Mes 10 secrets pour des lavis d’aquarelle parfaits

Quand on débute en aquarelle, faire des lavis est généralement la première chose qu’on apprend. Car beaucoup de choses vont se bâtir là dessus, et tant qu’on ne maîtrise pas ça, il est compliqué de faire quoi que ce soit d’autre. Il y a 3 types de lavis à maîtriser :

- le lavis uniforme, où le but est d’obtenir un aplat de couleur le plus uniforme possible

- le lavis dégradé, où on dégrade progressivement une couleur

- et le lavis panaché, où on crée des dégradés entre différentes couleurs

Ça peut paraître simple, un lavis uniforme... Pourtant, quand on essaye pour la première fois, on se rend vite compte que ça ne l’est pas. Et beaucoup d’élèves de ma formation Aquarelle Débutant m’appellent au secours car, ils ont beau faire, leurs lavis sont striés et ils me demandent comment éviter ça. C’est sans doute LA question qui m’est posée le plus souvent par les débutants en aquarelle.

Donc dans cet article, je vais vous expliquer rapidement la technique pour faire des lavis. Et ensuite je vous livrerai les 10 secrets que j’ai pu identifier pour venir à bout des stries ! Je parlerai uniquement des lavis “mouillé sur sec", obtenus en appliquant de la peinture mouillée sur du papier sec. Il est bien sûr possible aussi de faire des lavis “mouillé sur mouillé”, en appliquant de la peinture sur un papier que l’on a mouillé au préalable. Mais c’est une technique différente, pas forcément plus simple à maîtriser contrairement à ce qu’on pourrait penser. Le lavis mouillé sur sec constitue la base de la base en aquarelle, et c’est donc sur lui que je vais me concentrer dans cet article.

La technique pour faire des lavis

Lavis uniforme

Pour faire un lavis mouillé sur sec, il faut commencer par poser une première bande de couleur en haut de son rectangle. Il est nécessaire de bien alimenter cette première bande en liquide pour qu’un bourrelet de peinture se forme dans le bas. C’est ce qu’on appelle “the bead” en anglais. En français on peut aussi dire “la goutte”, ce qui est un peu plus sexy que “bourrelet” ! Cette goutte est primordiale : c’est notre ligne de survie, notre bouée de sauvetage ! Si elle disparaît, cela signifie que le lavis commence à sécher, et on court droit à la catastrophe.

Donc il faut bien alimenter cette goutte en liquide, plusieurs fois s’il le faut, en tapotant au-dessus avec la pointe du pinceau et en allant recharger son pinceau en liquide sur la palette si nécessaire, surtout si le papier est un peu buvard. Et pour qu’une goutte se forme en bas de la bande, il faut travailler sur un plan légèrement incliné. Moi je mets tout simplement un gros dictionnaire sous mon support pour l’incliner. 

C’est important car la gravité va nous aider à faire descendre cette goutte. On va ajouter des bandes de peinture les unes sous les autres de manière régulière, et à chaque nouvelle bande on va toucher la goutte de la bande d’au-dessus avec notre pinceau, voire même repasser un peu dessus, et cette goutte va venir s’écouler dans la nouvelle bande qu’on vient de poser. Il faut imaginer qu’on fait couler notre lavis vers le bas. S’il ne coule pas, c’est qu’il n’y a pas assez d’eau. 

Le secret pour réussir, c’est de bien gérer sa goutte : il faut qu’elle soit bien alimentée, certes, mais il ne faut pas non plus qu’elle soit trop volumineuse. Auquel cas elle risque de se déverser de manière un peu brutale et incontrôlée dans la bande suivante, ce qui va créer des mouvements de liquide et de pigments un peu aléatoires, donc des irrégularités. Ces irrégularités ne se verront peut-être pas quand la peinture est mouillée, mais elles apparaîtront au moment du séchage. Et c’est souvent ce que me rapportent mes élèves : ils alimentent plus que généreusement leur goutte en liquide par peur d’en manquer, et au moment de peindre, ils ont l’impression que tout se passe bien. Mais quand la peinture sèche, ils voient plein d’imperfections apparaître dans leur lavis, parce qu’il s’est produit des mouvements d’eau et de pigments irréguliers pendant le travail. En plus de cela, si la goutte est trop importante, elle risque de déborder d’un seul coup et de ruiner tout le travail. 

Il faut donc surveiller cette goutte tout au long du processus. Si elle n’est pas assez grosse il faut l’alimenter, mais si elle prend trop de volume, il faut au contraire la réduire un peu. Pour cela, il est possible de faire une ou 2 bandes sans recharger son pinceau, et la goutte va diminuer car le liquide va s’étaler sur plusieurs bandes. Si elle est vraiment trop gênante, il est également possible de la réduire en venant aspirer une partie du liquide en excès. Pour cela il suffit d’éponger son pinceau sur un chiffon pour qu’il soit tout juste humide et de mettre la pointe dans la goutte. Le pinceau va alors se comporter comme une éponge et absorber le liquide en trop. Il est ainsi possible de gérer pour obtenir une goutte de belle taille mais pas trop volumineuse non plus, que l’on peut faire descendre avec régularité.

Lavis dégradé

Dans le cas d’un lavis dégradé, le principe est le même que pour un lavis uniforme : on pose des bandes de couleurs les unes sous les autres en faisant descendre régulièrement notre goutte, sauf que cette fois on va éclaircir progressivement la couleur. Pour cela, on ajoute  tout simplement de l’eau dedans pour la diluer. Une des erreurs que je peux voir chez certains élèves, c’est qu’ils ne diluent pas assez leur couleur au début, et puis tout d’un coup ils rajoutent beaucoup d’eau, ce qui crée une différence de dilution brutale à un endroit. Cela donne l’effet d’une bande horizontale coupant le lavis en 2 au lieu d’un dégradé progressif. Personnellement je commence généralement avec une couleur bien concentrée et intense afin d’avoir de la marge pour dégrader en-dessous. Attention à ne pas partir sur une couleur trop diluée dès le départ, auquel cas il n’y a rien à dégrader car on se retrouve trop rapidement sur le blanc du papier. 

