qui complète les deux précédentes. Il insiste sur l’importance de l’imitation dans l’apprentissage. Bandura avance que les apprentissages par imitation ou par règles peuvent se substituer à l’expérience directe. Effectivement, nos actions sont souvent motivées par des conséquences positives de cette même action qu’on aura perçu chez une personne qu’on décide ensuite d’imiter. Beaucoup de nos apprentissages se font comme ça.

L’imitation nous apprend même davantage que les autres types d’apprentissage. Via la communication, le langage oral, les livres, les contes et les fables qui racontent les avancées des uns et des autres. Tout ça permet l’évolution de l’espèce humaine.

L’apprentissage par imitation peut être une imitation d’un apprentissage par association de quelqu’un autre : si on remarque un dessinateur qui utilise une playlist de musique pour dessiner et qu’on décide de faire la même chose, en l’adaptant à ses goûts bien sûr, alors on imite un apprentissage par association.

En revanche, si on décide d’imiter les efforts qui ont déjà été faits par un dessinateur qui sait dessiner d’imagination, pour obtenir le même plaisir la même sensation de liberté en dessinant, dans ce cas on imite un apprentissage par récompense de l’action.

S’il fallait redécouvrir seul les règles de la perspective, ce serait tout simplement impossible. Il a fallu attendre la Renaissance pour que soient théorisées correctement les règles de la perspective, il est donc bien plus rapide de les apprendre par d’autres.

La vidéo où Pit présente les progrès d’un élève à tout son public, dans l’avant-après, on passe d’un dessin d’observation d’un manga assez moyen, loin d’être ridicule, à un portrait qui force le respect. Quand on voit la rapidité d’apprentissage de cet élève exposé avec ses dessins, on se doute des compliments qu’il a pu recevoir par la suite, qui sont des récompenses au même titre que le plaisir qu’a pu éprouver cet élève de se voir progresser rapidement. Il peut être vu comme un exemple à suivre, une proposition d’apprentissage par imitation. On se dit en l’écoutant « Je progresserai si je fais comme lui » .

On peut s’inspirer d’un dessinateur qu’on admire. Moi, en ce moment, je m’inspire de Jeff Watts et surtout de sa phrase «Manipule ta référence au lieu d’être manipulé par ta référence». Elle illustre l’esprit des exercices de cet article où je vous invite à manipuler ce que vous observez, pour le dessiner sous d’autres angles, le déformer et le complexifier. Tout ça pour s’émanciper du besoin d’avoir un modèle sous les yeux.

apprentissage par imitation

Enfin, je combine les trois apprentissages pour l’« exercice final » de cet article, et si vous avez un parc à proximité avec un tourniquet disponible, n’hésitez pas à refaire cet exercice avec vos propres photos.

Il faut simplement que la ou les personnes sur le tourniquet restent immobiles en tournant. Remercions à ce propos ma nièce et mon neveu, qui se sont prêtés au jeu très gentiment, pour les besoins de cet exercice. Sachant qu’ils devaient rester immobiles sur le tourniquet qui tournait pendant un tour ou deux :

apprentissage par imitation

Pour conclure …

Cette application de la psychologie à l’apprentissage du dessin est un exemple parmi d’autres. Je présenterai dans d’autres articles des applications au dessin d’autres apports de la psychologie et des neurosciences. En espérant que ce premier article vous aura été utile pour progresser de façon efficace et agréable.

Mais gardez en tête que c’est pour un plaisir croissant dont la durée n’a pas de limite tant qu’on est en vie et que l’on peut dessiner. Une vraie récompense donc. Le plaisir futur de dessiner autrement aussi et je le crois avec beaucoup plus de plaisir qu’en étant dépendant d’un modèle. Si j’ai pu apporter un peu de cela à quelques élèves dessinateurs, alors j’aurai accompli l’un de mes défis.

Vous pouvez, maintenant que vous connaissez ces trois types d’apprentissages, les utiliser ailleurs en créant vous-mêmes de nouveaux exercices adaptés à votre niveau et à vos objectifs du moment. Alors pour relever le défi créatif et atteindre le Graal du dessin sans modèle, il vous faudra être sérieux, mais aussi vous amuser … crayon en main! ;-)

Autres articles qui pourraient vous intéresser
24 réponses
  1. Je n’avais pas relu l’article depuis février. Il a vraiment été bien remanié. Il est plus clair et suffisamment aéré pour faire des pauses de lecture et de compréhension, les exercices… et je peux retrouver plus facilement la partie qui m’intéresse pour une relecture. Bravo et merciii.

  2. Hello, oui je me retrouve sur certains point, et comme d’hab mon âge et je stress toujours et j’ai besoin de travailler pour gagner ma vie, mais j’aimerais dans le dessin, mais je stress pour le temps qui passe etc.. Le serpent qui se mord la queue en réalité, sans oubliez que la vie de l’un n’est pas celle de l’autre, alors vivre dans 25m2 à 2 c’est chaud pour être seul, même si j’ai du mal à être seul et avec le silence qui me met mal à l aise au final, mais la vie vous donne des cartes à la naissance, et il faut composer avec, pas toujours le choix. En tout cas, j’attends trop le développement de cet article :)

    1. Merci de ton commentaire Rafaele.
      Joffrey travaille sur la nouvelle formation pour libérer sa créativité en ce moment. C’est un sacré chantier.
      On donnera probablement suite à cet article cette année. Cela va dépendre de son avancée.

