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Histoire de la peinture, panorama (9ème partie)

L’art du 19ème

 

  • Le néoclassicisme

À cheval sur le 18ème et le 19ème siècles, le néoclassicisme se développa dans une grande partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord, entre les années 1760 et 1830. Voulant être compréhensible et à la portée de tout le monde, l’art néoclassique est synonyme d’un retour à la simplicité et au réalisme après le baroque et le rococo. Le terme “néoclassique” ne fut pas inventé avant le milieu du 19e siècle.

S’inspirant de l’art de l’antiquité, les artistes utilisèrent une règle de représentation permettant d’obtenir des formes harmonieuses. C’est le “canon” (c’est de là que vient l’expression “canon de beauté”). Vertu, sévérité, beau idéal et patriotisme furent privilégiés aux dépens des fantaisies. En effet, cette période fut marquée par les travaux des archéologues du 18ème qui permirent de mieux connaître l’Antiquité, dont ils vantaient les mérites. Ce fut le cas en Italie où les deux cités romaines ensevelies après l’éruption du Vésuve en 79, Herculanum et Pompéi, furent remises au jour, devenant ainsi le lieu des plus grandes fouilles de ce 18ème siècle. Cela dit, l’intérêt pour les vestiges romains et grecs n’était pas nouveau et à la renaissance, les amateurs d’art se penchaient déjà sur ces antiquités en publiant des ouvrages ou en les copiant.

Architecture, sculpture et peinture furent concernées par le néoclassicisme.  Les artistes étaient obsédés par le souci de clarté et représentaient des personnages grandeur nature. S’inspirant des bas-reliefs antiques, les peintres répartissaient  leurs personnages en frise au premier plan. Genre noble, les peintures sur l’Histoire avaient alors la préférence des artistes qui se penchèrent sur des faits antiques ou modernes. Les caractéristiques des héros de l’Antiquité (courage, vertu et plastique impeccable) sont parfaits pour atteindre le beau idéal tant désiré par les néoclassiques. La peinture de paysage acquit ses lettres de noblesse avec le néo-classicisme et devint un genre respecté dès le début du 19e siècle (sans détrôner la peinture d’Histoire). Le  néoclassique utilisa des techniques de peinture lisse, c’est-à-dire qui ne laissent pas paraître les coups de pinceau. Lié au néoclassique, le nu  permettait de montrer la perfection des formes (dans la logique du beau idéal) en le dégageant d’une notion libertine. À l’inverse, la nature morte connut une phase de déclin, les différentes académies n’ayant pas une grande estime pour ce genre. Pourtant ce thème était bien exploité durant l’antiquité romaine que ces néoclassiques chérissaient tant. Ainsi, ce n’est que durant le premier Empire que les artistes décorateurs s’inspirèrent des natures mortes antiques pour les papiers peints.

Parmi les peintres néoclassiques qui comptent, on peut citer Jacques-Louis David (1748-1825). Orphelin de père, David démontra rapidement des dispositions pour le dessin et ses oncles le firent entrer à l’Académie Saint-Luc. La mère de David était la cousine de François Boucher, premier peintre du Roi mais étant malade, ce dernier ne put s’occuper de David. Boucher le confia alors à Joseph-Marie Vien, premier peintre néoclassique français.

Après 3 échecs les années précédentes, il finit par obtenir le prix de Rome en 1774 et partit étudier cinq ans dans la Ville éternelle, à la villa Médicis. Ses études lui donnèrent un style rigoureux et intransigeant qui influença les artistes de son temps. Son langage pictural voulait avant tout émouvoir les foules à travers des messages vantant la noblesse d’âme et le patriotisme. À son retour en France, il reçut sa première commande, titrée “le Serment des Horaces”, une composition très claire avec  des lignes fortes guidant le regard et facilitant la compréhension de l’œuvre; une oeuvre qui reste liée à Rome car les frères Horaces furent des héros de la ville qui jurèrent de protéger Rome.

À la veille de la révolution, David était un artiste reconnu et très apprécié. Rêvant  pour la France d’institutions démocratiques comme celles de la Grèce antique ou de la République romaine, David fut un bon exemple du peintre néoclassique patriotique car durant la révolution, il mit son talent au service du pays en représentant les faits historiques comme “La Mort de Marat”. L’oeuvre représente le révolutionnaire français Jean-Paul Marat mort dans sa baignoire, assassiné par Charlotte Corday d’un coup de couteau à la poitrine. David fut d’ailleurs l’une des toutes dernières personnes à avoir vu le révolutionnaire vivant ce jour-là; un engagement politique auprès des politiques les plus extrémistes qui lui valut la prison et presque la mort.