Une fois que j’ai posé ma première bande de couleur bien concentrée, je commence à ajouter de l’eau dans mon mélange, l’essentiel étant de bien doser pour en ajouter suffisamment sans trop diluer la couleur d’un seul coup. Et à mesure que je descends, je continue d’ajouter de plus en plus d’eau dans mon mélange, jusqu’à terminer sur de l’eau claire tout en bas. Le secret réside dans le fait d’y aller progressivement et régulièrement, en évitant toute différence de dilution brutale qui se verrait aussitôt, surtout lorsqu’on dégrade des couleurs intenses et foncées comme des bleus ou des verts.

Lavis panaché

Pour le lavis panaché, on conserve encore et toujours le même principe, sauf que cette fois on doit passer d’une couleur à une autre tout en faisant descendre notre goutte. On commence avec notre première couleur pure en haut, et à mesure qu’on descend, on ajoute un peu de notre deuxième couleur dedans, pour terminer avec notre deuxième couleur pure en bas. Ici, l’erreur classique que je vois beaucoup, c’est de ne pas y aller assez progressivement et d’avoir des changements de couleur trop soudains

Par exemple, sur le lavis panaché rose et bleu ci-dessus, je suis trop timide au début et je n’ajoute pas assez de bleu dans mon rose, donc mon changement de couleur ne s’opère pas... Arrivée vers le milieu du lavis, je panique un peu parce que je n’arrive pas à faire la transition vers le violet. Donc j’ajoute d’un seul coup beaucoup de bleu dans mon rose pour obtenir du violet, ce qui cause une différence de couleur trop importante et soudaine entre mon rose et mon violet, et mon lavis semble coupé par une bande horizontale. Un peu plus loin je répète la même erreur, car je me rends compte que je n’ai plus beaucoup de place pour faire la transition vers le bleu. Donc je prends d’un seul coup du bleu quasiment pur, et la transition entre le violet et le bleu est trop brutale

Au final, au lieu d’obtenir un beau dégradé comme pour le lavis de droite, je me retrouve avec des couleurs qui semblent compartimentées les unes sous les autres. Donc comme pour le lavis dégradé, le secret pour réussir un lavis panaché réside dans le fait d’y aller progressivement, mais franchement et régulièrement, en dosant l’ajout de la seconde couleur dans la première

Tout cela vous semble simple ? Et pourtant, quand mes élèves essayent la première fois, les stries frappent ! Si cela vous arrive, ne vous dites pas que vous êtes nuls : je pense que nous sommes tous confrontés à ça quand nous débutons l’aquarelle ! Donc je vais maintenant passer en revue les 10 clefs que j’ai pu identifier pour tenir les stries en respect et bien réussir ses lavis.

10 clefs pour bien réussir ses lavis

Clef n°1 : préparer assez de peinture

Lorsque je fais mes lavis, j’ai toujours de belles piscines de couleur sur ma palette. Ce n’est pas que j’aime spécialement inonder ma palette, mais c’est très important car quand on démarre un lavis, il faut pouvoir le terminer en une seule fois sans s’interrompre. Si vous vous interrompez en plein milieu pour préparer à nouveau de la couleur, le temps que vous le fassiez, votre lavis aura déjà commencé à sécher et une ligne horizontale va se créer à l’endroit où vous reprendrez. En plus de cela, il sera très difficile d’obtenir exactement la même dilution ou la même teinte que celle avec laquelle vous avez démarré, et la différence de dilution ou de teinte entre le début et la fin du lavis se verra. 

De plus, il faut pouvoir alimenter sa goutte dès que nécessaire, ce qui est impossible lorsqu’il n’y a que 3 gouttes de peinture de préparées sur la palette... Le pire que vous puissiez faire serait de ne pas pas préparer de peinture du tout et de vous lancer dans un lavis en récupérant de la peinture directement sur le godet. En faisant cela vous avez la garantie d’obtenir les pires lavis striés possibles car la peinture sera beaucoup trop sèche, vous n’arriverez pas à obtenir de goutte, et vous aurez des différences de dilution et d’intensité entre les bandes. 

Donc avant de commencer un lavis, il est primordial de préparer suffisamment de peinture pour pouvoir couvrir toute la zone de papier que l’on souhaite couvrir en une seule fois. Et il vaut mieux en préparer plus que ce dont on pense avoir besoin plutôt que d’en manquer en cours de route.

Clef n° 2 : utiliser le plus gros pinceau possible

Pour pouvoir faire son lavis aisément, il faut utiliser un pinceau suffisamment gros, qui couvre le plus de surface de papier possible pour pouvoir faire un minimum de gestes, et qui amène une belle quantité d’eau sur la feuille pour pouvoir garder la goutte vivante. Si le pinceau est trop petit pour la surface à couvrir, comme c’est le cas sur la photo ci-dessous, il sera impossible de faire des bandes en une seule fois. En effet, comme un petit pinceau contient moins d’eau, il sera plus difficile d’alimenter la goutte et il faudra constamment aller recharger le pinceau. Donc le travail ne sera pas aussi fluide, il y aura des interruptions, et tout ça jouera à la fin sur l’uniformité du lavis. Même si cela ne se voit pas forcément toujours quand la peinture est mouillée, ces disruptions deviendront visibles une fois la peinture sèche.

Mon conseil, c’est d’utiliser le plus gros pinceau qu’il vous est confortable d’utiliser en fonction de la surface de papier à couvrir. Par exemple, pour un rectangle d’environ 13 x 16 cm, j’utilise un bon pinceau aquarelle, bien absorbant, qui fait autour de 8 mm de diamètre. Il est suffisamment gros pour la surface à couvrir, mais pas au point que je sois gênée quand j’ai besoin d’un peu plus de précision, par exemple si je veux suivre proprement le contour de mon rectangle. 