  3. J’ai oublié de préciser de quelles données je parlais: je pensais à des liens pour le téléchargement des articles du blog, comme c’était le cas pendant longtemps.

  4. Merci pour la qualité et la quantité des ressources mises en ligne. Au vue de la richesse et la longueur des différents articles, peut-on espérer le retour des liens de téléchargements .pdf ?

  5. Bonsoir Pit,
    Même avis que Sylvie. Article intéressant mais trop dense. Je reconnais que le lire le soir n’a pas aidé! Comme tu as demandé mon avis, je l’ai lu. Trop d’infos et trop compact pour moi. Je suis parfaitement d’accord avec lui pour la musique, moins pour le rangement du bureau. Le principal est d’être à l’aise dans son environnement.

    1. Tu as tout à fait raison.
      Joffrey est en train d’en rédigé un autre qui va le remplacer.
      La vulgarisation est un travail en soi, il n’en a pas l’habitude, ça va prendre un peu de temps. ;)

  6. Bonjour,
    Sympa comme étude et très intéressant. Par contre personnellement j’ai un petit problème : le tableau avec les couleurs. Et oui je suis daltonienne !MDR. Donc si vous continuez à faire des tableaux, essayez de mettre des couleurs vraiment différentes. Le bleu foncé ça va : c’est la plus foncé donc pas de problème. Par contre entre le turquoise et le vert, je ne sais pas qui est qui. LOL. Ne prenez pas cette remarque mal, mais pensez un petit peu à ceux qui n’arrive pas à voir les couleurs correctement. Car j’espère n’être pas la seule à être daltonienne et aimer le dessin.
    Merci

  7. Super texte, je l’ai littéralement dévoré, qu’elle bonne idée!
    Mais, je suis d’accord, il faudrait plus amplement développer chaque
    Thème et illustrer ses propos.

    1. C’est ce que Joffrey va tenter de faire les prochains mois, le temps qu’il s’approprie l’apprentissage du dessin.
      Cela va venir avec le temps.
      Merci Martine.

  8. Super article, merci Joffrey!
    J’ai fait une pré-lecture mais je pense qu’une deuxième pourra m’être bien utile et peut-être même une troisième pour tout saisir ^^! C’est vraiment une bonne initiative d’aborder le sujet sous cet angle, j’ai hâte de lire ce que vous allez nous concocter!

  9. Eh bien, quelle somme de connaissances ! Bravo à Joffrey pour cet article ultra documenté.
    J’avoue qu’après l’avoir lu une première fois, je me dis que je vais devoir m’y repencher sérieusement pour arriver à tout saisir.
    Cela change des contenus rapides et bâclés que l’on trouve trop souvent sur internet.
    Il est clair que les progrès ne se font pas sans efforts.
    Merci pour ce précieux document et la somme de travail qu’il a du demander.

  10. Super article qui peut servir dans tous les domaines. D’ailleurs vos articles et ceux de tous vos intervenants servent au dessin mais aussi dans la vie de tous les jours, je suis heureuse de pouvoir bénéficier de toutes ces pépites. Merci pour votre bienveillance :)

  11. bonjour Joffrey et Pit
    merci à Joffrey pour ce contenu vraiment très intéressant. Mais j’avoue qu’il est trop dense au niveau du texte. Je me demande si il ne gagnerait pas en clarté en séparant Les 3 types d’apprentissage en 3 articles afin de pouvoir y glisser plus d’exemples, visuels et/ou exercices. Cela permettrait ainsi de mieux assimiler chaque type d’apprentissage.

    1. Merci de ta remarque Sylvie,
      Effectivement l’article est très dense.
      Comme ce sont les premiers contenus de Joffrey pour le blog, je suis sûr qu’il prendra l’habitude de vulgariser et de mieux décomposer.
      Ce n’est pas évident, surtout pour un sujet comme celui-ci effectivement.

  12. Bonsoir Pit
    Très documenté et intéressant Pit .Merci pour ces articles mais comme le dit Cécile cette analyse demande beaucoup d’énergie et surtout beaucoup de compréhension dans le propos. Cependant tout est bon à prendre quand il s’agit d’un domaine qui nous attire

  13. Bonjour Pit
    C’est sûrement très intéressant mais quelle littérature il faut ingurgiter !!
    Sur un site de dessin, ce serait sympa d’illustrer et d’aérer ces propos :/

    1. En effet, je me suis fait la même remarque. :)
      Nous n’avons pas eu le temps d’illustrer cet article, mais je peux y ajouter quelques images libre de droit pour aérer les paragraphes.

      merci

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Déconnexion


Bienvenue !


Se connecter
x

Your custom content goes here.