 

“Le serment des Horaces”, Jacques Louis David, 1784-1785

 

Par la suite, il fut séduit par Bonaparte et réalisa au début du 19ème, un de ses premiers portraits officiels. Son talent lui permit de devenir le peintre officiel de l’Empire. David pensait être l’héritier du classicisme de Nicolas Poussin  et voulait développer un style qui aurait largement convaincu les classiques grecs et romains.

Après la chute de Napoléon, David fut considéré comme “régicide” puisqu’il avait voté pour la mort du Roi Louis XVI. Il partit finir sa vie à Bruxelles où il continua de peindre (essentiellement des tableaux mythologiques).

 

“La Mort de Marat”, Jacques Louis David, 1793

 

Autre personnage marquant, Jean-Auguste-Dominique Ingres. Né à Montauban, Ingres (1780-1867) fut initié à l’art par son propre père, peintre et décorateur. Puis, en 1791, il entra à l’Académie Royale de Toulouse où il reçut des leçons de peinture. En 1797, il partit pour Paris avec une solide réputation et intégra l’atelier de David.

Son travail fut souvent opposé aux expériences romantiques d’Eugène Delacroix.  Grand Prix de Rome en 1801 avec « Les Ambassadeurs d’Agamemnon », il partit pour Rome en 1806 et resta en Italie jusqu’en 1824, ses travaux ne plaisant pas en France. Privilégiant la ligne à la couleur, Ingres s’intéressait très largement aux travaux antiques et à ceux de Raphaël. Contrairement à son maître, Ingres fit du nu le thème central de plusieurs de ses toiles et il privilégia le nu féminin (comme dans “Le Bain Turc” dans lequel figure sa femme Madeleine Chapelle). Ingres se distingua davantage dans le portrait et le nu que dans la peinture d’Histoire.

 

“Le Bain turc”, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1862

 

En octobre 1824, Ingres prit la direction de Paris, pour accompagner son tableau “Le Vœu de Louis XIII”, une commande du gouvernement français destinée à la cathédrale de Montauban, tableau qui allait être exposé au Salon. Il reçut un accueil enthousiaste, l’oeuvre se situant dans la tradition classique rappelant les Madones de Raphaël. Ingres fut enfin reconnu officiellement comme un grand peintre classique.  Légion d’honneur, membre de l’Académie des Beaux-arts, directeur de son propre atelier ou encore directeur de la Villa Médicis, son talent lui ouvrit de nombreuses portes. Toute sa vie, Ingres chercha à perfectionner son  style personnel sans renier la réalité. En travaillant de la sorte, il s’éloigna alors du style idéalisé de son maître David et fut peut-être une sorte de chaînon manquant entre néoclassicisme, romantisme et réalisme.

 

“Mademoiselle Rivière”, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1805

 

La période qui va de l’exil belge de David  jusqu’à  sa mort 10 ans plus tard en 1825 marqua le déclin du néoclassicisme davidien. Il fut alors dépassé par le romantisme et les oeuvres de Delacroix ou Géricault. Jean-Antoine Gros tenta de prendre la relève de son maître David, il reprit son atelier et défendit ses doctrines. David poussa son ancien élève à la création d’oeuvres mythologiques et Gros s’exécuta alors dès 1825. Mais l’accueil de la critique ne fut pas franchement favorable et la jeune génération d’artistes prit ses distances avec cette manière de peindre. Gros se sentit alors délaissé par ses élèves et désavoué par la critique et le public. Désespéré, il se jetta dans la seine pour en finir; un acte suicidaire qui marqua la fin d’un homme et d’un style pictural.

 

 

  • Le romantisme

Romantisme et néoclassicisme sont intimement liés, étant apparus à peu près au même moment. Le romantisme se différencia en voulant prendre ses distances avec le style rigide et pédagogique du néoclassicisme. Le romantisme s’intéressa aux expériences personnelles et voulut privilégier les sentiments, faire appel aux émotions plus qu’à la raison. Plus qu’un mouvement organisé, le romantisme fut un état d’âme qui traversa l’Europe. En effet, si les artistes et écrivains partageaient des idées communes, chacun eut ses propres caractéristiques selon sa localisation; amour, patriotisme, peur ou encore chagrin, les artistes, allaient se laisser aller dans leur expression artistique sans forcément respecter une logique.