Clef n°3 : Travailler vite avec régularité

Quand on fait un lavis, il faut travailler relativement vite pour pouvoir faire descendre la goutte avant que la peinture ne sèche. Cela ne veut pas dire travailler dans le stress, mais il faut faire descendre son lavis de manière régulière, une bande après l’autre, sans trop s’interrompre

Si vous vous arrêtez pour faire je ne sais quoi... comme préparer à nouveau de la peinture, regarder votre téléphone pour répondre à vos messages, aller chercher quelque chose dans un placard, où tout simplement si vous mettez trop de temps à recharger votre pinceau et à faire vos bandes... et si en plus de tout cela vous n’alimentez pas suffisamment votre goutte... votre lavis va commencer à sécher, et une ligne va se créer à l’endroit où vous vous êtes arrêtés. Pire, une auréole peut même fleurir quand vous reprendrez si votre lavis est à moitié sec, à moitié humide, et que la peinture liquide que vous venez poser en dessous commence à remonter par capillarité dedans. Donc il faut garder le rythme depuis le haut du lavis jusqu’en bas.

Un autre problème qui peut émerger si vous ne travaillez pas assez vite, c’est que, même si la goutte ne sèche pas complètement, les pigments vont commencer à se déposer sur le papier à l’endroit où elle reste en attente, ce qui va créer une marque. Cela se voit notamment beaucoup avec les couleurs granulantes, qui contiennent des pigments un peu plus lourds qui se déposent encore plus rapidement. C’est le cas pour les couleurs de terre, type Terre de Sienne et Terre d’ombre, les couleurs de type cobalt, et les bleus outremer par exemple, qui sont toutes des couleurs classiquement présentes sur les palettes de débutant. Avec ce type de couleur, si vous laissez trop longtemps votre goutte en attente, les pigments plus lourds vont rapidement retomber et se déposer dans les creux du papier, et quand vous reprendrez le travail, vous aurez une marque granuleuse à cet endroit là. Cela se produira d’autant plus que vous utiliserez ces couleurs très diluées, car la granulation augmente avec la dilution de la peinture.

Si cela se produit, vous pouvez repasser un coup de pinceau sur cette marque en ajoutant la bande suivante. Cela va permettre de l’effacer un peu en remettant en suspension les pigments qui s’étaient déposés. Vous pouvez bien évidemment faire la même chose pour des couleurs non granulantes si vous voyez que la goutte en attente a laissé une marque, mais l’idéal est de travailler suffisamment vite pour limiter ce phénomène.

Clef n°4 : Recharger son pinceau régulièrement

Toujours dans cette idée de conserver une belle goutte dans le bas de notre dernière bande et de garder une consistance de la peinture constante du début à la fin du lavis, il faut penser à recharger son pinceau régulièrement avant de venir ajouter de nouvelles bandes. Je conseille à mes élèves de recharger le pinceau à chaque bande pour être sûr de maintenir la goutte et de conserver la même dilution, sauf si la goutte accumulée est vraiment très généreuse comme on l’a vu un peu plus haut. Dans ce cas il est possible de faire 2 ou 3 bandes d’un seul coup sans problème. Mais attention à ne pas se laisser emporter... Il est vite fait de croire qu’on peut continuer à descendre ainsi en s’épargnant des passages par la palette... jusqu’au moment où on commence à ne plus avoir de goutte. A ce moment, lorsqu’on revient avec un pinceau fraîchement rechargé, on amène d’un seul coup beaucoup de liquide en dessous d’un lavis un peu asséché. Et fatalement, la différence d’humidité crée une marque, ou pire, une auréole. Et peut-être que quand la peinture est mouillée vous ne vous rendrez pas trop compte du problème, mais au moment du séchage les stries vont se révéler. Donc pour éviter d’avoir des différences d’humidité entre vos bandes, pensez à recharger votre pinceau très régulièrement, même si cela vous paraît scolaire.

Clef n°5 : Travailler avec une peinture fluide de dilution constante

Un autre problème que je peux voir chez certains débutants, c’est qu’ils travaillent avec une peinture trop épaisse. Pour que le lavis coule tranquillement vers le bas et qu’une belle goutte se forme, il faut travailler avec une peinture suffisamment fluide. A gauche sur la photo ci-dessous, j’ai utilisé une peinture très épaisse. Cela se voit car la couleur est très intense et foncée, et quand je la pose sur mon papier, la goutte refuse de se former. Et si j’essaye de faire mon lavis ainsi, j’obtiens de gros pâtés, car la peinture n’est pas suffisamment fluide pour s’écouler et s’uniformiser.

Dans les lavis de débutants que je vois, ce n’est souvent pas aussi évident que cela : il y a des parties plutôt fluides, mais à certains endroits je repère comme des pâtés. Cela signifie que des variations dans la dilution de la peinture se sont produites au cours du lavis. Cela pourrait venir du fait que la personne ne maîtrise pas encore bien les différentes consistances de la peinture et l’humidité dans son pinceau, ou que, sur la palette, une partie de la piscine de peinture a commencé à sécher dans un coin et s’est épaissie, alors que de l’autre côté de la piscine le pinceau qu’on a trempé dans le pot à eau a dilué la peinture un peu plus. 

Pour éviter ces différences de fluidité, je vous conseille donc de mélanger votre piscine de peinture régulièrement quand vous rechargez votre pinceau. Cela permettra aussi d’éviter que certains pigments ne se désolidarisent les uns des autres sur la palette, comme cela peut se produire avec certaines couleurs qui ont tendance à se séparer si on ne les remélange pas régulièrement.

Clef n°6 : Aspirer la goutte à la fin !

Quand on termine un lavis, si on a bien fait les choses, il y a une belle goutte accumulée dans le bas. C’était notre ligne de survie, on l’aime cette goutte, et on est peut-être triste à l’idée de lui dire au-revoir... Après tout, on a fait en sorte de l’alimenter avec amour tout au long du processus ! Mais si on la laisse là, la traîtresse se transforme en kamikaze au moment du séchage : quand le lavis au-dessus d’elle va commencer à sécher, elle va insidieusement remonter dedans par capillarité, et créer une belle grosse auréole ! Alors il faut à tout prix l’éradiquer pour l’empêcher de faire ça cette petite perfide ! Pour cela, il suffit de bien éponger son pinceau sur un torchon ou une serviette et de mettre ensuite la pointe dans la goutte pour l’absorber. Il ne faut pas hésiter à recommencer plusieurs fois, et quand on utilise de l’adhésif de masquage, il faut bien passer sur la jonction entre l’adhésif et le papier, en appuyant légèrement sur le pinceau, pour s’assurer qu’il n’y a pas de liquide qui reste pris à cet endroit là. 

Clef n°7 : Éviter de retoucher son lavis

Une autre chose qui peut causer des stries, c’est ce que j’appelle le bidouillage ! Il est tentant quand on débute d’essayer de retoucher le haut d’un lavis lorsqu’on a l’impression qu’il n’est pas parfait. 

Mon premier conseil, c’est d’oublier la perfection : ce n’est pas grave d’avoir quelques imperfections dans un lavis. Dans le lavis magenta ci-dessous par exemple, on perçoit quelques lignes dues aux passages du pinceau. Mais ce sont ce que j’appelle “les imperfections normales d’un lavis”, et globalement il est propre. Donc ne vous mettez pas la pression du lavis parfait ! Souvent quand on regarde un lavis on se dit qu’il est plein d’imperfections, mais quand on rajoute des détails par-dessus pour faire une peinture complète, on ne voit même plus ces petites imperfections. Et il vaut mieux avoir quelques petites imperfections et laisser la peinture travailler toute seule et s’uniformiser tranquillement, plutôt que d’aller faire des retouches pour essayer d’obtenir quelque chose d’hyper parfait, car cela ne fera qu’empirer les choses. 

Si votre lavis a déjà bien commencé à sécher, vous risquez de créer des auréoles. Et même s’il est encore mouillé, en revenant avec votre pinceau, vous risquez de créer des marques. Si votre pinceau est plus sec que le lavis, il va se comporter comme une éponge et absorber des pigments, donc vous allez créer des marques plus claires. Si vous revenez avec de l’eau, vous courez droit à la catastrophe parce que vous allez diluer votre couleur et l’eau va repousser les pigments en train de se poser, donc cela va créer des marques d’eau. Et si vous revenez avec un pinceau gorgé de peinture et de pigments, vous allez créer des pâtés.

Grosso modo, quoi que vous fassiez, vous allez seulement créer des irrégularités car vous allez déranger les pigments en train de se poser. Donc une fois qu’on a posé sa couleur, il faut à tout prix résister à la tentation de bidouiller, de revenir sur les bandes d’au-dessus, d’aller faire des retouches ici ou là. Souvent le mieux est l’ennemi du bien en aquarelle ! Éventuellement, la chose qu’il est possible de faire pour aider la peinture à s’uniformiser si elle a un peu de mal, c’est de mettre son support à la verticale pendant un moment, ce qui va aider la peinture à descendre toute seule. Mais il faut retenir sa main et son pinceau !

Clef n°8 : Essayer différentes tenues de pinceau

Jusqu’à tout récemment, j’ai toujours fait mes lavis en mettant la brosse de mon pinceau à la verticale, pour pouvoir guider la pointe le long de ma ligne et couvrir le plus de surface de papier possible avec la brosse. Intuitivement, je pensais que cela viendrait contrecarrer les stries horizontales puisque la brosse est dans le sens vertical. Cela fonctionnait pour moi, donc je ne me suis pas posée plus de questions. Mais j’avais des élèves qui suivaient toutes les recommandations que j’ai mentionnées jusqu’ici, et qui obtenaient pourtant des bandes dans leurs lavis... Pas des irrégularités aussi évidentes que des stries, mais plutôt comme des petites vaguelettes. Cela se produisait le plus souvent sur des lavis panachés, parce que la différence entre les bandes est plus visible à cause du changement de couleur progressif. 

Je pensais qu’ils utilisaient peut-être une peinture trop épaisse qui avait du mal à descendre, ou bien qu’ils laissaient trop longtemps leur goutte en attente et que des pigments commençaient à imprégner le papier. Et puis il y a peu, j’ai voulu faire un lavis panaché pour tester la qualité de la peinture d’une nouvelle palette. Et là, surprise : j’avais tout fait comme d’habitude, et au séchage j’ai vu ces petites vaguelettes apparaître. Évidemment j’ai commencé à chercher pourquoi cela se produisait. N’ayant trouvé aucune explication nulle part dans les livres et les tutoriels que j’ai visionnés, je me suis acharnée à faire et refaire des lavis panachés en tentant diverses choses, pour essayer de comprendre ce qui induit cela. Je suis à présent convaincue que c’est dû à la manière dont le liquide bouge sur le papier et dont les pigments se déposent.

J’ai découvert que de tenir le pinceau avec la brosse à la verticale peut engendrer plus d’irrégularités dans les mouvements d’eau et de pigments. C’est difficile d’expliquer ce qui se passe exactement. Mon ressenti, c’est que cela oblige à frotter un peu la brosse du pinceau sur le papier, en la rebroussant légèrement, ce qui fait que l’eau et les pigments ne s’en écoulent pas forcément de manière très homogène. Parfois, lorsqu'on peint à l’intérieur d’une forme complexe, on ne peut faire autrement que de tenir le pinceau ainsi pour pouvoir suivre proprement le contour de la forme. 

Mais depuis que j’ai commencé à réfléchir là-dessus, j’ai aussi commencé à mettre mon pinceau avec la brosse à l’horizontale dès que j’ai la possibilité de le faire. En faisant des recherches, j’ai remarqué que la plupart des aquarellistes le tiennent ainsi dans les tutoriels sur les lavis. Intuitivement, j’aurais pensé que cela accentuerait les stries horizontales, mais c’est l’inverse qui se produit : j’obtiens des lavis plus uniformes en faisant cela, et les phénomènes de vaguelettes disparaissent. Évidemment, lorsqu’on fait des bandes en tenant le pinceau avec la brosse à l’horizontale, on va “dans le sens du poil” de la brosse si je peux dire. Il n’y a pas ce phénomène de rebroussement, et il me semble que l’eau et les pigments s’écoulent de manière plus naturelle et homogène.