Le changement de régime français en 1815 permit l’avènement de la peinture romantique qui connut un succès grandissant à partir des années 1820.

Tout d’abord, un préromantisme se développa lors de l’apogée du néo-classicisme. Alors peintre officiel à la Cour d’Espagne, Goya prit ses distances avec l’univers académique et décida de travailler en exprimant sa vision personnelle du monde et de l’agitation militaro-politique de son temps. Libre des contraintes académiques, il sut représenter l’asservissement, la bêtise, la cruauté et l’inhumanité des hommes. Il sut alors capter l’attention des spectateurs. Artiste puissant et influent, il fut une source d’inspiration par la suite pour Manet ou Picasso qui, à leur tour, représentèrent des faits illustrant bien la cruauté de l’homme. Son oeuvre “Le 3 mai 1808 à Madrid” illustre bien cela. En choisissant de travailler de cette manière, Goya annonça le futur courant romantique.

 

« Le 3 mai 1808 à Madrid », Francisco de Goya, 1808

 

Par la suite, toute l’Europe s’intéressa à cette nouvelle façon de peindre qui, libérée du poids académique, permit de s’approprier de nouveaux sujets et de mélanger les ambiances et les genres.

En Allemagne, Caspar David Friedrich proposa des paysages desquels se dégagent solitude, doute, intériorité (« Le Voyageur contemplant une mer de nuages »)… L’artiste était influencé par sa foi religieuse et par les drames personnels qui ont marqué son enfance.

Du côté du Royaume-Uni, les artistes épousèrent les concepts (pré-)romantiques et se mirent en quête de lieux pouvant générer des émotions de toutes sortes. Ainsi, la peinture de paysage devint le style national.

D’autres allèrent plus loin dans la recherche et l’expression des sentiments. Les pré-romantiques Blake et Füssli, tous deux très pieux également, proposèrent justement une vision de leur monde intérieur couplé à un visuel fantastique. Füssli était aussi un homme mystique ayant eu un fort intérêt pour le fantastique et il ne tirait presque jamais ses personnages du monde réel. Blake, lui, longtemps considéré comme fou par certains ou très pieux par d’autres, disait avoir des visions et  recevoir l’enseignement des archanges afin de créer ses oeuvres. Issu de la première génération de peintres romantiques, il était révolté contre le néoclassicisme.

 

“Le Grand Dragon Rouge et la Femme vêtue de Soleil”, Blake, entre 1805 et 1810

 

Par la suite, les artistes allaient davantage axer leur réflexion artistique sur la politique, le progrès technique et la place de l’homme dans le monde (cas de la France).

Vers 1820, l’Angleterre et l’Allemagne perdirent leur puissance en matière d’art romantique et c’est la France qui prit la suite. Delacroix fut une des figures marquantes de ce courant, notamment grâce à son oeuvre “La Liberté guidant le peuple”; oeuvre devenue un classique incontournable du genre.  Delacroix personnifiait l’engagement politique d’un artiste subissant l’influence classique mais n’adhérant pas aux principes académiques. Il devint le chef de file du romantisme français.

 

“La Liberté guidant le peuple”, Eugène Delacroix , 1830

 

Autre oeuvre référence, “Le Radeau de La Méduse” de Théodore Géricault. L’artiste proposa une oeuvre tirée du récit du naufrage du navire “la Méduse”, oeuvre qui provoqua un choc. Son but était de dénoncer l’un des plus grands scandales de son temps. Primée grâce à la pression populaire, l’oeuvre ne trouva pas preneur avant très longtemps (aujourd’hui au Louvre).

Annonçant clairement un changement d’ère, le style romantique offrit un nouveau souffle à la peinture qui subissait alors les règles strictes de l’académisme. Les artistes allaient voir s’offrir à eux de nouvelles possibilités techniques qu’ils pourraient expérimenter dans de nouveaux sujets.

L’académisme connut encore quelques soubresauts, plus synonymes de déclin inéluctable que de véritable retour. L’arrivée de la photographie mit un point final au chapitre académique. Enfin, du romantisme découlèrent deux autres courants : le réalisme et l’impressionnisme.

 

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