Le seul désavantage au fait de tenir son pinceau ainsi, c’est qu’il est plus difficile de ne pas déborder quand on veut peindre dans un cadre. Il faut refermer les côtés avec la pointe du pinceau et prendre garde à ne pas dépasser lorsqu’on arrive à la fin d’une bande. En condition de peinture réelle, lorsqu’on doit peindre à l’intérieur d’une forme complexe, il est parfois vraiment compliqué d’adopter cette tenue de pinceau. Et si vous travaillez avec de l’adhésif de masquage, il faut éviter de trop déborder dessus, ou de grosses gouttes risquent se mettre à couler sur les côtés, un phénomène que je n’ai jamais rencontré en mettant la brosse à la verticale. Mais globalement, pour faire de grands lavis dans des formes simples comme les carrés ou les rectangles, tenir la brosse à l’horizontale aide à réduire les phénomènes de vaguelettes et de stries.

J’ai aussi vu des tutoriels où les personnes font descendre leurs lavis en effectuant de petits mouvements verticaux avec la pointe du pinceau. Au début, j'ai trouvé ça un peu tiré par les cheveux. Mais en essayant je me suis rendue compte que ce n’est pas si mal parce que cela permet de faire descendre tranquillement la goutte, de manière assez régulière, en évitant les grands mouvements de liquide. Et cela permet également de repasser avec un mouvement vertical sur la goutte restée en attente, donc de remettre un peu en mouvement les pigments qui auraient pu commencer à se déposer, et d’effacer ainsi une éventuelle ligne qui aurait pu commencer à se créer.

Donc si vous avez des irrégularités qui persistent dans vos lavis malgré toutes les astuces précédentes, je vous conseille de tester différentes tenues du pinceau, en mettant notamment le pinceau avec la brosse à l’horizontale ou en faisant descendre la goutte avec des mouvements verticaux, pour voir s’il y a une position avec laquelle vous êtes plus à l’aise et qui vous permet de faire descendre votre goutte en dérangeant la peinture le moins possible.

Clef n°9 : Avoir un toucher léger

Une autre chose assez subtile qui est liée au fait de bien utiliser son pinceau, c’est d’avoir un toucher léger, c’est à dire de ne pas appuyer dessus. Je pense que certaines personnes ont l’impression de ne pas appuyer, mais qu’elles appuient quand même déjà trop. Il faut que le pinceau glisse sur le papier, comme une caresse ou un souffle d’air. C’est comme ça que l’eau et les pigments s’écoulent le plus naturellement et sans être dérangés quand ils arrivent sur le papier. Si vous appuyez sur votre pinceau, ne serait-ce qu’un peu, cela risque de laisser des marques parce que l’eau et les pigments vont se retrouver chassés vers les bords de la brosse. Ils auront plus de mal à se poser au centre de la bande puisque le pinceau va appuyer à cet endroit là, et cela va créer des bandes plus claires au centre et plus foncées sur les côtés. Les stries ne seront pas forcément énormes et évidentes, surtout lorsque la peinture est encore mouillée, mais une fois la peinture sèche, ces irrégularités se verront et influeront sur l'homogénéité et la propreté du lavis. Donc je vous conseille de toujours caresser votre papier avec douceur et légèreté.

Clef n°10 : Utiliser du papier 100% coton à grain fin

Dernière clef pour se faciliter la vie et les lavis, c’est d’utiliser du papier 100% coton, et pas du papier cellulose bon marché. Si vous n’êtes pas convaincu par cela, je vous renvoie vers mon article et ma vidéo intitulés “Quel papier aquarelle choisir". J’y montre les différences entre le papier coton et le papier cellulose, et j’explique pourquoi il est plus simple de travailler sur du papier 100% coton.

Ici je dirai seulement que sur le papier cellulose il y a plus de risques d’auréoles et d’irrégularités. Les marques de pinceau se voient plus et le mélange des couleurs est plus délicat pour les lavis panachés. Sur l’image ci-dessous vous pouvez voir 2 lavis réalisés sur du papier cellulose (Canson Montval). Le lavis uniforme bleu à gauche n’est pas si mal, mais il n’est pas très propre non plus : on perçoit des marques verticales dues aux écoulements de la peinture pendant le lavis. Et le lavis panaché à droite est vraiment catastrophique : le phénomène de “vaguelettes” dont j’ai parlé plus tôt est vraiment très accentué, alors que j’ai utilisé exactement les mêmes techniques que d’habitude.

Qu’on se comprenne bien : il n’est pas impossible de réaliser des lavis parfaitement uniformes sur ce type de papier. La preuve, sur la photo ci-dessous vous pouvez voir des lavis bleus que j’ai réalisés sur du Canson Montval, l’un des papiers 100% cellulose vers lequel se tournent beaucoup de débutants en aquarelle (et moi la première puisque c’est le premier papier que j’ai acheté). Le lavis de gauche, pour lequel j’ai mis mon pinceau avec la brosse à la verticale, est vraiment bien réussi, ce qui montre qu’il est possible d’obtenir un beau lavis comme celui la sur du papier cellulose. Possible, certes, mais plus difficile, car toutes les erreurs que j’ai listées dans cette vidéo se retrouveront accentuées sur ce type de papier. Ici, c’est clair que d’avoir mis le pinceau avec la brosse à la verticale pour le lavis de droite a suffi à causer plus d’irrégularités qui sont tout de suite ressorties. Et c’est pour cela que je ne conseille pas les papiers cellulose aux débutants. C’est comme d’apprendre à conduire dans une vieille guimbarde branlante : c’est possible mais ça ne facilite pas l’apprentissage. Quand on débute en aquarelle, il y a déjà assez de choses à gérer comme cela, sans avoir en plus à se bagarrer avec un papier qui ne coopère pas bien.

Je vous conseille aussi de vous tourner vers un papier à grain fin, car sur les papiers à grain satin, qui sont donc lisses, l’eau et les pigments restent plus en surface, ce qui fait que les couleurs se distribuent de manière moins homogène, et les coups de pinceau ont tendance à se voir plus. De ce fait, les papiers à grain satin pardonnent moins que les papiers à grain fin et sont à éviter quand on débute.

Et même parmi les papiers 100% coton, il en existe des plus “capricieux” que d’autres. Des élèves m’ont notamment rapporté avoir eu des difficultés à obtenir une belle goutte et à la faire descendre sur le papier Canson Héritage, qui leur semblait boire les liquides plus que de raison. Personnellement je n’ai pas ressenti ça : j’ai pu tester maintes fois ce papier que je range dans la catégorie des bons papiers 100% coton, et je n’ai eu aucun problème à faire descendre ma goutte. Par contre, j’ai remarqué qu’il fait plus facilement ressortir les stries et les diverses irrégularités, comme s’il était plus sensible. Cela peut venir de la texture, ou bien de la manière dont le papier a été fabriqué ou traité en surface. En tout cas, chaque papier a ses petites particularités, et cela peut être une bonne idée d’en tester plusieurs pour voir si l’un vous convient mieux que l’autre.

Les papiers que j’ai identifiés comme étant des papiers faciles pour les débutants sont le papier Winsor & Newton, que j’utilise tout au long de ma formation Aquarelle Débutant, le papier Arches, certes cher mais vraiment au top, et le papier Fabriano Artistico. Je peux aussi recommander le papier Expression de la marque Hahnemühle, qui figure parmi les papiers 100% coton les moins chers que je connaisse. J’ai réalisé énormément de lavis dessus pour préparer cet article, et j’ai également fait 2 peintures complètes dessus. Il se comporte vraiment bien pour un papier de ce prix, donc je vous le recommande si vous cherchez un papier 100% coton pas trop cher pour débuter.

Astuce bonus : Éviter les taches et les points blancs qui apparaissent au séchage

Pour terminer cet article, je voudrais évoquer en bonus une question qui m’a été posée plusieurs fois par des élèves pratiquant les lavis. Ces personnes voient de minuscules points blancs apparaître dans leurs lavis pendant le séchage, et me demandent d’où ça vient et ce qu’elles ont mal fait. En vérité, elles n’ont rien fait de mal du tout ! J’ai eu moi-même le cas de nombreuses fois, et j’ai remarqué que cela se produit avec des couleurs ayant un fort pouvoir teintant, comme par exemple les phtalos bleu et turquoise, certains rouges ou magenta très intenses, certains bleus foncés et profonds comme le bleu d’indanthrène, le bleu de Prusse ou le bleu indigo, et aussi des couleurs de type pérylène. Plus la couleur est foncée, plus les points blancs sont visibles. L’image ci-dessous montre par exemple un beau cas de bleu d’indanthrène, qui semblait parfaitement lisse et homogène quand la peinture était mouillée, mais dans lequel ces points blancs sont apparus partout pendant le séchage.

On me demande souvent si c’est de la granulation, et ce n’est pas le cas. La granulation n’a pas du tout le même aspect. Pour vous montrer la différence j’ai peint un arbre bicolore. J’ai rempli la moitié gauche avec du turquoise de phtalo de Sennelier, une couleur où j’ai régulièrement ce phénomène de points blancs mais qui est non granulante. Et dans la partie droite j’ai utilisé de l’apatite bleu véritable de Daniel Smith, une couleur extrêmement granulante. Sur l’image ci-dessous, vous voyez que dans la partie gauche il y a de minuscules points blancs, comme des petites têtes d’épingle, et que la couleur a un aspect desséché, alors qu’à droite la granulation forme une texture vraiment incroyable en forme de veines et de cratères. 

La granulation n’est bien sûr pas toujours aussi exacerbée qu’avec l’apatite bleue véritable, dans laquelle j’ai en plus ajouté ici du médium de granulation afin d’amplifier le phénomène et de pouvoir vous le montrer clairement. Mais si je compare une couleur légèrement granulante comme le bleu outremer avec du bleu d’indanthrène dans lequel sont apparus les points blancs, on repère dans le bleu outremer cette texture très organique qui forme comme de petites veines et de petits cratères, même si elle est plus légère que pour l’apatite bleue véritable, et cela n’a pas du tout le même aspect que les points blancs visibles dans le bleu d’indanthrène. 

J’ai fait beaucoup de recherches partout sur le net pour trouver une explication à ce phénomène de points blancs. Et même si je n’ai pas trouvé l’explication scientifique de ce qui se passe exactement, il est tout de même ressorti après avoir croisé pas mal d’informations et de retours sur divers forums que ce phénomène est lié à la taille des particules d’aquarelle. Les couleurs ayant un fort pouvoir teintant ont en commun le fait d’être constituées de pigments très fins qui adhèrent fortement aux fibres du papier. Et cette propriété semble mal se conjuguer avec la manière dont les papiers aquarelles sont traités, et notamment avec ce qu’on appelle en anglais le “surface sizing”, ou encollage en surface. En effet, les papiers aquarelle sont souvent traités en surface pour éviter que les couleurs ne soient complètement absorbées dans les fibres du papier, auquel cas on aurait un effet buvard et des couleurs toutes pâles à la fin. Et il semblerait que les couleurs ayant des particules très fines ne s'accommodent pas très bien de ce traitement de surface. Sur certains papiers c’est pire que sur d’autres, mais cela se produit sur beaucoup de marques de papier différents... 

Personnellement, cela ne me dérange pas vraiment : dans une peinture complète, au milieu de tous les autres détails, je trouve que cela ne se voit pas vraiment, et je considère que cela fait partie de l’aquarelle. Mais en fonction de votre style, si vous souhaitez faire des aplats de couleur très purs et uniformes pour de l’illustration par exemple, cela pourrait vous poser problème.

Alors comment l’éviter me direz vous ? Et bien malheureusement, ce n’est pas simple... Certaines personnes font tremper leur papier et le brossent avec un pinceau pour retirer le traitement de surface, puis le laissent sécher complètement avant de l’utiliser. Cela peut aider, mais ne constitue pas une garantie de se débarrasser totalement des points blancs. En plus cela abîme un peu le papier, et une fois le traitement de surface enlevé, il absorbe beaucoup plus les couleurs, ce qui fait qu’elles apparaissent moins éclatantes à la fin. 

Il y a aussi l’option de tester différents papiers, car le phénomène est plus fort sur certains papiers que sur d’autres. De mon expérience, il est assez fort sur le papier Winsor & Newton par exemple, surtout sur l’envers du papier. Sur le Fabriano Artistico, cela dépend des lots : je l’observe sur certains lots et pas sur d’autres. Donc c’est un peu compliqué, car en fonction des lots, le papier aquarelle peut ne pas se comporter tout à fait de la même manière.

La seule solution qui fonctionne à 100%, c’est d’éviter d’utiliser des couleurs ayant des pigments très fins. D’après ce que j’ai lu, en éliminant les couleurs ayant des particules inférieures à 0,5 micromètres, on évite ce phénomène de points blancs. Sur ce lien, vous trouverez un tableau avec la taille des différents types de pigments aquarelle : http://handprint.com/HP/WCL/pigmt3.html#particlesize. Il est malheureusement en anglais, mais assez facile à comprendre puisque la taille en micromètre des pigments est indiquée à gauche alors qu’à droite on retrouve les familles de pigments dont les noms sont assez similaires en français et en anglais. 

Mais le plus simple reste peut-être de tester vos couleurs : si vous constatez que des points blancs apparaissent au séchage pour certaines d’entre elles et que cela vous dérange, éliminez les tout simplement de votre palette et cherchez des couleurs équivalentes qui ne font pas cela. Ou bien faites des mélanges entre des couleurs ne produisant pas de points blancs pour obtenir les teintes qui vous manquent. 

En plus des points blancs, certains élèves m’ont aussi relaté des problèmes de taches blanches qui repoussent la peinture, peu importe le nombre de fois où ils/elles repassent dessus avec leur pinceau. J’y ai été confrontée de temps en temps moi aussi, et là encore, si cela vous arrive, sachez que ce n’est pas de votre faute. En effet, ces taches sont dues à des irrégularités dans le traitement de surface du papier. Certains papiers sont pires que d’autres, et notamment les moins chers. J’ai plus tendance à observer ce phénomène sur un papier comme le Hahnemühle Expression que j’évoquais un peu plus tôt et que je range dans la catégorie des “papiers 100% coton pas chers”. Mais il m’est arrivé de le rencontrer aussi sur du papier Winsor & Newton ou du Canson Héritage. 

Au niveau des papiers, c’est parfois un peu la loterie. Entre différents lots, on peut observer des disparités dans la qualité et le traitement de surface des papiers d’une même marque. Les aquarellistes s’en plaignent un peu partout sur la toile, et malheureusement il n’y a pas vraiment de solution, si ce n’est acheter son papier en petite quantité pour ne pas perdre trop d’argent si un lot s’avère être de très mauvaise qualité. 

Résumé

En résumé, la base pour faire de beaux lavis, c’est :

- d’avoir toujours une belle goutte en bas de la dernière bande qu’on a posée, et de la faire descendre tranquillement, avec régularité, en la gérant bien, c’est à dire en l’alimentant ou en aspirant les excédents de liquide si besoin, pour qu’elle reste vivante mais qu’elle ne se déverse pas de manière incontrôlée dans les bandes suivantes.

- d’éviter toutes les différences de dilution ou les changements de couleurs trop soudains dans le cas des lavis dégradés et panachés.

Ensuite il y a 10 clefs auxquelles il faut faire attention pour réussir des lavis parfaits :

- Préparer assez de peinture

- Utiliser le plus gros pinceau possible

- Travailler vite avec régularité

- Recharger son pinceau régulièrement

- Travailler avec une peinture fluide de dilution constante

Ces 5 premières clefs, permettent de maintenir une belle goutte dans le bas de son lavis et de la faire descendre sans accroc et sans laisser sécher le bord

- Aspirer la goutte à la fin

Afin d’éviter de voir une grosse auréole fleurir en bas du lavis pendant le séchage

- Éviter de retoucher son lavis

Afin de ne pas générer plus d’irrégularités

- Essayer différentes tenues de pinceau (notamment avec la brosse à l’horizontale lorsque c’est possible)

-  Avoir un toucher léger

Afin de bien utiliser son pinceau pour que l’eau et les pigments s’écoulent de la brosse de manière fluide et homogène

- Utiliser un papier aquarelle 100% coton à grain fin

Afin de se faciliter la vie par rapport au papier cellulose qui fait plus facilement ressortir la moindre imperfection

Et enfin, si des petits points blancs apparaissent dans vos lavis pendant le séchage et que vous ne supportez pas ça, pensez à l’astuce bonus et évitez d’utiliser des couleurs avec des pigments très fins ! Si vous êtes confrontés à des taches blanches qui repoussent l’eau, changez de papier ou achetez un autre lot

Si vous appliquez tous ces conseils, vous devriez venir à bout de toutes ces vilaines stries et irrégularités qui s’invitent dans vos lavis ! Faites-moi savoir en commentaire si vous avez trouvé ces conseils utiles et si vous vous êtes reconnus dans l’une ou l’autre de ces erreurs. Moi je sais que je les ai toutes faites en débutant l’aquarelle, de la première à la dernière !

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37 réponses

  1. Excellent article, tuto, super didactique! Bravo! et en plus tu es super didactique.
    Pour ce qui est de la différence du lavis entre pinceau Horizontal et pinceau Vertical, je suppose que le fait de le tenir vertical met le “reservoir” d’eau que sont les poils, au-dessous de la goutte et agit alors comme un aspirateur d’eau. En position horizontale, le réservoir se vide plutôt qu’il n’aspire.
    Voilà, c’est ma compréhension de la différence.
    Continue ce que tu fais, tu le fais si bien!
    EaZy

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire enthousiaste, ça fait chaud au coeur :) Ta théorie pour expliquer la différence entre la position verticale et horizontale du pinceau semble logique et plausible, merci de me l’avoir partagée !

  2. Débutant niveau 0, venant de fêter mes 76 printemps, je suis sensible aux détails et à la patiente minutie de ce cours

  3. Très Débutante en Aquarelle , et très attirée par celle ci , j’apprécie vraiment vos explications afin de bien débuter et comprendre ce qu’il se passe . C’est génial pour assimiler et avancer en confiance afin d’éviter ou minimiser ce qui peut l’être et autrement fortifier là où c’est juste ! J’adore ….. c’est très reconfortant comme accompagnement …… Merci Elodie

    1. Merci beaucoup pour ce retour Anita, ça me fait chaud au coeur de savoir que ça t’aide dans ton apprentissage de l’aquarelle. Je te souhaite un beau chemin dans ce monde de couleur et d’eau ! :)

  4. Je suis débutante. Merci pour tous ces conseils, je viens de comprendre bien des choses. Il ne reste à pratiquer

  5. Merci pour ces conseils parfaits pour le débutant que je suis , je vais tester rapidement .
    L’aquarelle est un art difficile mais passionnant .
    Robert

  6. Merci beaucoup pour cet article, c’est clair et précis, avec tous ces conseils on n’a plus droit à l’erreur … hihihi…. hâte de lire les prochains articles … encore merci!!

  7. Très bon article…. Je peins à l’Aquarelle, que j’adore… Je compatis aussi au fait, que vous ayez souffert d’un “Burn Out” (2013). La peinture reste très Thérapeutique dans ce domaine. Merci beaucoup pour votre article

    1. Merci beaucoup pour ces mots Anncick, ça me touche. En effet, la peinture a quelque chose de thérapeutique : elle m’est d’un grand soutien dans toutes les phases un peu difficiles de ma vie. Très contente que vous ayez apprécié l’article en tout cas.

  8. Bonjour,
    Je n’étais pas passée sur le blog depuis un moment, j’ai été ravie d’y découvrir cet article, et j’ai hâte d’en lire d’autres du même acabit.
    Merci pour tout ce travail :)

  9. Extrêmement intéressant j’ai l’impression de progresser seulement en vous lisant ,un gros merci

  10. Parfaitement expliquer avec image, vidéo et écrit. Merci pour ce partage c’est un plus pour notre créativité.

  11. J’adore !

    J’adore toutes tes vidéos, Elodie, pleines d’information pour passer à la pratique et pleines du coeur.

    Merci, merci infiniment !

  12. Après un article aussi complet, ça va être dur de rater ses lavis.
    J’avais tendance à ne pas mettre assez de liquide et ma goutte disparait très vite même sur des petits formats… D’ailleurs dès que je travail dans le mouillé, ça sèche trop vite 😂

  13. Ah bah bravo m’dame Elodie

    Je vois qu’on pique toutes nos bêtises sans nous nommer, bravo le plagiat!!

    Plus sérieusement, bon article (comme d’habitude), je rajouterais:

    -> utiliser un pinceau à lavis, tu en parles mais j’insiste, acheter un bon gros pinceau de qualité qui permet une belle réserve d’eau. Important le pinceau, surtout en aquarelle je trouve, beaucoup plus que pour les autres peintures.

    -> recommencer, pas en mode forcené mais en mode essayer de reproduire son erreur (ça se trouve l’erreur est ailleurs, très instructif)

    J’ai une requête pour Pitt, est ce que vous pourriez envisager de mettre les liens des articles du blog ou youtube directement dans les formations qu’elles peuvent concerner, comme sur une page d’accueil de la formation ou je ne sais quoi (débrouillez vous avec ça et au travail!). Je sais que c’est dans les bonus mais ce n’est pas très intuitif d’aller vérifier régulièrement si quelque chose de nouveau a été ajouté.

    Tschüs

    1. Merci pour ton commentaire Sharky :) Et oui bien sûr j’utilise toutes vos erreurs pour forger sans scrupule ma propre gloire ! U_U Haha !
      En tout cas je suis tout à fait d’accord en ce qui concerne les histoires de pinceau et le fait de recommencer beaucoup pour s’améliorer.
      Pour ce qui est de ta requête, c’est une bonne suggestion. Je ne sais pas si c’est faisable car je ne gère pas du tout la manière dont le site est construit. Je sais qu’une partie de l’équipe bosse dessus, que c’est un gros chantier assez complexe et que des choses devraient être améliorées cette année, mais je ne sais pas exactement quoi. De mon côté, j’ai commencé à insérer les liens vers les articles et vidéos qui constituent des additions à la formation directement dans les vidéos (mais il faut pour ça les regarder dans le lecteur, les liens ne s’affichent pas dans les vidéos téléchargées). Je suis loin d’avoir terminé ce travail mais je compte le continuer d’ici peu. Quand je trouverai le temps de me mettre là-dessus je réfléchirai à ton idée de page avec les liens vers les vidéos et articles qui complètent la formation pour voir si je peux soumettre quelque chose à Pit.

  14. Bonjour Elodie,

    Un grand merci. J’ai déjà pris votre formation. C’est remarquable ; et maintenant ce Blog, que du bonheur.
    Je vais m’y mettre, c’est sûr.
    J’ai découvert il y a quelques années PIT.
    Vous êtes deux belles personnes

    Continuez s’il vous plaît
    Claude

    1. Un grand merci pour tes messages Claude, c’est vraiment touchant :)
      N’hésite pas à venir échanger avec moi et les autres élèves sur le forum dédié à la formation aquarelle quand tu t’y mettras si tu as des doutes, des questions, ou si tu veux tout simplement partager tes découvertes et tes créations.
      Beau chemin à toi !

    1. Bonjour PIT,

      J’ai pris il y a quelques années tes formations. Mais j’ai plus empilé que réellement écouter et suivre tes conseils. Dernièrement, suite à un jeune homme qui expliquait son parcours avec toi et sa remise en cause avec lui et ses formations, ça a fait tilt.

      J’ai repris la Formation Débutants pour reprendre pas par pas tout ce que tu proposes. C’est le paradis si on accepte de prendre certains chemins (très ou trop dur pour de vrais débutants-mais tu montes très vite en exponentielle-je ne m’en plains pas), il faut s’accrocher.

      J’ai été aussi très sensible à ton parcours personnel, la force qui t’anime et les chemins cabossées que parfois on emprunte.

      Le résultat est là. Les personnes qui t’entourent apportent qualité et énergie. Merci, merci, merci.
      Claude

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